Quelques jours après ce long et si curieux voyage, je m'embarquais de
nouveau à Inéboli, sur un paquebot en partance pour Stamboul...
L'impression laissée par ce que j'ai vu en Anatolie, est de celles que
de vains commentaires affaibliraient; elle est dans la simplicité et
la véracité des faits de nature à jeter sur le kémalisme des lueurs
nouvelles qui éclaireront, je l'espère, les esprits impartiaux. Quant
aux autres...
Tandis que je prenais place dans un canot qui devait m'amener à
bord, je répétai plusieurs fois à un compagnon de voyage qui devait
repartir pour Angora: « Dites à Mustapha Kémal pacha, que le respect et
l'admiration que j'ai pour lui, après que je l'ai vu à l'œuvre, sont
si grands, que je l'appellerais partout avec fierté «l'Apôtre de la
Résurrection turque!»
Tandis que le canot s'éloignait du rivage, je distinguais encore sur
le quai, quelques soldats anatoliens, leurs cartouchières fièrement
rangées sur leur poitrine, qui contemplaient l'horizon azuré de la
Mer Noire avec de grands yeux illuminés.
Quelques heures après, notre bateau levait l'ancre. Sur la passerelle,
je restais debout à regarder s'éloigner ces rives kémalistes, ces
côtes de l'Anatolie indépendante, tout entière absorbée dans une lutte
désespérée, mais si sublime, contre tant d'adversaires à la fois...
La nuit couvrait déjà la mer, lorsque là-bas, derrière nous, sur la
ligne fuyante du large, je vis disparaître ce coin de terre natale,
resté encore si fièrement turc en ce monde !...
{Illustration]
Imp. R. Dousinelle, 3-5-7, rue St-Pierre, St-Germain-en-Laye.