Les lettres qui suivent sont courtes. Le poète est allé voir l'auteur
d'_Indiana_. Ils ont parlé de leurs travaux. Elle écrit _Lélia_, lui un
poème qui sera _Rolla_. Il lui en communique des fragments: «Soyez assez
bonne, ajoute-t-il, pour faire en sorte que votre petit caprice de
curiosité ne soit partagé par personne.»
Dans une de ses visites au quai Malaquais, Musset a été pris de crises
d'estomac violentes. George Sand lui a écrit gentiment et il répond de
même: «Votre aimable lettre a fait bien plaisir, Madame, à une espèce
d'idiot entortillé dans de la flanelle comme une épée de bourgmestre.
Que vous ayez le plus tôt possible la fantaisie de perdre une soirée
avec lui, c'est ce qu'il demande surtout.» Point d'amour encore; mais
George Sand ne s'est-elle pas prise d'un peu de curiosité à cette ombre
de marivaudage?--A-t-elle fait les avances? Cette lettre de Musset le
donnerait à supposer: elle témoigne du moins d'un degré de plus dans
leur intimité.
Je suis obligé, Madame, de vous faire le plus triste aveu: je monte la
garde mardi prochain; tout autre jour de la semaine ou ce soir même, si
vous étiez libre, je serais à vos ordres et reconnaissant des moments
que vous voulez bien me sacrifier.
Votre maladie n'a rien de plaisant, quoique vous ayez envie d'en rire.
Il serait plus facile de vous couper une jambe que de vous guérir.
Malheureusement on n'a pas encore trouvé de cataplasme à poser sur le
coeur. Ne regardez pas trop la lune, je vous en prie, et ne mourez pas
avant que nous ayons exécuté le beau projet de voyage dont nous avons
parlé. Voyez quel égoïste je suis; vous dites que vous avez manqué
d'aller dans l'autre monde; je ne sais vraiment pas trop ce que je fais
dans celui-ci[35].
Tout à vous de coeur.