Le stoïcisme existait comme en germe dans le cynisme (et du reste dans
Socrate) comme l’épicurisme dans Aristippe. Zénon fut élève de Cratès.
Très jeune il ouvrit une école à Athènes au Pécile. Le Pécile était un
portique; portique en grec se dit _stoa_, d’où le nom de stoïque. Zénon
professa trente ans ou un peu plus; puis, aux approches de la
vieillesse, se donna la mort. Zénon pensait, comme Épicure, comme
Socrate, que la philosophie ne doit être que la science de la vie et que
la science de la vie c’est la sagesse. La sagesse consiste à penser
juste et à agir bien; mais à ne penser juste que pour agir bien, ce qui
est tout à fait dans l’esprit de Socrate et ce qui élimine toute science
de curiosité, toute recherche sur la constitution du monde et l’ensemble
et même le détail des choses. En cela le stoïcisme est plus étroit que
l’épicurisme.
Par suite il faut à l’homme une _logique_ (les stoïciens sont les
premiers qui emploient ce mot) très nette, très ferme et très
rigoureuse. Armé de cet instrument et ne l’employant que pour se
connaître et pour se gouverner l’homme se fait sage. Le «sage» pour les
stoïciens est une espèce de saint, de surhomme comme on a dit depuis, et
très analogue à son Dieu. Il met tout son effort à assurer, à dompter et
à supprimer ses passions qui ne sont pas autre chose que «des maladies
de l’âme». Du côté du monde extérieur, il méprise tous les «fortuits»,
c’est-à-dire tout ce qui ne dépend pas de la volonté humaine et il les
considère comme n’existant pas: les maladies du corps, les douleurs, les
souffrances, les malheurs, les humiliations, ne sont pas des maux, ce
sont des choses indifférentes. Au contraire, les crimes et les fautes
sont tellement des maux qu’ils sont _également_ exécrables et que le
sage doit se reprocher la moindre faute à l’égal du plus grand crime,
doctrine paradoxale qui a excité la verve des adversaires, même
respectueux, des stoïciens et particulièrement de Cicéron.