XXXIX

_À M. de Chateaubriand_

La Voulte, 22 août 1828.

Mon ami, la convalescence de ma pauvre maman languit. Cependant, je ne

vous oublie pas. Ah! soyez-en reconnaissant, c'est la plus tendre preuve

d'attachement que je vous aie encore offerte!

J'ai relu votre dernière lettre, et j'y ai remarqué un doute qui ne

m'avait pas arrêtée d'abord, parce que je ne puis comprendre tout de suite

que vous ne compreniez pas mes sentiments. Cependant, en y regardant, je

trouve que, malheureusement pour nous, vous êtes un pauvre ami qui n'a pas

bien le temps d'aimer. Il faut donc tout vous dire, et prendre au pied de

la lettre ce que vous dites, même ceci: _«Vous vous ennuyez peut-être de

m'écrire? vous trouvez peut-être mes lettres trop régulières?...»_ Puisque

j'avais laissé en arrière la réponse à ces injustices, je veux bien en

faire une aujourd'hui. Emportez-la dans votre cœur, s'il y a place pour

Marie!

Vos lettres sont ce que je désire le plus, et la seule chose qui puisse me

faire plaisir.

Ainsi donc, s'il reste quelque chose de ces apparitions d'amitié, et même

de tendresse, qui, depuis près d'un an, m'ont fait vivre dans un songe si

doux, réglez notre correspondance, et n'oubliez plus ce que vous êtes pour

moi!

Adieu, mon maître bien-aimé!

Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V... Un dernier amour de René · 第 66 / 122 题