_De M. de Chateaubriand_
Paris, lundi 7 juillet 1828.
Je n'ai rien remarqué dans vos lettres qui pût motiver vos craintes sur
les dates et les cachets. Il faut accorder aux hommes auprès desquels vous
avez été éloquente du respect et de l'estime, mais les tenir à distance,
ne pas leur permettre de s'emparer de notre vie, ce qu'ils sont toujours
prêts à faire, et bien distinguer ce qui est de notre devoir de leur
confier, et de notre devoir de leur taire.
Je n'avais pas compris votre voyage comme vous l'expliquez. Comme cela, il
était praticable, aux inconvénients près du caractère et des humeurs, que
je ne puis vous détailler. Le mieux, si votre bonne intention subsistait,
serait de venir directement à Rome. Là vous feriez la connaissance de Mme
de Ch. et, si vous trouviez la chose possible quand vous auriez vu, vous
resteriez.
Nous ne partons qu'au mois de septembre, et il serait possible que je
revinsse dès le mois de novembre. Je vous l'ai dit, ma destinée ne me
permet de rester nulle part avec la fortune. Je suis donc à peu près sûr
de vous voir avant peu de temps, car je reviendrai par le midi de la
France. En vérité, j'en suis quelquefois à croire que je ne partirai pas.
Je suis obligé de quitter aujourd'hui ma mystérieuse amie plus tôt que je
ne le voudrais. Voici cette loi sur la presse qui vient aux Pairs; il faut
que je l'étudie pour parler après-demain, et, jusqu'à présent, je n'ai pu
m'en occuper. Ce sera mon dernier travail et, après, je ne songerai plus
qu'aux préparatifs de mon exil. Dites à vos oiseaux de chanter pour moi,
et à Marie de m'aimer!