_Assemblée générale de la section des Postes du samedi vingt-trois juin
mil sept cent quatre-vingt-douze, l'an quatre de la liberté._
En l'Assemblée générale de la section des Postes convoquée par M. le
président et MM. les commissaires de ladite section sur la pétition
motivée de plus de cinquante citoyens actifs en date du vingt-un (_sic_)
de ce mois, et composée de cent seize citoyens et plus, et présidée par
M. Bellet, président de MM. les commissaires de ladite section;
Pour remplir les fonctions de secrétaire, l'Assemblée a nommé par
acclamation Jean-François Chignard[379], l'un d'eux; lequel après avoir
accepté cette mission en a rempli les fonctions.
L'un des membres, ayant obtenu la parole sur l'objet de la pétition qui
tendait à délibérer sur les événements qui ont eu lieu mercredi dernier
dans Paris, notamment dans le château des Thuileries (_sic_)[380],
après avoir retracé ces événements, rappelle les arrêtés du Directoire
du Département pris relativement à ces circonstances, les arrêtés et
délibérations de la Municipalité, la conduite du Maire et officiers
municipaux, et celle du commandant général de la garde nationale; [il] a
proposé d'arrêter:
1º Que l'Assemblée de la section déclare que M. Pétion, maire de Paris,
et M. le commandant général de la garde nationale parisienne ont perdu
la confiance publique; 2º qu'on sollicitera la convocation d'une cour
martiale pour juger M. Ramainvilliers, commandant général; 3º que la
section des Postes enverra une députation au Roi pour lui témoigner
combien elle est sensible aux outrages que la dignité royale a reçus
dans sa personne; 4º qu'il sera pareillement envoyé une députation au
Corps législatif, pour solliciter une vengeance éclatante des fauteurs
et instigateurs des événements du 20 juin; 5º enfin que l'arrêté sera
imprimé et envoyé aux 47 autres sections et aux 60 bataillons.
La discussion s'étant ouverte sur cette proposition, un autre membre
a proposé d'oublier les événements qui s'étaient passés, et à (_sic_)
ne prendre que des arrêtés de paix, tendant à faire cesser la division
qui paraît s'être manifestée entre les citoyens dans ces malheureuses
circonstances.
Un autre membre a proposé de faire une adresse à toutes les sections des
différents faubourgs de Paris, et même à toutes les autres sections de
la ville, dans les mêmes vues que le préopinant.
Un autre citoyen, en appuyant cette motion, a proposé, pour exécuter
l'arrêté qui serait pris à cet égard, de provoquer une Assemblée, par
députation, au nom de tous les citoyens tant des faubourgs que de la
ville, pour témoigner au Roi les regrets des citoyens sur les événements
qui ont eu lieu.
La discussion ayant été fermée, un membre a proposé, de déclarer qu'il
n'y avait pas lieu à délibérer sur la première proposition ci-dessus,
et, cette motion mise aux voix, l'Assemblée a déclaré qu'il n'y avait
pas lieu à délibérer sur cette proposition.
Ayant mis ensuite les autres propositions aux voix, l'Assemblée a arrêté
à l'unanimité qu'il sera fait une adresse à tous les citoyens de la
ville de Paris relativement aux événements qui ont eu lieu le 20 de ce
mois, pour resserrer les liens de l'union et de la confraternité, et,
à l'effet de rédiger ladite adresse, l'Assemblée a nommé MM. Légier,
Renard, Thévenin, Desvieux, et Basty, lesquels rapporteront la rédaction
de l'adresse dans une nouvelle Assemblée, où elle sera examinée et
arrêtée définitivement, à l'effet de quoi l'Assemblée s'est ajournée à
demain midi.
Fait et arrêté en l'Assemblée générale de la section des Postes les jour
et an susdits.