__De M. de Chateaubriand__
Rome, 21 octobre 1828.
Votre première lettre de France est venue me trouver à travers les
montagnes au milieu des ruines de Rome: elle m'a fait un grand bien, et je
vous en remercie; elle n'avait pas même perdu la petite violette attachée
à l'une des feuilles; j'ai salué cette fleur de mon pays, cueillie par une
main amie. Que vous dirai-je? Rome m'ennuie: tout m'ennuie[34]! J'ai passé
l'âge des joies, il faut que je me retire. Que fais-je dans ce monde? Je
le connais trop et j'y ai été trop longtemps. Je me réserve pourtant
encore un dernier plaisir, c'est celui d'aller vous trouver dans votre
solitude. Quand j'aurai vu cette Marie inconnue, tout sera accompli.
Pensez à moi et écrivez-moi!
[Note 34: Dans cette lettre et dans les suivantes, Chateaubriand exagère un
peu la tristesse et la solitude de son séjour à Rome. Nous savons
notamment, par les Souvenirs de M. d'Haussonville, que trois belles jeunes
femmes, Mme D., la Del Drago, et une dame qui, sous le pseudonyme de Mme
de Saman, devait plus tard publier un petit roman autobiographique
intitulé _Les Enchantements de Prudence_, ont, toutes trois, fait de leur
mieux pour distraire son ennui.]