FRÈRES ET CONCITOYENS,

Calmons les émotions trop vives de nos cœurs, et

l'effervescence de nos esprits! Arrêtons..... Respirons un

moment..... Écoutons les conseils de la raison, l'amour fraternel,

et l'égalité. Où veut-on nous entraîner? Quel malheur nous a

menacés! Peu s'en est fallu que l'ardeur même de notre attachement

à la Constitution ne servit ceux qui veulent la détruire.

Tremblons de nous exposer aux maux affreux et aux éternels regrets

qu'entraînent l'anarchie et la guerre civile. _La guerre civile!_

Pourquoi faut-il prononcer ce mot terrible? Oui, des mains

perfides agitent sur nos têtes ton funeste flambeau. Des méchants

se glissent parmi nous, veulent nous égarer et nous souiller de

l'horreur de leurs crimes. Eh! quoi, le citoyen va donc haïr

le citoyen! Le fils s'armerait-il contre son père? Les frères

combattraient-ils leurs frères?... Ou bien serions-nous réduits à

nous fuir les uns les autres? Quel serait l'effet de cette funeste

division! Voyez l'affreux désespoir et la famine qui en seraient

les suites. Voilà, voilà les maux qu'enfanterait la guerre civile.

Écartons ces images hideuses. Citoyens, si nous nous séparons,

l'ennemi va pénétrer au milieu de nous. Nos débats ont fait

tressaillir de joie le cœur de l'aristocrate; le méchant

a souri un moment. Qu'ils tremblent! Nous avons tous juré la

Constitution; le premier devoir de l'homme est d'être fidèle

à son serment. Rallions-nous donc autour de la Constitution.

Repoussons des soupçons qui nous outragent. Que la sainte amitié

soit toujours au milieu de nous. Rapprochons nos cœurs, nous

les sentirons tous brûler du feu sacré du patriotisme. Puisse

une union si précieuse, si nécessaire, ne jamais cesser d'être

le gage de notre bonheur. Ah! que tous les Citoyens en portent

ensemble la tendre expression! Nous touchons au 14 juillet. Le

moment approche où, dans ce lieu qu'on voudrait livrer à la guerre

civile, nous devons renouveler ce serment solennel fait à l'Être

Suprême, d'obéir à la loi, de vivre libres ou mourir. Frères et

Concitoyens, étonnons encore l'Univers de la grandeur et de la

générosité des Français.

Tandis que la guerre nous entoure, conservons la paix au milieu

de nous. N'oublions jamais que l'union fait la force et que le

moment où elle est plus nécessaire, est celui où l'ennemi est

debout, et s'avance pour nous combattre.

Procès-verbaux de l'Assemblée générale de la section des Postes 4 Décembre 1790 - 5 Septembre 1792 · 第 168 / 357 题