TOUS LES SEIGNEURS.--_Amen!_

LE ROI.--A présent, chère Catherine, soyez la bienvenue. (_A

l'assemblée._) Et soyez-moi tous témoins qu'ici j'embrasse mon épouse et

ma reine.

(Fanfares.)

ISABELLE.--Que Dieu, le premier auteur de tous les mariages, confonde en

un seul vos deux royaumes et vos deux coeurs! Comme l'époux et l'épouse,

quoique deux êtres séparés, n'en font plus qu'un par l'amour, qu'il

règne de même entre la France et l'Angleterre une si parfaite union, que

jamais aucun acte malfaisant ne l'altère. Que la cruelle jalousie, qui

trouble trop souvent la couche des mariages fortunés, ne vienne jamais

se glisser dans le pacte de ces royaumes, pour les désunir par un

divorce fatal! que l'Anglais accueille le Français en Anglais, et le

Français l'Anglais en Français!--Dieu exauce ce voeu!

TOUS ENSEMBLE.--Qu'il l'exauce!

LE ROI.--Préparons-nous pour notre hymen.--Ce jour, duc de Bourgogne,

sera celui où nous recevrons votre serment et celui de tous les pairs

pour garants de notre union: ensuite je jurerai ma foi à Catherine

(_s'adressant à elle_), et vous me jurerez la vôtre. Et puissent tous

nos serments être fidèlement gardés et suivis du bonheur!

LE CHOEUR.--Jusqu'ici au moyen d'une plume grossière et inhabile notre

noble auteur a poursuivi son histoire. Courbé sous le poids de sa tâche,

obligé de resserrer dans un champ étroit les plus grands personnages, et

de ne montrer que par intervalles quelques points du cours de leur

gloire, il demande votre indulgence. Henri, cet astre de l'Angleterre,

n'a vécu que peu de jours; mais ce court espace, il l'a rempli d'une

gloire immense. La Fortune avait forgé l'épée avec laquelle il conquit

le plus beau jardin de l'univers, dont il laissa son fils le maître

souverain. Henri VI, couronné dans les langes de l'enfance roi de France

et de l'Angleterre, monta après lui sur le trône; mais tant de mains

embarrassèrent les rênes de son gouvernement, qu'elles laissèrent

échapper la France, et firent couler le sang de l'Angleterre. Nous vous

avons souvent offert ces tableaux sur notre théâtre: daignez donc faire

à celui-ci un accueil favorable[41].

[Note 41: Il y eut une pièce composée sur le même sujet (Henri V) vers

le temps de Shakspeare, mais on ne sait pas positivement si elle parut

avant ou après son _Henri V_. Il paraît cependant assez probable qu'elle

est antérieure. Cette pièce anonyme est fort courte et très-médiocre.]

Henri V · 第 62 / 64 题