_À M. de Chateaubriand_
La Voulte, 22 août 1828.
Mon ami, la convalescence de ma pauvre maman languit. Cependant, je ne
vous oublie pas. Ah! soyez-en reconnaissant, c'est la plus tendre preuve
d'attachement que je vous aie encore offerte!
J'ai relu votre dernière lettre, et j'y ai remarqué un doute qui ne
m'avait pas arrêtée d'abord, parce que je ne puis comprendre tout de suite
que vous ne compreniez pas mes sentiments. Cependant, en y regardant, je
trouve que, malheureusement pour nous, vous êtes un pauvre ami qui n'a pas
bien le temps d'aimer. Il faut donc tout vous dire, et prendre au pied de
la lettre ce que vous dites, même ceci: _«Vous vous ennuyez peut-être de
m'écrire? vous trouvez peut-être mes lettres trop régulières?...»_ Puisque
j'avais laissé en arrière la réponse à ces injustices, je veux bien en
faire une aujourd'hui. Emportez-la dans votre cœur, s'il y a place pour
Marie!
Vos lettres sont ce que je désire le plus, et la seule chose qui puisse me
faire plaisir.
Ainsi donc, s'il reste quelque chose de ces apparitions d'amitié, et même
de tendresse, qui, depuis près d'un an, m'ont fait vivre dans un songe si
doux, réglez notre correspondance, et n'oubliez plus ce que vous êtes pour
moi!
Adieu, mon maître bien-aimé!