_À M. de Chateaubriand_
H..., 23 septembre 1828.
Mon cher maître, j'espère que cette lettre ira vous trouver dans votre
route. L'époque de votre fête et de votre jour de naissance s'approche.
J'ai vu dans l'_Itinéraire_ que c'est le 4 d'octobre, jour de Saint
François. Je ne veux pas perdre l'occasion de faire comme ceux que vous
aimez. Comme eux, je vous souhaite une bonne fête, et c'est avec un cœur
plein des meilleurs sentiments pour vous. Puissiez-vous ne conserver dans
votre éloignement que des souvenirs doux et tendres! Puissiez-vous trouver,
sur les bords étrangers qui vont vous retenir, la santé, la paix, et la
joie! Je vous envoie une violette des rives ignorées où vous êtes aimé.
Lorsqu'elle vous parviendra, ses couleurs se seront effacées, ses parfums
se seront perdus, mais le cœur de votre amie n'aura pas changé.
L'entier rétablissement de maman m'a permis de revoir ma solitude. Après
deux mois et demi d'absence, j'y suis rentrée dépouillée d'espérances
chéries, le cœur meurtri de peines présentes et surchargé de regrets; vous
avez dit quelque part que Dieu n'approuve pas les préférences exclusives,
et je le reconnais, au profond abattement de mon âme. Si vous voulez me
soutenir, envoyez-moi de Rome une prière faite par vous et écrite de votre
main, que je puisse attacher dans un livre d'heures[32]!
[Note 32: Mme de V. avait évidemment entendu parler de la prière écrite
par Chateaubriand pour Mme Récamier, après la mort de Mathieu de
Montmorency.]
J'ai reçu votre lettre de Paris 13 septembre, veille de votre départ: j'y
répondrai quand vous serez à Rome.
Adieu, monsieur le vicomte; adieu, mon maître trop admiré et trop chéri!
Ne m'oubliez pas!