LE DUC D'ORLÉANS.--_Ah! seigneur! le jour est perdu, tout est perdu!_

LE DAUPHIN.--_Mort de ma vie!_ tout est détruit: tout! La honte se pose

avec un rire moqueur sur nos panaches, et nous couvre d'un opprobre

éternel. _O méchante fortune!_--Ne nous abandonne pas.

(Bruit de guerre d'un moment.)

LE CONNÉTABLE.--Allons, tous nos rangs sont rompus.

LE DAUPHIN.--O honte qui ne passera point! Poignardons-nous nous-mêmes.

Sont-ce là ces misérables soldats dont nous avons joué le sort aux dés?

LE DUC D'ORLÉANS.--Est-ce là le roi à qui nous avons envoyé demander sa

rançon?

BOURBON.--Opprobre! éternel opprobre! Partout la honte!--Mourons à

l'instant.--Retournons encore à la charge; et que celui qui ne voudra

pas suivre Bourbon se sépare de nous, et aille, son bonnet à la main

comme un lâche entremetteur, se tenir à la porte pendant qu'un esclave

aussi grossier que mon chien souille de ses embrassements la plus belle

de ses filles.

LE CONNÉTABLE.--Que le désordre, qui nous a perdus, nous sauve

maintenant! Allons par pelotons offrir notre vie à ces Anglais.

LE DUC D'ORLÉANS.--Nous sommes encore assez d'hommes vivants dans cette

plaine pour étouffer les Anglais dans la presse, au milieu de nous, s'il

est possible encore de rétablir un peu d'ordre.

BOURBON.--Au diable l'ordre, à présent!--Je vais me jeter dans le fort

de la mêlée. Abrégeons la vie: autrement notre honte durera trop

longtemps.

(Ils sortent.)

Henri V · 第 48 / 64 题