Il est impossible de savoir dans quel sens la philosophie va se diriger.
L’histoire sommaire que nous en avons tracée montre assez, ce nous
semble, qu’elle n’a aucunement une marche régulière et telle, qu’à voir
comment elle a marché, on puisse conjecturer comment elle poursuivra sa
route. Elle ne semble même nullement dépendre ou elle semble dépendre
très peu, à telle ou telle date, de l’état général de la civilisation
autour d’elle et même aux yeux de ceux qui croient à une philosophie de
l’histoire, il n’y a pas, ce me semble, une philosophie de l’histoire de
la philosophie. La seule chose que nous croyions pouvoir affirmer c’est
que la philosophie existera toujours, comme répondant à un besoin de
l’esprit humain et qu’elle sera toujours et un effort pour ramasser les
découvertes scientifiques en quelques grandes idées générales et un
effort aussi pour dépasser la science et chercher, comme elle pourra, le
mot de l’énigme universelle, si bien que ni la philosophie proprement
dite ni même la métaphysique ne disparaîtront jamais. La vie ne vaut, a
dit Nietzsche, que comme instrument de la connaissance. Quelque avide
que soit et que devienne, l’humanité de connaissances partielle, elle
sera toujours passionnément et infatigablement curieuse de connaissance
totale.