d'où D/_d_ = 400. Donc le rapport ci-dessus des forces que nous
comparons est approximativement égal Ã
(1/355000 · 81) · 400³; environ 2,05.
_Ainsi la marée lunaire est environ le double de la marée solaire_.
=389.= ACTIONS COMBINÃES DES DEUX ASTRES; EFFETS RÃSULTANTS.--On
explique en mécanique comment le mouvement total d'un système soumis Ã
deux forces est la résultante des mouvements partiels que ces forces
considérées l'une après l'autre lui impriment respectivement; donc les
deux flux partiels, produits par la lune et le soleil, se combinent sans
se troubler, et c'est de cette combinaison que résulte le flux réel
qu'on observe dans les ports.
Mais comme les périodes des deux phénomènes ne sont pas les mêmes,
l'instant de la marée solaire n'est pas toujours le même que celui de la
marée lunaire. Si, à une certaine époque, les deux astres passant
ensemble au méridien, les deux marées coïncident, la marée lunaire
suivante retardera sur la marée solaire de l'excès du demi-jour lunaire
sur le demi-jour solaire, c'est-Ã -dire de 25m 14s. Les retards iront en
s'accumulant, au bout de 7j 1/4 environ, ils seront de 6h 1/4 Ã peu
près, et la pleine mer lunaire coïncidera avec la basse mer solaire, et
_vice versa_; ce sont ces différences qui produisent les variations des
hauteurs de marées, suivant les phases de la lune. Ainsi, quand à la
conjonction le soleil et la lune passent ensemble au méridien du lieu A
(_fig_. 133), leurs actions s'ajoutent puisqu'elles ont lieu dans le
même sens; c'est ce qui produit les grandes marées des syzygies[147].
[Note 147: On peut encore; si on veut, supposer que les déclinaisons du
soleil et de la lune étant nulles en même temps, ces astres tournent
tous deux autour de la terre sur le plan de l'équateur céleste.]
Lorsque, au contraire, Ã une quadrature, les deux astres passent au
méridien du lieu A, à 6 heures de distance, l'un d'eux y passant tend Ã
y déterminer une élévation de la mer, tandis que l'autre qui est, en ce
moment, à 90° de distance en avant ou en arrière, tend à produire une
dépression au même lieu; les deux actions se contrarient le plus
possible l'une l'autre; la résultante est la marée des quadratures, qui
est par conséquent la plus faible de toutes.
Entre une quadrature et une syzygie, la hauteur de la marée doit varier
progressivement du minimum qui correspond à la première au minimum qui
correspond à l'autre; le contraire a lieu d'une syzygie à une
quadrature.
Comme d'ailleurs c'est l'attraction lunaire qui est la plus grande (nº
388), c'est elle qui règle principalement la marée résultante, la marée
effective. C'est ce qui fait que dans un temps donné on observe autant
de marées qu'il y a de passages de la lune, tant au méridien supérieur
du lieu qu'à son méridien inférieur.
=390=. RETARD DES MARÃES Si, comme nous l'avons supposé, la mer
recouvrait partout la terre à une égale profondeur, si elle n'éprouvait
aucun obstacle dans ses mouvements, chaque marée partielle aurait lieu
au moment où l'astre qui la produit a sa plus grande action,
c'est-à -dire quand il passe au méridien du lieu considéré; la marée
résultante (la marée effective) aurait lieu précisément au moment
indiqué par la théorie de la combinaison des deux actions. Par exemple,
aux syzygies, la haute mer aurait lieu au moment même où le soleil et la
lune parviennent ensemble au méridien. Mais comme la mer n'enveloppe pas
la terre de toutes parts, que sa profondeur est loin d'être partout la
même, qu'elle est gênée dans ses mouvements, les choses ne se passent
pas ainsi. L'action de la lune ou du soleil s'exerce principalement avec
une action prépondérante au milieu de l'Océan, là où les eaux sont à peu
près dans les conditions que nous avons supposées dans notre
explication. Le mouvement que cette action détermine, les ondes qui se
produisent en conséquence à la surface des eaux, se propagent de proche
en proche, et le mouvement finit par se faire sentir sur les côtes; mais
il faut pour cela un temps assez long; l'expérience et la théorie
montrent qu'il ne faut pas moins de 36 heures. Ainsi, par exemple, la
haute mer d'une syzygie n'a lieu sur les côtes qu'environ un jour et
demi après le moment où les actions associées des deux astres ont
commencé à imprimer aux eaux de l'Océan le mouvement ondulatoire qui se
manifeste à nous par cette marée, c'est-à -dire _un jour et demi_ après
le moment même de la conjonction. La même chose a lieu pour toutes les
marées.
=391=. ÃTABLISSEMENT DU PORT. Ce que nous venons de dire s'applique Ã
toute l'étendue des côtes de l'Océan. S'il n'y avait pas d'autre cause
de retard, l'heure de la marée serait la même pour tous les ports de
France situés sur cette mer. Mais il y a encore le retard connu sous le
nom d'établissement du port, dont nous avons parlé nº 381. Ce retard,
constant pour chaque port, mais différent en général d'un port Ã
l'autre, dépend de la configuration des côtes et de la situation du port
relativement aux côtes de l'Océan sur lesquelles le flot arrive d'abord.
Lorsque la mer devient haute à l'ouest de la France, dans les environs
de Brest, le flot de la pleine mer s'avance peu à peu dans la Manche;
cette petite mer se trouvant brusquement resserrée par la presqu'île de
Cotentin, le flot monte contre la barrière qui s'oppose à sa marche, et
il en résulte des marées extrêmement grandes sur les côtes de la baie de
Cancale, et notamment à Granville. De là le flot continue à s'avancer,
et la pleine mer a lieu successivement à Cherbourg, au Havre, à Dieppe,
à Calais, etc.
L'établissement du port est d'autant plus grand pour l'un de ces ports
que celui-ci est plus éloigné du point de départ du flot dont nous
décrivons la marche progressive. Cette progression est sensible sur le
tableau de la page 284.
Ce que nous venons de dire de la Manche, considéré comme un golfe où les
eaux de l'Océan pénètrent assez largement, s'applique aux ports qui sont
au fond d'une baie ou d'une rade, ou bien à une certaine distance de
l'embouchure d'une rivière, dont le lit est plus ou moins resserré. Le
flot, arrivé à l'entrée de la baie ou à l'embouchure de la rivière, met
un certain temps à arriver successivement à une distance plus ou moins
grande. De là , par exemple, la différence des heures de la haute mer Ã
Saint-Nazaire, PaimbÅuf et Nantes, sur la Loire; Ã Royan et Bordeaux,
sur la Gironde.
=392=. Pour terminer, nous observerons que les différences entre les
hauteurs moyennes de la marée dans les différents ports sont dues à la
configuration des côtes, aux obstacles qu'éprouvent les ondes pour se
développer librement. (V., par exemple, ce qui arrive pour les marées de
la baie de Cancale.)
=393=. Nous avons encore dit qu'il n'y a pas de marée dans la mer Noire
ni dans la mer Caspienne; que celles qui ont lieu dans la Méditerranée
sont à peine sensibles. Cela tient à ce que ces mers sont pour ainsi
dire isolées et trop petites. Nous avons vu que le phénomène des marées
est un effet de la différence des attractions exercées par la lune et le
soleil sur les diverses parties de la surface des eaux; cette différence
des attractions résulte elle-même de la différence des distances à la
lune des points de la surface liquide. Pour que l'effet en question,
c'est-à -dire la marée, soit sensible sur une mer isolée, il faut
évidemment que la différence des distances relatives aux divers points
de cette mer soit assez considérable, c'est-à -dire que cette mer soit
grande.