DERRIÈRE LES ARMÉES

En Belgique, les troupes allemandes ont tenté des attaques contre

Anvers: vers Malines d'abord, puis vers Termonde où elles avaient

surpris les Belges, très inférieurs en nombre, mais qui ont reçu des

renforts et les en ont chassées. Un essai de bombardement des forts

d'Anvers n'a pas été plus heureux; les bouches à feu sont même restées

noyées dans les inondations tendues devant la ville.

On comprend le désir des Allemands de réduire rapidement Anvers, ainsi

que l'armée belge qui se trouve sur le flanc de leur ligne de

communication et qui a déjà repris avec quelque succès l'offensive

jusqu'au delà de Louvain, vers Bruxelles.

La situation n'est pas moins bonne du côté de la Russie. Si elle est

stationnaire en Prusse orientale, où les Allemands ont amené

d'importants renforts prélevés sur les troupes que nous combattions, les

corps allemands et autrichiens qui avaient pénétré en Pologne russe

jusqu'aux environs de Lublin ont été énergiquement refoulés et battent

en retraite. Les Autrichiens qui, au Sud, défendaient la Galicie, après

avoir été écrasés aux environs de Lemberg, s'étaient retirés jusqu'à une

ligne allant de Rawa-Ruska au Dniester. Ils ont lutté désespérément,

mais vainement, contre les attaques acharnées des Russes.

Des télégrammes officiels du quartier général des armées du tsar,

transmis de Pétrograd, annoncent que, du 10 au 12 septembre, elles ont

pris 94 canons et fait 30.000 prisonniers. La grande bataille de la

Galicie, à laquelle deux millions d'hommes (comme à la bataille de la

Marne), prirent part, et qui a duré 17 jours, finit donc par la victoire

complète de nos alliés.

[Illustration: Blessé allemand et turco sur le terrain d'un combat près

de Meaux.]

Au Sud de l'Autriche, nous ne devons pas oublier les Serbes et les

Monténégrins qui, dans la croisade générale entre les deux empires

germaniques, jouent un rôle qui est loin d'être négligeable. Les troupes

serbes, franchissant la Save, ont pénétré en Hongrie par quatre points:

Semlin, en face de Belgrade; Obrenovatz, Chabatz et Mitrovitza. Ils ont

envahi le territoire bosniaque à Lonitza et Vichegrad. Tous ces

mouvements sont dirigés vers Sarajevo, capitale de la Bosnie, pays de

langue et d'aspirations serbes; ils se combinent d'ailleurs avec une

offensive des troupes monténégrines, qui occupent déjà Fotcha sur la

Drina.

D'autre part, les Monténégrins envahissent seuls l'Herzégovine, pays

fortement attaché au Monténégro par ses traditions nationales.

Comment ne serait-on pas plein d'espoir dans le résultat final? Les deux

empires allemands, encerclés, ne pouvaient se sauver que par une défaite

prompte et écrasante de notre armée, défaite qui leur eût permis de se

retourner contre leurs autres adversaires. Mais voilà qu'au contraire

notre armée victorieuse repousse l'envahisseur qui, aujourd'hui, a mis

en ligne toutes ses forces, tandis que de nouvelles troupes anglaises,

indiennes, canadiennes et égyptiennes vont se joindre aux nôtres.

Nous avons la mer et par conséquent les ressources du monde entier: nos

affaires sont en bonne voie: nous trouverons de l'argent, des vivres,

des munitions, tout ce qu'exige la guerre. Nous avons l'appui de toutes

les nations, excédées du germanisme: comment n'aurions-nous pas le

succès définitif?

[Illustration: Parisiens guettant la venue d'un nouveau Taube au-dessus

de la place de la Concorde.]

[Illustration: Une station de charrettes à bras pour remplacer les

autos-taxis, gare Saint-Lazare.]

L'Illustration, No. 3733, 12-19 Septembre 1914 · 第 8 / 11 题