LE PAGE.--_Encore qu'il est contre son jurement de pardonner aucun
prisonnier: néanmoins, pour les écus que vous promettez, il est content
de vous donner la liberté et le franchissement._
LE SOLDAT FRANÇAIS.--_Sur mes genoux, je vous donne mille remercîments,
et je m'estime heureux d'être tombé entre les mains d'un chevalier, je
pense, le plus brave, et le plus distingué seigneur de l'Angleterre._
PISTOL.--Interprète-moi cela, page.
LE PAGE.--Il dit qu'il vous fait à genoux mille remercîments, et qu'il
s'estime très-heureux d'être tombé entre les mains d'un seigneur, à ce
qu'il croit, le plus brave, le plus généreux et le plus distingué de
toute l'Angleterre.
PISTOL.--Comme il est vrai que je respire, je veux montrer quelque
clémence. Allons, suis-moi!
LE PAGE.--_Suivez_, _vous_, _le grand capitaine_. (_Le soldat et Pistol
s'en vont._) Je n'ai, ma foi, encore jamais vu une voix aussi bruyante
sortir d'un coeur aussi vide: aussi cela vérifie bien le proverbe qui
dit: Que les tonneaux vides sont les plus sonores. Bardolph et Nym
avaient cent fois plus de courage que ce diable de hurleur qui, comme
celui de nos antiques farces, se rogne les ongles avec un poignard de
bois. Tout le monde en peut faire autant. Ils sont pourtant tous deux
pendus: et il y a longtemps que celui-ci aurait été leur tenir
compagnie, s'il osait voler quelque chose sans regarder derrière lui. Il
faut donc que je reste, moi, avec les goujats qui ont la garde du bagage
de notre camp. Les Français feraient un beau butin sur nous, s'ils le
savaient; car il n'y a personne pour le garder que des enfants.
(Il sort.)