LE BARGELLO, VIA DEL PROCONSOLO, LA BADIA, VIA GHIBELLINA, MUSÉE
BUONARROTI, INSTITUT PHILHARMONIQUE, PLACE SANTA CROCE, SANTA CROCE, SAN
AMBROGIO.
LE BARGELLO. La Révolution de 1250 ayant supprimé la charge de podestat,
elle fut rétablie en 1255 et la Seigneurie décréta, pour loger ce
magistrat suprême de la République, la construction d'un palais pouvant
tout à la fois lui servir de demeure et de prison. TADDEO GADDI fut donc
chargé d'élever un édifice destiné à ce double usage. En effet, la
situation de ce souverain juge était peu enviable. Pour que son
impartialité fût absolue dans l'exercice de ses fonctions, il devait être
choisi à l'étranger et être non seulement comte et guelfe, mais encore
n'avoir ni amitié ni parenté dans la ville. Une fois entré en charge et
investi de sa redoutable puissance, il devait vivre solitaire et
séquestré dans son palais, car les Florentins avaient mis à l'exercice de
ce pouvoir les conditions les plus dures. Le podestat devait ne partager
ses repas avec qui que ce fût, n'adresser dans la rue la parole à
personne, ne marcher qu'avec une escorte de pages et de cavaliers armés.
S'il était marié et père de famille, pendant l'année que durait son
pouvoir, il ne pouvait ni voir sa femme ou ses enfants, ni même leur
donner signe de vie. Enfin, avant de résigner sa charge, il lui fallait
rendre compte du somptueux mobilier dont il avait dû reconnaître
l'inventaire.
La méfiance d'un peuple jaloux, la dureté d'un juge choisi pour être
inexorable, les sentiments inspirés par ce tyran à la fois tout-puissant
et tenu en captivité, sont exprimés avec force dans ce monument où
s'allient une richesse sombre et la sévérité la plus grande.
L'extérieur du Bargello a l'aspect austère d'une forteresse; sa masse
sinistre, couronnée de mâchicoulis et de créneaux, est à peine percée de
rares fenêtres; et la tour carrée, élevée à un de ses angles, contribue
encore à accentuer ce caractère.
Sous les Médicis, tout ce qui pouvait rappeler la grandeur de la
République étant proscrit, le palais du Podestat devint cour criminelle,
siège de la police, prison, le «Bargello» pour tout dire en un mot. Il
renferme aujourd'hui le musée national et contient des objets d'art
remarquables.
Sous la voûte d'entrée deux salles voûtées divisées en nefs par des
piliers, décorées des armoiries des anciens podestats, renferment des
collections d'armes intéressantes pour l'histoire de la ville. Les deux
pièces les plus importantes, placées à l'extrémité de la salle, sont une
_rondache_ et un _casque_, oeuvres de BENVENUTO CELLINI
exécutées pour François Ier, roi de France.
La rondache représente l'histoire de Persée et d'Andromède. Le casque,
surmonté d'une chimère, est décoré d'une riche ornementation dorée en
relief.
+La cour du Bargello+ forme un carré dont une face est occupée par
le mur froid et nu de la sévère construction de Taddeo Gaddi, tandis que
les trois autres sont atténuées par un portique dont les arcades cintrées
sont supportées par des colonnes. Cette partie fut construite vers 1350
par BENCI DI CIONE et NERI FIORAVANTI. Pour donner un accès plus facile
au palais, les architectes du XIVe siècle élevèrent contre l'aile de
Taddeo un escalier coupé par un palier fermé d'une grille qu'ils firent
aboutir à une loggia ouverte sur tout un côté de la cour. La décoration
des murs de cette cour, unique en son genre, est aussi variée
qu'intéressante; elle est formée par les écussons en relief des podestats
semés à profusion sur ses quatre faces et affectant toutes les formes.
Ils sont en pierre dure ou en marbre avec les traces des peintures qui
les rehaussaient.
Au milieu de ces marques de la puissance des podestats, la République,
toujours jalouse de sa suprématie, a placé partout l'empreinte de son
autorité et partout se retrouvent les armes de la ville, des Guelfes et
du peuple. Le même sentiment apparaît encore sous les portiques où sont
encastrés les écussons peints en relief des divers «sestiere», tandis
qu'aux voûtes sont représentées les armes de leurs gonfalons.
Sous les portiques au rez-de-chaussée s'ouvrent deux salles:
I
Tombeaux du XIVe siècle.