(_Deux heures de voiture_.)
On sort de la ville par la vieille +porte SAN GALLO+, de 1330,
autrefois décorée de fresques disparues de Ghirlandajo, et l'on suit la
via Boccaccio sur la rive droite du Mugnone, affluent de l'Arno, d'où
l'on découvre bientôt la belle campagne mamelonnée des environs de
Florence, sillonnée de villas. On passe devant la +VILLA PALMIERI+
où Boccace écrivit son Décameron, pendant la peste de 1348, et dont il
fit le lieu de ses contes, puis on atteint Saint-Dominique, au-dessus
duquel se dresse Fiesole sur la haute colline où s'étagent en terrasses
ses villas et ses jardins et où se découpent sur le ciel clair les
silhouettes grêles des oliviers et des cyprès auxquels le paysage toscan
emprunte son charme poétique et profond.
+SAINT-DOMINIQUE DE FIESOLE+, un des premiers établissements
dominicains en Toscane, et le couvent où pendant de longues années
peignit et vécut l'Angelico. L'église, précédée d'un portique du XVIe
siècle aux armes des Médicis, n'a aucun caractère et est de toutes les
époques. A l'+intérieur+, derrière le maître-autel, un grand tableau
d'ANGELICO est médiocre.
+Deuxième chapelle+ à droite.
LORENZO DI CREDI, _Baptême du Christ_, pâle inspiration du
chef-d'oeuvre de son maître, le Verrocchio, à l'Académie.
+Troisième Chapelle+.
ANDREA PERRUCI. Beau _Christ_ sculpté en bois, de grandeur
naturelle.
Le chemin qui se détache sur la gauche de Saint-Dominique conduit à la
Badia.
+LA BADIA FIESOLANA+ est située sur une colline dominant le cours du
Mugnone et possède la plus admirable vue, d'un côté sur Florence et de
l'autre sur Fiesole.
La Badia est un des monuments les plus anciens de la Toscane. Dès 406,
elle était un château fortifié; elle devint, en 1028, le plus riche et le
plus célèbre monastère de Bénédictins de la Toscane et presque de
l'Italie. En 1440, à la prière de Cosme l'Ancien, le pape Eugène IV donna
le couvent aux chanoines du Latran; c'est de cette époque que date toute
sa splendeur. Cosme employa une partie des richesses du couvent à le
restaurer magnifiquement sous la direction de BRUNELLESCHI et en fit l'un
de ses séjours préférés (1462). Aussi y fondait-il bientôt la célèbre
Académie Platonicienne où il réunissait ses familiers et les «clients» de
sa maison, les Ange Politien, les Marsile Ficin, les Pic de la Mirandole
et tous ceux auxquels la solitude était indispensable pour favoriser le
travail de la pensée. Michel-Ange y habita longuement et les graves
enseignements dont il était entouré ne contribuèrent pas médiocrement à
hâter la maturité de son puissant esprit.
La façade de la Badia n'a conservé qu'une partie de son revêtement du
XIVe siècle, en marbre blanc et cipolin, antérieur à celui de San
Miniato. On entre, à droite de la façade, dans un vestibule d'où part
l'escalier montant au +cloître+ rectangulaire édifié par
BRUNELLESCHI, dont le portique est surmonté d'une galerie couverte.
Tout a été traité dans le cloître, comme dans le reste de l'abbaye, avec
une simplicité sévère et voulue, mais dans un style ample et pur. Sur un
des côtés s'ouvre la petite +chapelle+ privée réservée aux moines.
La décoration de la porte, des deux fenêtres sur le cloître et
l'encadrement de l'ancien retable en pierre grise sont d'une élégante
simplicité.
Le +Réfectoire+, précédé d'une salle où se trouve un lavabo de style
classique et d'un goût exquis, possède une ravissante _chaire_ en
pierre grise à laquelle on monte par un escalier pratiqué dans le mur et
contenu dans une baie ouverte. Les sculptures de premier ordre dont elle
est ornée représentent des chérubins, des guirlandes et de délicats
fouillis de feuillages.
A la suite du cloître, un portique ouvert, à cinq arcades surmontées
d'une loggia, donne sur des jardins d'où la vue sur Florence est de toute
beauté.
Dans le +vestibule+ allant du cloître à l'église, un charmant
_lavabo_ en marbre blanc, ouvrage de MINO DA FIESOLE, se compose
d'une vasque oblongue soutenue par un pied sur lequel courent des
dauphins. Ce lavabo est encadré d'un ordre architectonique dont la frise
porte les armes des Médicis.
+L'église+, d'une pureté et d'une simplicité remarquables, est en
forme de croix latine à une seule nef, sur laquelle, de chaque côté,
quatre grandes baies cintrées donnent accès à des chapelles. Le transept,
plus élevé de quelques marches, conduit au choeur terminé carrément; à la
croisée quatre arcatures soutiennent une coupole en rotonde arrondie;
enfin, à chaque extrémité du transept, s'ouvrent deux ravissantes portes
d'ordre classique aux armes des Médicis. La décoration sobre et
harmonieuse du monument est formée par des encadrements qui se détachent
sur des pilastres de pierre grise.
Les autels sont également en pierre grise, sauf l'autel principal, bel
ouvrage en mosaïque de marbre de la même époque.
Revenu à Saint-Dominique, on commence à gravir les lacets de la colline
de Fiesole au milieu de vignes et d'oliviers étagés sur des terrasses.
Après avoir laissé à droite la route de Majano, on passe au pied de
l'ancien COUVENT DE LA DOCCIA, fondé en 1414 et dont le portique par
SANTI DI TITO fut élevé, dit-on, sur les dessins de MICHEL-ANGE. Avant
d'arriver à Fiesole, on prend à gauche l'ancienne route de piétons, la
via Fiesolana, qui descend rapidement à la petite église de San Ansano.
+L'ÉGLISE DE SAN ANSANO+ fut fondée au Xe siècle. En 1200, elle
dépendait de la compagnie de la Trinité de Florence et elle fut ensuite
canonicat de la cathédrale de Fiesole, dont elle constituait un bénéfice.
Achetée en 1795 par le chanoine Bandini, elle fut convertie par lui en un
musée qu'il légua à la commune de Fiesole.
Les quatre tableaux les plus intéressants sont les quatre
_Triomphes_ de BOTTICELLI, petits panneaux sur bois, superbes de
composition, mais malheureusement mal conservés. 1° (Mur de droite)
_Triomphe du Temps_. Saturne, vieux et cassé, est perché au sommet
d'un cadran d'horloge où les heures d'or se détachent sur fond noir. Le
cadran est soutenu sur un char triomphal par deux génies aux pieds
desquels deux chiens couchés, l'un blanc, l'autre noir, symbolisent le
jour et la nuit. Le char, couvert d'une housse rouge richement brodée
d'or, est traîné par deux cerfs, image de la rapidité du temps.
2° _Triomphe de la Chasteté_. Sur un socle doré placé à l'arrière
d'un char, la Chasteté debout, vêtue d'une robe de bure semée de chardons
d'or, tient une palme. A ses pieds, Éros est enchaîné par deux femmes,
tandis qu'une troisième bande son arc et qu'une quatrième accourt
apportant d'autres liens. Au char sont attelées les licornes symboliques
de la pureté, conduites par des femmes à peine voilées de tuniques
transparentes, que soulève le vent; l'une d'elles marche en avant, avec
la bannière de la pureté, une hermine détachée sur un fond rouge.
3° (Mur de gauche) _Triomphe de l'Amour_. Il est représenté par une
figure de bronze aux ailes dorées qui s'envole en décochant ses traits,
au-dessus d'un bûcher autour duquel un vieillard, un guerrier et une
jeune femme sont assis enchaînés.
Aux quatre angles du char triomphal de l'Amour sont placés des génies
dorés; son attelage est composé de quatre chevaux blancs autour desquels
se pressent de nombreux personnages.
4° _Triomphe de la Religion_. La Foi, l'Espérance et la Charité sont
agenouillées sur un char tiré par les bêtes symboliques données comme
attribut aux quatre Évangélistes.
Au-dessus du char entouré de figures agenouillées plane le Père Éternel
bénissant. Cette composition, très endommagée, est inférieure.
On retrouve dans ces oeuvres de Botticelli, malgré les repeints nombreux,
le charme excessif de sa poétique et ravissante nature. Les figures de
femmes dans le _Triomphe de la Chasteté_ paraissent les soeurs de
celles du Printemps ou de la Calomnie, tant elles ont semblable envolée
et grâce légère dans leur élégante silhouette.
A droite de l'entrée, _Enfant Jésus bénissant_, délicieuse petite
figure nue de LUCA DELLA ROBBIA.
Du même côté, le bénitier est bordé d'une guirlande de feuilles et de
fruits au milieu de laquelle est représenté un buste vu de face.
Il a pour pendant un autre médaillon à peu près du même genre, mais moins
parfait d'exécution. Au-dessus du choeur, belle tête de _Saint
Jean-Baptiste_ dans un médaillon.
Sur la porte de la sacristie, _la Visitation_, haut relief
polychrome d'ANDREA DELLA ROBBIA.
Sur la porte opposée, un admirable _Saint Jean-Baptiste à genoux devant
le Christ_, émail blanc sur fond de couleur.
Le devant de l'autel est formé d'une terre cuite dorée, en haut relief,
l'_Adoration des Pasteurs_, attribuée à MICHEL-ANGE.
Dans le passage de la sacristie se trouve une petite chapelle dont
l'autel est surmonté d'un magnifique médaillon de LUCA DELLA ROBBIA,
_la Vierge à genoux_, les mains jointes, en adoration devant
l'Enfant avec deux anges volant à ses côtés.
Les oeuvres des DELLA ROBBIA sont en si grand nombre à San Ansano,
qu'elles constituent un véritable musée de cet art charmant où s'allient
le plus souvent la perfection de la forme, le charme de la couleur et la
poésie raffinée du sentiment. Là, mieux que partout ailleurs, grâce à la
quantité et à la qualité des ouvrages exposés aux regards, on peut
étudier la tradition et l'histoire des terres cuites émaillées. Et cela
est particulièrement vrai pour Luca, tant cette église est riche en
pièces qui peuvent compter parmi les meilleures du vieux maître, et dans
lesquelles se concilient ses admirables qualités de profonde sincérité
réaliste et de grâce émue et touchante.