[Note 114: 1/2_c_T_c'_ est l'arc O_c_ des égalités ou des inégalités
précédentes (1º et 2º). On peut remplacer O_c_ par B_c_T + BB'T = B'TS
dans l'égalité et dans les deux inégalités.]
_Le demi-diamètre apparent du cercle d'ombre terrestre de la lune
s'obtient en ajoutant la parallaxe du soleil à celle de la lune, et
retranchant de la somme le demi-diamètre apparent du soleil_. Or ces
trois derniers angles sont donnés dans la _Connaissance des temps_. Le
diamètre apparent du cercle d'ombre varie entre 1° 15' 32" et 1° 31'
36". En raison de l'ombre et de la pénombre de l'atmosphère, l'ombre
terrestre sur la lune paraît avoir un diamètre un peu plus grand que
celui qu'on obtient ainsi; les astronomes augmentent pour cette raison
d'un soixantième la valeur calculée.
=312.= DE LA FRÃQUENCE RELATIVE DES ÃCLIPSES DE LUNE ET DE SOLEIL. La
période chaldéenne de 18 ans 11 jours, au bout de laquelle la lune
reprend la même position relativement au soleil et à ses nÅuds, joue le
même rôle pour les éclipses du soleil que pour les éclipses de lune
quand on considère les premières d'une manière générale, _et
indépendamment des lieux de la terre pour lesquels elles se produisent_.
Les éclipses de soleil qui ont eu lieu dans une pareille période se
produisent en même nombre et à des époques correspondantes dans la
période suivante. Il y a cependant quelques changements à cause des
différences entre les valeurs de 223 lunaisons et de 19 révolutions
synodiques des nÅuds (V. nº 309 _bis_). L'observation a appris que, dans
18 ans 11 jours, il y a, en moyenne, 70 éclipses, dont 41 de soleil et
29 de lune. Il n'y a jamais plus de 7 éclipses, et moins de 2 dans la
même année; quand il n'y en a que deux, ce sont deux éclipses de soleil.
=313.= Pour comprendre pourquoi il y a plus d'éclipses de soleil que de
lune, il suffit de jeter les yeux sûr cône tangent extérieur DB'C' qui
enveloppe à la fois la terre et le soleil (_fig._ 119). Pour qu'il y ait
éclipse de lune, il faut que la lune entre dans la partie DBC de ce
cône, vers le point _a_, par exemple; pour qu'il y ait éclipse de
soleil, en quelque lieu de la terre, il faut et il suffit que la lune
entre vers _b_ dans la partie BCC'B' de ce cône, située entre la terre
et le soleil. Or les dimensions transversales du cône étant plus grande
vers _b_ que vers _a_, il doit arriver plus souvent que la lune pénètre
dans le cône vers le point _b_ que vers le point _a_; c'est-à -dire qu'il
doit y avoir plus d'éclipses de soleil que de lune.
[Illustration: 237, Fig. 119]
=314.= Observons tout de suite qu'il n'est vrai de dire que le nombre
des éclipses de soleil, observées durant une certaine période, surpasse
le nombre des éclipses de lune, observées dans le même temps, que s'il
s'agit de la terre en entier et non d'un lieu déterminé. Quand la
totalité ou une portion quelconque de la lune est éclipsée, en cessant
d'être éclairée par le soleil, elle devient invisible pour tous les
points de l'espace à la fois. Une éclipse de lune est donc visible, et
avec les mêmes apparences, de tous les lieux de la terre qui ont cet
astre à leur horizon, et même de quelques autres, par l'effet de la
réfraction (nº 291); ces lieux composent plus de la moitié de la terre;
une éclipse de soleil, au contraire, n'est visible que dans une partie
d'hémisphère et quelquefois dans une partie assez restreinte. Cette
circonstance fait que le nombre des éclipses de lune _visibles en un
lieu donné_ est plus grand que le nombre des éclipses de soleil qu'on y
peut observer, malgré la plus grande fréquence de celles-ci quand on ne
spécifie aucun lieu de la terre[115].
[Note 115: Ajoutons qu'Ã la distance de la lune l'ombre de la terre a un
diamètre apparent à peu près triple de celui du soleil (page 211, en
note); un observateur doit donc voir la lune passer plus souvent devant
ce cercle d'ombre que devant le disque du soleil.]
=315.= Les éclipses totales de soleil sont excessivement rares en un
lieu donné de la terre; on le comprend aisément quand on voit sur la
_fig._ 114 la petitesse de l'ombre pure portée par la lune sur la terre.
La partie de la terre atteinte par cette ombre n'est évidemment qu'une
très-petite partie de l'espace atteint par la pénombre, d'où le
phénomène d'éclipse peut être observé. A Paris il n'y a eu qu'une
éclipse totale dans le dix-huitième siècle, en 1724. Il n'y en a pas eu
encore dans le dix-neuvième siècle, et il n'y en aura pas d'ici à sa
fin. A Londres, on a été 575 ans sans en observer aucune, depuis 1140
jusqu'en 1715; depuis l'éclipse de 1715, on n'en a pas observé d'autre
dans cette ville.
=316.= PRÃDICTION DES ÃCLIPSES DE SOLEIL. La période chaldéenne, qui
servait aux anciens à prédire les éclipses de lune, ne peut pas servir Ã
prédire les éclipses de soleil. En effet, la prédiction d'une éclipse
est relative à un lieu déterminé, ou à une région restreinte de la
terre. Or, comme nous l'avons déjà dit, la période chaldéenne, si l'on
parvenait à observer toutes les éclipses qui se produisent pendant sa
durée, ce que les anciens ne pouvaient pas faire, nous apprendrait tout
au plus qu'à telle époque d'une période suivante il doit y avoir une
éclipse de soleil, mais sans nous faire connaître ni les lieux de la
terre desquels elle serait visible, ni les circonstances de l'éclipse
relativement à ces lieux. Or c'est là justement ce qui intéresse dans la
prédiction des éclipses.
Il n'y a donc que les travaux des astronomes, dont nous avons parlé nº
310, qui puissent servir à prédire exactement les éclipses de soleil et
de lune. Les astronomes déterminent, pour des époques successives et
rapprochées, les positions relatives précises du soleil, de la terre et
de la lune; ils connaissent donc aussi précisément la position de chacun
des cônes d'ombre de la lune et de la terre, et de leur pénombre. Ils
peuvent d'après cela, en combinant tous ces éléments, savoir l'instant
précis où les conditions nécessaires pour une éclipse seront remplies
pour tel ou tel lieu de la terre. Ils peuvent prédire les éclipses, et
même les circonstances pour un lieu donné; car les phases dépendent des
mêmes éléments. Nous ne pouvons entrer ici dans aucun détail sur les
calculs auxquels nous venons de faire allusion. Il nous suffit que le
lecteur, édifié sur la cause des éclipses, comprenne la possibilité de
les prédire exactement.