PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO.

(_Environ cinq heures de voiture_.)

On sort de Florence par la porte de Prato et, après avoir traversé le

Mugnone, on longe le parc de la villa San Donato Peretola.

+L'ÉGLISE SAINTE-MARIE+, fondée au XIIe siècle, est depuis 1449 un

fief de Sainte-Marie Nouvelle.

+Brozzi+. Les vieilles familles florentines des Strozzi, des

Cavalcanti, des Ruccellai possédaient à Brozzi des palais dont les

façades délabrées sont encore ornées de leurs armoiries.

+San Donino+. A droite de la route, on a une fort belle vue sur le

monte Gione et les Apennins; on traverse l'Ombrone sur un pont et on se

trouve dans le pittoresque village de Poggio a Cajano admirablement situé

sur les collines que bordent la rive droite de l'Arno. Au nord, s'étend

la chaîne des Apennins dont on s'est sensiblement rapproché et qui

profilent leurs belles découpures au-dessus d'un riant paysage.

+LA VILLA ROYALE DE POGGIO A CAJANO+ est située sur le point

culminant de la route qui conduit à Lucques, de sorte que ses trois

façades offrent chacune une charmante vue: l'une sur Florence, l'autre

sur les montagnes et les villages dont elles sont semées, et enfin la

troisième sur Prato, Pistoia, Sesto et tout le val d'Arno inférieur.

Laurent le Magnifique, séduit par la position délicieuse de Poggio a

Cajano, voulut en faire sa résidence de prédilection et demanda un plan à

tout ce que Florence comptait alors de plus célèbre en architectes et en

peintres. Celui de JULES DE SAN GALLO eut la préférence; seulement

Laurent exigea qu'il y ajoutât un escalier extérieur, pris sur un autre

dessin et grâce auquel on pourrait accéder à cheval jusqu'au haut du

perron. Il voulut encore que le plafond de la grande galerie fût

circulaire: construction audacieuse pour la science architecturale

d'alors, par suite de ses vastes proportions et que du reste Sangallo

réussit parfaitement.

Après la mort de Laurent, les travaux interrompus furent repris est

achevés par Léon X, sous lequel furent exécutées les magnifiques fresques

d'ANDREA DEL SARTO, de FRANCIABIGIO et du PONTORNO dont le grand défaut

est de représenter des sujets relatifs aux Médicis, d'un intérêt plus que

médiocre.

La villa de Cajano rappelle bien des souvenirs de l'histoire de Florence:

Charles-Quint l'habita en 1536, lors du mariage de Marguerite d'Autriche

avec le grand-duc Alexandre. Éléonore de Tolède, femme du grand-duc Cosme

Ier, s'y laissa mourir de faim, après la mort tragique de ses deux fils:

Jean, assassiné par son frère Garcia, et celui-ci, son enfant favori, tué

à son tour devant elle par son père, en punition de ce meurtre. Puis

mourut Cosme, et le grand-duc François, d'amoureuse mémoire, habita

souvent Poggio a Cajano avec Bianca Capello, dont l'histoire offre le

plus étonnant assemblage de toutes les misères et de toutes les fortunes.

Fille d'un des patriciens les plus fastueux de la République vénitienne,

elle se faisait enlever à dix-sept ans par un commis florentin employé en

face du palais de son père et fuyait avec lui à Florence où elle

l'épousa. La tête de son amant ayant été mise à prix par la République

sérénissime, ils vécurent à Florence cachés et dans la plus extrême

misère jusqu'au jour où Bianca fut aperçue à sa fenêtre par le grand-duc

Francesco qui en devint éperdument amoureux, et qui, après lui avoir

donné un sauf-conduit pour son mari, en fit sa maîtresse et l'installa

superbement dans le palais voisin de Pitti appelé encore de son nom. La

malheureuse Jeanne d'Autriche, que le grand-duc avait épousée sur ces

entrefaites, impuissante à lutter contre son abandon et l'omnipotence

toujours croissante de la maîtresse, mourut bientôt de chagrin, et

l'ascendant de Bianca était tel qu'elle se faisait épouser par le

grand-duc, aussitôt son deuil terminé (1580).

Trois ans après ce mariage, le jeune grand-duc héritier, fils de Jeanne

d'Autriche, mourait et, à défaut de descendance directe, le cardinal

Ferdinand devint grand-duc présomptif. Comme la perspective de le voir

régner ne pouvait convenir aux ambitions de Bianca, elle simula bientôt

une grossesse et un accouchement, et, le 30 août 1585, elle faisait

passer pour un fils né d'elle un enfant clandestinement apporté. La

supercherie découverte par son beau-frère, le principal intéressé à

l'absence d'héritiers, l'enfant fut déclaré inapte à succéder. A la suite

de ces événements, une haine formidable contre Ferdinand s'étant amassée

dans l'âme de Bianca, elle résolut de se défaire de lui à l'aide du

poison. L'automne suivant, le cardinal fut invité par François à venir

chasser avec lui à Poggio a Cajano, une des réserves les plus giboyeuses

du grand-duc. Le jour même de son arrivée, Bianca, dit-on, lui prépara de

ses mains une espèce de tourte qu'elle savait particulièrement aimée de

lui et y mélangea un de ces subtils poisons dont les Borgia avaient

laissé le secret; mais comme une telle gracieuseté de sa part ne laissait

pas que d'inquiéter le cardinal, il refusa d'y goûter. Le grand-duc,

piqué de l'affront infligé à sa femme par son frère, voulut à son défaut

faire honneur à cette pâtisserie et Bianca, qui devait ou avouer son

crime, ou laisser son mari mourir empoisonné, se décida rapidement à

partager avec lui ce funèbre régal. Le lendemain Francesco et Bianca

étaient morts, et Ferdinand qui succédait lançait sa barrette aux orties.

Ces événements jetèrent naturellement une certaine défaveur sur la villa

de Laurent; lorsque après un demi-siècle elle devint un lieu d'exil pour

l'espèce de folle que fut Marguerite d'Orléans, fille de Monsieur,

qu'avait épousée, pour son malheur, le grand-duc Cosme III et dont les

extravagances furent telles que l'on consentit à la laisser retourner en

France, trop heureux de s'en débarrasser.

Le fils de Cosme III, Ferdinand, habita presque exclusivement Poggio pour

vivre séparé de sa femme Violante de Bavière, dont il n'avait pu avoir

d'héritiers, et Poggio redevint alors ce qu'il avait été sous Laurent, un

lieu de plaisir et de fêtes continuelles. Après cette dernière splendeur,

l'histoire politique et scandaleuse de la villa fut terminée; elle resta,

toutefois, bien de la couronne et elle appartient encore, aujourd'hui, à

la maison royale d'Italie.

La villa Poggio a Cajano est restée telle qu'elle était au temps des

Médicis, un édifice carré sans grand caractère, dont le rez-de-chaussée

est orné d'un portique et dont la façade présente une colonnade en style

classique. D'admirables jardins l'entourent, ceux où Laurent se livrait à

son goût pour l'agriculture et la zoologie.

+A l'intérieur+, la pièce où est morte Bianca Capello est située au

rez-de-chaussée; l'ornementation fort curieuse en est due à un escalier à

balustres et à une belle cheminée. Le milieu de ce demi-étage est occupé

par une petite salle de spectacle aménagée par Léon X.

Au premier, de nombreuses pièces, décorées au commencement de ce siècle,

ont la banalité de toutes les résidences royales; elles possèdent de

nombreux portraits en pied, fort médiocres, des princes de la maison des

Médicis; ils garnissent un splendide salon où se retrouve intacte la

magnificence de la Renaissance parvenue à son apogée. Cette salle,

décorée par les soins de Léon X, est de la plus grande richesse; le

plafond fort élevé, voûté en berceau, porte peintes en relief et dans des

dimensions colossales les armes de Léon X surmontées de la tiare

pontificale.

Les armoiries et les devises des Médicis, sur un fond d'or, forment en se

répétant toute la décoration. Les murs sont entièrement recouverts de

fresques; les quatre principales occupent les deux grands panneaux de la

pièce, de chaque côté des portes. La plus belle, par le charme de son

coloris et de sa composition, représente _César recevant en Égypte les

tributs des nations vaincues_, allusion aux présents faits à Laurent

par un Égyptien. Les enfants placés au premier plan qui tiennent des

animaux rares, sont une autre allusion relative au goût de Laurent pour

la zoologie.

Une inscription indique que cette fresque, commencée en 1521 par ANDREA

DEL SARTO, fut achevée par ALESSANDRO ALLORI en 1580.

De l'autre côté de la porte, une fresque d'ALLORI montre le _Consul

Flaminius détachant les Achéens de leur ligue avec Antiochus_,

allusion à la diète de Crémone où Laurent mit à néant les desseins des

Vénitiens.

En face, FRANCIABIGIO a peint le _Triomphe de Cicéron au Capitole_.

Tableau médiocre, allusion au retour de Cosme l'Ancien à Florence en

1434, après son année d'exil à Padoue. Enfin, en dernier lieu, vient la

superbe fresque d'ANDREA DEL SARTO représentant un festin auquel prennent

part Scipion et Syphax, allusion au glorieux voyage de Laurent le

Magnifique à Naples et à la réception qui lui fut faite.

La scène a lieu sous un portique au travers duquel on aperçoit la mer et

une ville échelonnée sur une montagne. Parmi les esclaves, celui de

gauche, le torse nu et portant deux plats, est tout à fait remarquable de

mouvement et de beauté plastique.

D'autres fresques moins importantes décorent les extrémités de la salle

et les lunettes. D'admirables coffres de mariage du XVIe siècle, dits

Cassones, contribuent à l'ameublement de cette splendide salle.

On rentre à Florence par la même route qui bifurque à peu de distance de

la ville sur les CASCINES, promenade à l'ouest, entre l'Arno et la

Mugnone, sur une longueur de quatre kilomètres. Le nom de cette promenade

favorite des Florentins est venu de la métairie Cascina dont elle

dépendait autrefois.

Florence historique, monumentale, artistique · 第 66 / 76 题