Les nouveaux ministres

Dans l'histoire de la semaine de notre précédent numéro, nous avons

donné la composition du ministère du 27 novembre. Quatre nouveaux

membres y figurent: MM. Decazes, de Larcy, Depeyre et de Fourtou.

M. Decazes est âgé de cinquante-quatre ans. Il est entré dans la

diplomatie sous les auspices de son père, le duc Decazes, et a

représenté la France en Espagne et en Portugal. Rentré dans la vie

privée sous l'Empire, il ne tenta d'en sortir, en 1869, que pour se

faire battre aux élections pour le Corps législatif, par M.

Chaix-d'Est-Ange fils, candidat officiel. Il fut envoyé à l'Assemblée

nationale par le département de la Gironde, le 8 février 1871. Il y

siège au centre droit, mais près des confins de la droite, et l'on sait

que dans la commission des Trente, il a voté avec les commissaires de

cette partie de l'Assemblée contre toute transaction entre MM. Thiers et

Dufaure. Il a été l'un des ouvriers les plus actifs de la fusion pendant

les vacances parlementaires. Il était, on le sait, ambassadeur de France

en Angleterre depuis quelques semaines seulement lorsqu'il a été appelé

au ministère des affaires étrangères.

M. de Larcy fut député de l'opposition sous Louis-Philippe, vota avec la

majorité, après la révolution de Février, aux Assemblées constituante et

législative, et protesta à la mairie du Xe arrondissement contre le coup

d'État du 2 décembre. Envoyé en 1871 par le département du Gard à

l'Assemblée nationale, il fut appelé aussitôt par M. Thiers au ministère

des travaux publics, d'où il sortit, en 1872, à la suite de la

manifestation des «bonnets à poils». Il fait partie de la réunion

Colbert, ou droite modérée, qu'il n'a cessé de présider que pour prendre

possession, pour la seconde fois, du ministère des travaux publics. M.

de Larcy est né en 1805.

M. Depeyre, avocat, cinquante et un ans, député de la Haute-Garonne,

appartient au parti légitimiste, mais sans passé politique bien

marquant. Le rôle qu'il a joué dans la commission de prorogation des

pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon lui a valu le portefeuille de la

justice. Comme M. de Larcy, il appartient à la réunion Colbert.

M. de Fourtou, enfin, député de la Dordogne, a d'abord fait partie de la

droite, puis du centre droit, puis presque du centre gauche. Son vote en

faveur de M. Thiers, le 13 novembre 1872, contre la proposition Kerdrel,

le fit appeler au ministère. Il faisait partie du cabinet du 23 mai, qui

avait fait de l'organisation de la République par le vote des lois

constitutionnelles le point important de son programme, lorsqu'il fut

renversé le lendemain avec MM. Thiers, Casimir Périer, Waddington,

Bérenger, et les autres ministres. Depuis, M. de Fourtou n'avait cessé

de voter avec les divers groupes de la droite. On n'en regarde pas moins

sa nomination au ministère de l'instruction publique comme une invite au

centre gauche et un indice des tendances libérales du nouveau cabinet.

L'Illustration, No. 1606, 6 décembre 1873 · 第 17 / 31 题