VINGT-DEUXIÈME ASSEMBLÉE.—DU 9 SEPTEMBRE 1791

_Assemblée générale de la section des Postes du vendredi neuf septembre

mil sept cent quatre-vingt-onze[196]._

La section des Postes convoquée en la manière accoutumée et, aux termes

de la loi, sur la demande de plus de cinquante citoyens actifs,

M. Deslauriers, commissaire de la section et ancien président, a fait

lecture d'une lettre de M. Pichard[197], président du Comité, du sept

de ce mois, qui annonce que, par indisposition, il ne peut assister à

l'Assemblée et la présider. L'Assemblée a, en conséquence, nommé M.

Deslauriers pour la présider.

Les citoyens assemblés au nombre de plus de cent, ainsi qu'il est

constaté par la liste d'enregistrement qui demeure annexée au

présent[198], il a été fait lecture du procès-verbal de la dernière

séance du cinq août dernier, lequel, sauf quelques petits changements

qui ont été rectifiés sur-le-champ, a reçu la sanction.

M. le Président a ensuite annoncé que M. Mathurin Laisné de Parvilly,

chevalier de Saint-Louis, demeurant rue des Deux-Ecus, ayant fait viser

ses titres de citoyen actif, demandait à prêter son serment; ce qu'il a

fait aussitôt et à la satisfaction de l'Assemblée.

Il a été fait lecture ensuite: 1º[199] de la pétition formant[200]

le sujet de la convocation; 2º d'une délibération de la section

des Lombards[201], du trois présent mois[202], qui constate que des

boulangers demeurant dans son arrondissement, ont acheté à la Halle des

farines de mauvaises qualités[203], qui y ont été exposées en vente

pour le compte de la Municipalité.

Ont ensuite été annoncés[204] des commissaires députés de la

section Mauconseil. L'Assemblée consultée, il a été décidé que les dits

commissaires seraient introduits, et se sont présentés, MM. Garnot

et Desmoulins de la Croix, porteurs d'une délibération de la section

Mauconseil qui leur donnait pouvoir de venir prendre des renseignements

auprès de la section des Postes, attendu que celle [de] Mauconseil était

convoquée pour le même sujet.

Les commissaires susdits, après qu'il a été fait lecture de la

délibération formant leur pouvoir, ont été invités à rester à la

séance[205]. La matière a été mise alors en délibération et la

discussion s'est ouverte[206]. Un membre a demandé que, pour mettre

l'Assemblée en état de statuer avec connaissance de cause, les

boulangers demeurant dans la section fussent invités à venir faire

part de leurs lumières. MM. André, Schreiber, Dragon et Becquet,

tous boulangers, ayant comparu, ont unanimement déclaré: 1º que

les marchés des environs, à plusieurs lieues de la capitale, et qui

l'approvisionnent habituellement, sont déserts; que les fermiers et

métayers donnent pour motifs de leur désertion que la Municipalité

de Paris, par des commissaires[207] qu'elle envoie dans toutes les

campagnes, fait arrher des quantités considérables, pour ne pas dire

innombrables de blés; qu'en[208] conséquence, ils sont hors d'état,

non seulement d'approvisionner les marchés, mais encore de faire

conduire des blés et farines à la Halle, que, par une suite conséquence

(_sic_)[209], eux, boulangers, ne trouvant point à s'approvisionner dans

les marchés voisins, se trouvent forcés de le faire sur le carreau de la

Halle, où on leur vend très cher le peu de provisions, qui, par hasard,

y arrivent; que, de ces dispositions malentendues, provient la cherté

subite et considérable du pain.

2º Que, quant à la farine de mauvaise qualité, elle est mise à la

Halle et y est vendue pour le compte de la Municipalité, qui contraint

les boulangers à en prendre un sac sur trois; qu'il paraît plus que

probable que la Municipalité, en faisant les accaparements tels qu'ils

sont expliqués plus haut et ne faisant point venir de farines à la Halle

de Paris, n'a eu d'autre intention que de profiter de cette circonstance

pour faire consommer aux habitants de la capitale la quantité immense

de farines qui sont dans ses[210] magasins depuis l'année 1789; que

ces farines, dont à juste raison l'on se plaint, étaient mauvaises,

antérieurement à l'acquisition que la Municipalité en a faite du

gouvernement, et que leur défectuosité n'a fait qu'augmenter, par le peu

de soin qu'elle en a fait prendre; que la circonstance impérieuse du

besoin les a obligés jusqu'à samedi dernier, à acheter de ces mauvaises

farines à la Halle, et qu'à[211] cette époque la Municipalité, y en

ayant fait venir de meilleure qualité, elle ne les a plus contraints à

en prendre de mauvaises.

Sur ce, l'Assemblée considérant combien il importe à la santé et à

la tranquillité publique, à laquelle est attaché le terme de notre

glorieuse Révolution, d'étouffer dans leur principe de si honteuses

menées; a pris acte de la déclaration de ses boulangers, et a, en

conséquence, arrêté:

ARTICLE PREMIER.—Que la Municipalité sera tenue de rendre

compte, dans le plus bref délai, par la voie de l'impression et même de

l'affiche: 1º[212] de l'approvisionnement en blés et farines quelle a

fait ou fait faire pour son compte, depuis la Révolution; 2º que ce

compte sera rendu en recettes et dépenses; tant en _matières_ qu'en

_espèces_, et appuyé de pièces probantes, qui demeureront déposées au

greffe de la Municipalité, afin que chaque citoyen en puisse prendre

connaissance, et juger, par là, de la quantité d'approvisionnement sur

laquelle la capitale peut compter; 3º que le compte indiquera les lieux

où les achats ont été faits et où les ventes se sont effectuées; 4º

enfin, que la Municipalité sera également tenue de justifier des ordres

dont elle a chargé ses agents pour ces différentes[213] opérations.

ART. 2.—Qu'il sera nommé des commissaires, qui seront

chargés de s'assurer s'il est vrai que la Municipalité a, ou non,

envoyé arrher dans les départements voisins, tous les blés et farines,

sous le prétexte de l'approvisionnement de la capitale; pour, sur

les preuves qu'ils pourront acquérir, être pris telles mesures qu'il

appartiendra, et pour, s'il y a lieu, les manœuvres être dénoncées

à l'Assemblée nationale, pour y être pourvu, et les coupables punis

suivant la rigueur des lois.

ART. 3.—Que, [par][214] des commissaires, à ce connaisseurs,

l'examen le plus scrupuleux sera fait, dans les magasins de la

Municipalité, de tous les blés et farines qui y existent, afin, non

seulement de juger de la vérité du compte qu'elle aura rendu en

matières, mais encore pour que ces mêmes commissaires fassent, en leur

présence, distraire les blés et farines qui auront été jugés mauvais et

insalubres, et de suite les fassent dénaturer, par des moyens sûrs, tels

que l'aloès ou autres, pour qu'ils ne puissent plus être remis en vente

comme aliment, mais bien vendus aux amidonniers.

ART. 4.—Que la présente délibération sera communiquée, tant

au Département qu'à la Municipalité et remise, par députation, aux

quarante-sept autres sections, avec prières[215] de se réunir à celle

des Postes, pour en obtenir son exécution dans tout son contenu,

et invitations fraternelles[216] de nommer des commissaires, pour,

conjointement avec ceux de la section des Postes, en suivre toutes les

opérations; et ont été à l'instant[217] nommés commissaires _ad hoc_,

MM. Santerre, Dragon et Desvieux.

Et pour remettre la présente délibération MM. Didelot, Bachelard,

Renard, Gambier, Larsonnier, Andrieux, Joandel, Guyot, Stabel, Dinot,

Giffet et James[218].

Fait et arrêté en l'Assemblée générale de la section des Postes les jour

et an susdits[219].

Procès-verbaux de l'Assemblée générale de la section des Postes 4 Décembre 1790 - 5 Septembre 1792 · 第 98 / 357 题