_Assemblée générale de la section des Postes, du mercredi premier juin
mil sept cent quatre-vingt-onze._
La section des Postes convoquée en la manière accoutumée en vertu de la
délibération du Corps municipal du vingt-cinq mai dernier[174] et sur la
convocation de la Commune, il a été fait lecture du procès-verbal de la
dernière séance du trente du mois dernier; cette lecture ayant excité
de grandes réclamations par un nombre considérable de citoyens, sur ce
que cette Assemblée était illégale en ce que: 1º l'on s'était occupé de
plusieurs objets qui ne faisaient pas partie de la pétition, qui était
le sujet de l'Assemblée, ce qui était contraire aux décrets; 2º en ce
que, au moment où les arrêtés ont été pris sur ces objets inhérents à la
pétition, il ne se trouvait plus le nombre de votants requis par la loi;
après une très ample discussion sur ces deux motifs, il a été arrêté
que tous les articles du procès-verbal de la dernière séance qui sont
étrangers à la pétition qui formait le sujet de la convocation seront
rayés et les arrêtés pris sur iceux déclarés non avenus.
L'Assemblée composée de plus de cent citoyens actifs[175], on a
passé à l'ordre du jour, en faisant la lecture du rapport fait par
M. Viguier-Curny[176], commissaire au Corps municipal, sur l'état des
canonniers émigrants et faisant partie de la garde nationale
parisienne[177]; la question étant discutée, la section a arrêté que, se
rappelant toujours avec la plus vive reconnaissance les services rendus
à la chose publique par les canonniers émigrants dès les premiers
moments de la Révolution[178], elle croit que la Commune, n'étant pas
dans le cas de récompenser actuellement ces braves défenseurs de la
liberté, doit différer à statuer définitivement sur leur sort,
jusqu'à ce que l'Assemblée nationale ait décrété l'organisation de la
garde nationale.
Passant au second sujet de la convocation et la question pleinement
discutée, l'Assemblée a décidé qu'il n'y avait point lieu à délibérer
sur la proposition faite par la Municipalité de féliciter le peuple
polonais sur sa nouvelle Constitution[179].
Déclare en outre, qu'elle voit avec étonnement que la Municipalité
ait proposé à la Commune de Paris d'approuver en quelque sorte
une Constitution qui, consacrant la féodalité, les privilèges et
l'inégalité, est absolument contraire et[180] aux droits de l'homme et à
la Constitution française.
A arrêté en outre que la présente délibération sera communiquée aux
quarante-sept autres sections, et on a à l'instant nommé par acclamation
MM. David[181], Didelot, Langlois, Boyere, l'Héritier fils, Giffet,
Balardet (_sic_)[182], Clerc, Maufroy, Desmazié, Poupardin et
Moreau[183], commissaires pour porter ledit[184] arrêté[185].
M. le Président ayant fait part que M. Palloy[186] avait envoyé le
plan de la Bastille qu'il destinait pour la section des Postes, il a été
unanimement décidé qu'il serait voté des remerciements à M. Palloy et
que cette pierre serait posée contre le pilastre en dedans de l'église
de Saint-Eustache, à côté du grand portail.
Fait et arrêté en l'Assemblée générale de la section des Postes les dits
jour et an susdits.