LES CLOISONNÉS DE MM. CHRISTOFLE ET Cie

[Illustration: EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE. Objets d'orfèvrerie

exposés par la maison Christofle.]

Nous signalions dernièrement à l'attention de nos lecteurs le procédé

nouveau et, nous pouvons le dire sans exagération, parfait, inventé par

MM. Christofle pour la fabrication des émaux cloisonnés. Nous donnons

aujourd'hui la reproduction des principaux spécimens de cette branche si

importante de l'orfèvrerie exposés par MM. Christofle à Vienne. Il nous

reste à dire en quoi consiste l'innovation introduite par eux dès 1867,

dans l'art de l'émailleur.

Le moyen employé par les Chinois est connu. Il consiste à contourner à

la main de petites bandelettes de cuivre mince, à les appliquer sur les

vases à décorer, puis à remplir d'émail fondu les compartiments dessinés

par elles.

Ce procédé, qui exige des doigts très-déliés et des artisans fort

habiles, a l'avantage de donner à l'exécution un caractère personnel

d'autant plus précieux qu'il faut refaire le dessin pour chaque

exemplaire de l'oeuvre.

D'un autre côté la cloison fondue dont les courbes sont par conséquent

arrêtées et fixes offre une netteté et une pureté de lignes qui flatte

davantage l'oeil de l'Européen; car il est dans le génie des Occidentaux

d'associer la clarté et la symétrie, tandis qu'au contraire, en art pur

comme en décor, l'Oriental a une préférence marquée et intime, pour la

variété, l'irrégularité et le caprice.

On peut donc dire des émaux cloisonnés de MM. Christofle que, tout en

égalant les Chinois pour la couleur et l'invention, ils ajoutent à ces

qualités pour lesquelles ces vieux maîtres sont si supérieurs, les

mérites de la pureté, du dessin et de la sévérité du style.

Ce n'est pas seulement par l'exécution matérielle que se distinguent le

vase à fond céladon, portant une cigogne, un faisan doré et des

oiseaux-mouches dans un paysage de roseaux, d'iris et de pêchers en

fleurs,--le plat à corbeille de fleurs posé sur un damier,--et le vase à

fond jaune de style persan garni de bronze nuancé d'or. Ces trois pièces

de premier ordre, qui sont dues au talent de M. Reiber, architecte, chef

de l'atelier de composition et de dessin, se recommandent par une

originalité nouvelle qui s'inspire de la nature. Nous ne voulons citer

pour exemple que les mouvements de tête et de pattes des deux faisans

que nous mettons sous les yeux du public: ils sont d'une vérité et d'une

vie saisissantes, et notre excellent peintre d'oiseaux, Couturier, ne

les désavouerait pas.

Ah! la nature, c'est toujours d'elle qu'il faut parler et à elle qu'il

faut revenir, car elle est le modèle unique et le maître sans égal, et

elle a plus de talent que tous les génies du monde: elle a plus de

variété, plus d'imagination, plus d'harmonie, plus d'unité, plus de

style, plus de goût, plus de grâce, plus de force, que Michel-Ange,

Raphaël et Benvenuto Cellini réunis.

L'Illustration, No. 1600, 25 octobre 1873 · 第 34 / 35 题