Magistrats du Peuple,
Dans ces moments de crise, tout citoyen qui veille pour le salut
de la Patrie est à son poste. Nous nous armons contre les tyrans
et nous surveillons les traîtres et nous ne cesserons de les
poursuivre qu'au moment où ils n'existeront plus.
Messieurs, on a calomnié les citoyens de Paris, on a calomnié
les citoyens de la section des Lombards; ils se disculperaient si,
aussi lâches que leurs infâmes calomniateurs, ils vendaient la
cause de la liberté. Mais, à l'exemple de ces deux incorruptibles
magistrats, ils se vengeront en faisant tant de bien qu'ils
forceront les traîtres à les admirer ou à tomber sous leurs coups;
généreux enfants de la Patrie et de la liberté, ils les sauveront
ou périront avec elles si elles pouvaient périr.
Un peuple libre est esclave des lois; mais, lorsqu'il est trahi,
il se lève tout entier, abat les traîtres, les tyrans, et se sauve
lui-même.
Messieurs, c'est les armes à la main contre les tyrans que nous
voulons mourir ou faire triompher la liberté. On nous accuse
d'inertie. Eh bien! les hommes libres sont tous enfants de la
gloire. Un camp de 20.000 citoyens de tous les départements
devait se former sous les murs de Paris. Un seul homme, un seul
mot a paralysé cette mesure. Eh bien! nous qui voulons sauver la
Patrie en dépit de toutes les conspirations, nous voulons former
un camp sous Paris. Ce camp ne sera composé que des citoyens de
Paris et sera renouvelé tous (_sic_) les 24 heures par moitié. On
y adjoindra ceux de nos frères des départements qui voudront s'y
joindre. Nous déposons l'arrêté de la section des Lombards dans
lequel le plan de ce camp est tracé. Nous vous prions d'assembler,
au jour le plus prochain, la Commune dans ses 48 sections, et
cela avant le vœu de huit sections, attendu l'urgence, afin de
discuter ce plan et de nommer des commissaires qui le porteront à
l'Assemblée nationale pour le convertir en loi. Le danger de la
Patrie répond à toutes les objections et le courage des hommes du
14 juillet nous répond du succès de ce plan.
Permettez, Messieurs, qu'au nom des citoyens de notre section,
nous félicitions le P. (_sic_) de la Commune, des honorables
persécutions qu'il a essuyées et du décret qui vient de les finir.
Réuni à son poste à côté du vertueux Pétion, nous voyons trembler
les fanatiques. Ces deux magistrats, dont l'incorruptibilité fait
le désespoir des ennemis de la Patrie et des conspirateurs des
Thuilleries (_sic_), poursuivis par quelques _honnêtes gens_, en
sont plus chers aux _gens honnêtes_ qui ont pour eux une estime et
une reconnaissance sans bornes.