LE CHOEUR.

Ainsi, d'une vitesse égale à celle de la pensée, la scène vole sur une

aile imaginaire. Figurez-vous le roi dans l'appareil de la guerre, sur

la jetée de Hampton[16], montant sur l'Océan, suivi de sa belle flotte,

dont les pavillons de soie éventent le jeune Phébus: livrez-vous à votre

imagination, qu'elle vous montre les mousses gravissant le long des

cordages: écoutez le sifflet perçant qui met de l'ordre dans les sons

confus: voyez les voiles, enflées par le souffle insinuant des vents

invisibles, entraîner, au travers de la mer sillonnée, ces masses

énormes qui offrent leurs flancs aux vagues superbes: imaginez que vous

êtes debout sur le rivage; voyez une cité qui danse sur les vagues

inconstantes: tel est le tableau que présente cette flotte royale,

dirigeant sa course vers Harfleur. Suivez! suivez! Attachez votre pensée

à la poupe des vaisseaux, et quittez votre Angleterre silencieuse comme

la nuit profonde, gardée par des vieillards, des enfants et des femmes,

qui tous ont passé ou n'ont pas atteint encore l'âge de la force et de

la vigueur. Car quel est celui dont un léger duvet ait orné le menton

qui n'aura pas voulu suivre cette brave élite de guerriers aux rives de

la France?--Que votre pensée travaille et vous y montre un siége:

contemplez les canons sur leurs affûts, ouvrant leurs bouches fatales

sur Harfleur bloqué.--Supposez que l'ambassadeur revient de la cour des

Français, et annonce à Henri que le roi lui offre sa fille Catherine, et

avec elle, en dot, quelques vains et stériles duchés.--L'offre ne plaît

point à Henri, et déjà l'actif canonnier touche de sa mèche le bronze

infernal (_bruits de combat; on entend une décharge d'artillerie_), et

tout se renverse devant ses foudres. Continuez d'être favorables, et que

vos pensées complètent notre représentation.

(Le choeur sort.)

[Note 16: «La plaine où campa Henri V est aujourd'hui couverte en entier

par la mer.» (Warton.)]

Henri V · 第 21 / 64 题