=239=. Après le soleil, il est naturel que nous nous occupions de
l'astre qui éclaire fréquemment nos nuits, c'est-à -dire de la lune.
Ce qui nous frappe d'abord quand notre attention se porte sur cet astre,
c'est sa grandeur apparente, ce sont les aspects si variés sous lesquels
nous le voyons.
_Grandeur de la lune, son diamètre apparent._. La lune nous paraît à peu
près aussi grande que le soleil; en effet, tandis que le diamètre
apparent du soleil varie entre 31' 1/2 et 32' 1/2, celui de la lune
varie entre 29' 22" et 33' 31".
=240=. PHASES DE LA LUNE. La lune nous paraît animée du mouvement diurne
comme les étoiles et le soleil; de même que celui-ci, elle se lève,
traverse le méridien, puis se couche pour passer un certain temps
au-dessous de notre horizon. Mais elle ne se présente pas constamment Ã
nous sous la forme d'un cercle brillant; son aspect change, pour ainsi
dire, tous les jours. Les formes diverses sous lesquelles nous la voyons
s'appellent ses _phases_. Nous allons décrire ces phases qui, chacun le
sait, se reproduisent périodiquement.
à une certaine époque (qui revient plusieurs fois dans l'année), le
soir, peu après le coucher du soleil, on aperçoit la lune à l'occident,
sous la forme d'un croissant très-délié, dont les pointes sont en haut
(_fig._ 88, ci-après). C'est un simple filet demi-circulaire dont la
convexité est tournée vers l'occident, et dont la concavité a une forme
elliptique. Ce croissant animé du mouvement diurne, commun à tous les
astres, disparaît bientôt au-dessous de l'horizon.
Le lendemain la lune est un peu plus éloignée de l'horizon quand le
soleil se couche, le croissant a plus de largeur.
Les jours suivants, dans les mêmes circonstances, c'est-à -dire peu après
le coucher du soleil, on voit la lune de plus en plus éloignée du point
de l'horizon où le soleil s'est couché; son croissant s'élargit de jour
en jour (_fig_. 89); son coucher retarde de plus en plus sur celui du
soleil. Six ou sept jours après la première observation, la lune se
montre à nous sous la forme d'un demi-cercle (_fig_. 90). Elle est alors
déjà assez éloignée du soleil pour ne passer au méridien qu'environ 6
heures après lui, c'est-à -dire à 6 heures du soir. On est arrivé au
_premier quartier_.
à partir de là , la lune continue à s'élargir; le bord oriental que nous
avons vu concave, puis droit, devient convexe et elliptique; de sorte
que la figure de l'astre nous paraît formée d'un demi-cercle, et d'une
demi-ellipse qui s'élargit continuellement (_fig_. 91). Six ou sept
jours après que la lune a été vue sous la forme d'un demi-cercle, elle
est devenue tout à fait circulaire (_fig_. 92). à cette époque, elle
passe au méridien 12 heures après le soleil; elle se lève à peu près
quand celui-ci se couche, et se couche quand il se lève. Nous sommes Ã
la _pleine-lune_.
En continuant à observer la lune, on voit qu'elle se lève de plus en
plus tard, et repasse par les mêmes formes que précédemment, mais dans
un ordre inverse. Le cercle, que nous avons vu, se déprime vers
l'occident; la figure prend de ce côté une figure elliptique de plus en
plus aplatie (_fig_. 93). La partie la plus convexe du contour, toujours
circulaire, est désormais tournée vers l'orient. Le septième jour, après
la pleine lune, la figure de l'astre est celle d'un demi-cercle (_fig_.
94) dont le diamètre est du côté de l'occident; nous sommes arrivés au
_dernier quartier_. La lune passe alors au méridien 18 heures après le
soleil, c'est-Ã -dire vers 6 heures du matin. Ã partir de ce moment, la
figure de l'astre se creuse de plus en plus du côté de l'occident;
bientôt la lune nous présente de nouveau la forme d'un croissant qui se
rétrécit chaque jour (_fig_. 95); son lever retarde de plus en plus.
Environ 6 jours après que nous l'avons vue pour la seconde fois sous la
forme d'un demi-cercle, nous ne voyons plus qu'un croissant très-délié
dont la convexité est cette fois tournée vers l'orient (_fig_. 96), et
qui ne se montre à nous que le matin, un peu avant le lever du soleil,
non loin de l'endroit où cet astre va bientôt apparaître. à partir de
là , pendant deux ou trois jours, on ne voit plus la lune du tout. On est
arrivé à la _néoménie_ ou _nouvelle lune_. Au bout de ce temps, on
recommence à l'apercevoir le soir, du côté de l'occident, un peu après
le coucher du soleil, sous la forme du premier croissant dont il a été
question (_fig_. 88). Puis les mêmes formes que nous avons décrites se
reproduisent indéfiniment de la même manière et dans le même ordre.
[Illustration: 187, fig. 88]
[Illustration: 187, fig. 89]
[Illustration: 187, fig. 90]
[Illustration: 187, fig. 91]
[Illustration: 187, fig. 92]
[Illustration: 188, fig. 92 bis]
[Illustration: 188, fig. 93]
[Illustration: 188, fig. 94]
[Illustration: 188, fig. 95]
[Illustration: 188, fig. 96]
Ce n'est pas seulement la nuit que l'on peut observer la lune; toutes
les fois qu'elle n'est pas trop rapprochée du soleil, on la voit sans
peine en plein jour; il en résulte une plus grande facilité pour suivre
ses changements de forme, et s'assurer qu'ils se produisent bien comme
nous venons de le dire.
=241=. D'où vient que la lune se montre à nous sous des aspects si
divers? C'est toujours le même corps que nous voyons. En effet, quand la
lune encore nouvelle nous apparaît sous la forme d'un croissant
lumineux, nous apercevons à côté le reste de son disque circulaire
éclairé par une lumière plus faible, et qui va en s'affaiblissant chaque
jour (V. plus loin la _lumière cendrée_). Quand le croissant s'est
élargi jusqu'au demi-cercle, nous ne voyons plus le reste du disque.
Mais un phénomène, qui se répète souvent, prouve évidemment que cette
seconde partie du disque lunaire existe toujours, bien qu'elle ait cessé
temporairement d'être visible pour nous: ce phénomène est l'occultation
des étoiles par la lune.
[Illustration: 189, fig. 97]
Quand le croissant de cet astre, convexe du côté de l'orient (_fig_.
88), approche d'une étoile, celle-ci disparaît bien avant qu'elle ne
soit atteinte par ce bord concave _a_ (_fig_. 97). Elle devient
invisible précisément au moment où elle doit être atteinte par le bord
oriental _c_ du disque supposé circulaire et complet. Il est donc
évident que la face de la lune qui est devant nous a toujours la même
étendue et la même forme circulaire; mais que nous n'en voyons
généralement qu'une portion plus ou moins grande.
Les phases de la lune s'expliquent parfaitement si on admet que cet
astre est un corps sphérique et opaque comme la terre, dont une moitié
seulement, celle qui fait face au soleil, est éclairée par cet astre. La
lune changeant continuellement de position relativement à nous et au
soleil, nous apercevons suivant sa position une portion plus ou moins
grande de la moitié éclairée. De là les différents aspects qu'elle nous
présente. C'est ce que nous allons expliquer plus au long.
=242.= EXPLICATION DES PHASES DE LA LUNE. Concevons que la lune se meuve
en décrivant autour de la terre T un cercle, le cercle T_l_ (_fig_. 98),
et que le soleil S soit situé sur le plan de ce cercle à une distance
tellement grande par rapport au rayon T_l_, que les rayons lumineux
envoyés par le soleil à la lune dans ses diverses positions puissent
être regardés comme parallèles. _Les positions relatives de la terre, du
soleil et de la lune que cette figure nous indique, considérées par
ordre, sont à peu près celles qui ont lieu en réalité_ (V. nº 145).
L'hémisphère éclairé de la lune tourné vers le soleil S est limité par
un cercle dont la trace est _ss´_ (nous dirons cercle _ss´_),
perpendiculaire à la direction _l_S des rayons lumineux (considérez sur
la figure l'une quelconque des positions de la lune). D'un autre côté,
quand même la surface tout entière de la lune serait éclairée, nous ne
pourrions voir que la moitié de l'astre, qui, faisant face à la terre,
est limitée par un cercle dont la trace est _tt´_ (cercle _tt´_),
perpendiculaire au rayon T_l_ qui va de la terre à la lune[90]. La trace
_tt´_ est tangente à l'arc que la lune intercepte sur sa trajectoire.
[Illustration: 191, fig. 98]
Il est évident, d'après cela, que de la terre, on n'aperçoit en réalité
que la partie de l'hémisphère éclairée _s´ts_, qui lui est commune avec
l'hémisphère visible _t´st_. La partie commune à ces deux hémisphères
est, en général, ce qu'on nomme un fuseau sphérique (V. la surf. blanche
_psp´t_ sur chacune des petites sphères, à droite et à gauche, en dehors
du cercle T_l_); la plus grande largeur de ce fuseau est mesurée en son
milieu par l'arc _st_ qui se retrouve précisément sur notre figure
principale. D'après cela, pour nous rendre compte des phases, il nous
suffira, en suivant la lune dans son mouvement autour de la terre T, de
déterminer cette partie commune aux deux hémisphères.
[Note 90: _Circonf. ss´_ est la _ligne de séparation de l'ombre et de la
lumière_; on l'appelle quelquefois _cercle d'illumination. Circonf. tt´_
est celle qu'on appelle le _contour apparent de la lune_.]
Quand la lune est en (A), son hémisphère obscur est tout entier tourné
vers la terre; l'astre est invisible pour nous. Ã mesure qu'elle
s'avance de (A) vers (B), le cercle _tt'_ tournant avec le rayon T_l_,
s'écarte de plus en plus, du cercle _ss'_; une partie de l'hémisphère
éclairé, _s'ts_, de plus en plus grande, devient visible pour nous.
Quand la lune est en B, nous voyons un fuseau dont la largeur est
mesurée par l'arc _st_ (V. sphère _psp's'_, à côté); c'est ce fuseau
qui, projeté sur la sphère céleste, nous apparaît sous la forme d'un
croissant (_fig_. 88)[91]. La lune s'avançant de (B) vers (C), le fuseau
s'élargit (l'arc _st_ augmente); en (C) nous voyons la moitié de
l'hémisphère éclairé, c'est alors que la lune est vue sous la forme d'un
demi-cercle (_fig_. 90). Lorsqu'elle s'avance de (C) vers (D), puis de
(D) vers (E), la partie visible de l'hémisphère éclairé augmente de plus
en plus (l'arc _st_ grandit). En (D) la lune nous apparaît sous la forme
indiquée (_fig_. 91). En (E) nous voyons l'hémisphère éclairé tout
entier; la lune a la forme d'un cercle brillant (_fig_. 92). Après cela
une partie de plus en plus grande de cet hémisphère éclairé redevient
invisible. Le cercle brillant se défait du côté où il a commencé à se
former (V. désormais l'arc _s't'_ sur la figure). En (F) nous avons la
phase indiquée par la figure 93; en (G) nous avons un demi-cercle
(_fig_. 94); dans la position (H) nous avons un croissant (_fig_. 96),
et enfin quand la lune est revenue à sa première position (A) nous ne
voyons plus rien. Puis la lune continuant à tourner, les mêmes phases se
reproduisent indéfiniment.
[Note 91: REMARQUE. La circonférence _tt'_ perpendiculaire à la ligne
qui va de la terre à la lune, termine la partie du globe lunaire sur
lequel arrivent directement les rayons visuels issus de T; cette
circonférence est donc la ligne de contact du globe lunaire et du cône
des rayons visuels tangents, lequel a son sommet en T; cette ligne est
vue de face; tout ce qui en est éclairé doit donc avoir pour nous la
forme circulaire. Quant au cercle _ss'_, il n'est vu par l'observateur T
qu'en projection sur le plan même du cercle _tt'_, et si nous regardons
cette projection comme à peu près orthogonale à cause de l'éloignement
du point de vue, T, situé sur une perpendiculaire au plan de projection,
le cercle _ss'_ doit nous faire l'effet d'une demi-ellipse convexe du
côté du soleil avant le 1er quartier et après le dernier; concave de ce
côté, dans l'intervalle: à chaque quadrature, le cercle projeté _ss'_
coupant à angle droit le plan de projection, sa projection nous fait
l'effet d'une ligne droite. La partie la plus convexe du contour du
fuseau lunaire éclairé et visible appartient donc au cercle _tt'_; c'est
la plus rapprochée du soleil; la partie généralement aplatie de ce
contour appartient à la projection du cercle _ss'_; celle-ci est plus
éloignée que l'autre du soleil. Ainsi se trouve expliquée une
particularité de notre description des phases. En jetant les yeux sur la
_fig._ 98, on verra qu'abstraction faite des diamètres apparents des
deux disques, terrestre et lunaire, la portion _s_(1)_at_(1), du
disque terrestre éclairé visible de la lune, et la partie, _ts_, du
disque lunaire éclairé visible de la terre, se complètent constamment de
manière à former, par addition, un cercle éclairé entier[92]. Quand la
lune est _nouvelle_, position (A), tout l'hémisphère terrestre éclairé
_s´_(1)_a_(1)_s_(1) est visible de la lune; pour l'habitant de la
lune, il y a _pleine terre_; la masse de lumière réfléchie de la terre
vers la lune est alors la plus grande possible; elle n'est pas effacée
d'ailleurs par la lumière arrivée du soleil à la lune, entièrement
cachée pour l'observateur terrestre; il en résulte que, à cet instant,
la lumière cendrée a sa plus grande intensité; avec de bons yeux ou une
faible lunette, nous voyons le disque lunaire éclairé d'une lumière
beaucoup plus faible que celle de la pleine lune. Plus tard, quand le
filet lumineux de la lune se forme et s'agrandit, la terre réfléchit
vers la lune une masse de lumière de moins en moins grande; de plus,
cette lumière réfléchie est effacée en partie par la lumière plus
brillante arrivée directement du soleil à la lune; il résulte de là que
le disque lunaire se partage en deux fuseaux inégalement éclairés, l'un
étroit et brillant, qui grandit; l'autre, plus large et plus terne, qui
diminue. Bientôt la lumière directe efface tout à fait la lumière
réfléchie, et dès la première quadrature la lumière cendrée n'existe
plus pour l'observateur terrestre. Plus tard, après le _dernier
quartier_, quand la lune se rapproche de sa position première, de la
position (G) à la position (A), la lumière cendrée reparaît et grandit,
les mêmes effets, déjà décrits, se reproduisant dans l'ordre inverse.]
[Note 92: V. la _fig._ 71, position (2), de la lune, le fuseau lunaire
éclairé et visible est mesuré par l'arc _st_, le fuseau terrestre par
l'arc _s_(1)_t_(1), mais _s_(1)_t´_(1) = _st_; or _s_(1)_t´_(1) +
_s_(1)_t_(1) = 180°, donc _st_ + _s_(1)_t_(1) = 180°. En général,
menez _t_(1)_t´_(1) parallèle à _tt´_, et remarquez la partie commune
aux hémisphères terrestres _t_(1)_s´_(1)_t´_(1) et
_s_(1)_t_(1)_s´_(1); c'est le fuseau terrestre brillant pour
l'habitant de la lune; on a constamment _s_(1)_t´_(1) = _st_; et
_s_(1)_t´_(1) + _s_(1)_t_(1) = 180°; d'où _st_ + _s_(1)_t_(1) =
180°.]
=243=. REMARQUES. Dans cette explication des phases de la lune, nous
avons supposé que cet astre décrit un cercle, et que le soleil est fixe
dans le plan de ce cercle. Ces conditions ne sont pas exactement
remplies, en réalité; mais elles ne sont pas indispensables pour
l'explication des phases. En fait de distances, nous avons seulement
opposé que la distance du soleil à la terre ou à la lune était
extrêmement grande par rapport à la distance qui sépare ces deux
derniers corps; ce qui est toujours vrai en réalité. Nous avons supposé
que la lune tournait dans le plan de l'écliptique; elle s'en écarte un
peu, mais les phases telles que nous les avons expliquées ne peuvent
être que fort peu modifiées par cette circonstance; car le cercle _ss'_
restant toujours parallèle à lui-même, le cercle _tt'_ dans le mouvement
réel de la lune doit tourner à fort peu près comme nous l'avons supposé;
or tout dépend des positions relatives de ces cercles. Nous avons
supposé que le soleil ne tournait pas en même temps que la lune en
réalité, les positions relatives des trois astres sont les mêmes que si
le soleil tournait autour de la terre en même temps que la lune, mais
avec une vitesse angulaire 13 fois-1/3 plus petite. Il résulte de là que
si on représente par 1 l'angle que la ligne TS a décrit dans un temps
donné quelconque, 13-1/3 représente l'angle dont le rayon T_l_ qui va Ã
la lune a tourné dans le même temps; si donc ces lignes coïncidaient
d'abord (position (A) de la lune), après ce temps donné elles sont
séparées par un angle dont la grandeur est représentée par 12-1/3. On
représente donc _avec exactitude_ les positions relatives successives
des trois corps en supposant que, le soleil restant sur la ligne fixe
TS, la lune tourne autour de la terre avec une vitesse 12 fois-1/3 plus
grande que celle du mouvement apparent de translation du soleil; c'est
ce que nous avons fait sans mentionner la vitesse. La lune doit donc
revenir sur la ligne TS après-3651,256/12-1/3, c'est-à -dire 291-1/2 Ã
peu près.
=244=. SYZYGIES ET QUADRATURES. Quand la lune, située entre la terre et
le soleil, sur la ligne qui joint ces deux corps, est invisible pour
nous (position A), on dit qu'elle _est nouvelle_. Il y a _pleine lune_,
au contraire, quand cet astre, occupant la position opposée (E), nous
offre l'aspect d'un cercle entier. En (C), à 90° de la ligne TS, on dit
que la lune est à son _premier quartier_; en (G), de même, à 90° de TS,
on dit qu'elle est à son _dernier quartier_. Les deux phases
principales, _pleine lune et nouvelle lune_, se désignent souvent sous
le nom commun de _syzygies_; le _premier quartier_ et le _dernier
quartier_ s'appellent _quadratures_. Les quatre positions qui tiennent
chacune le milieu entre deux des précédentes s'appellent des _octants_.
=245=. Quelquefois ces expressions _nouvelle lune, pleine lune_, etc.,
ne désignent pas des phases, mais quatre périodes de la révolution
lunaire. On dit que la lune est _nouvelle_ pendant tout le temps qu'elle
met à aller de la position (A) à la position (C), qu'elle est dans son
premier quartier pendant qu'elle va de (G) Ã (D), etc.
=246=. REMARQUE. Quand la lune est en (A), sur la ligne TS, ou plutôt
quand sa longitude céleste est la même que celle du soleil, les deux
astres sont dits en _conjonction_. à cette époque, au moment où le
soleil passe au méridien, la ligne TS y passe avec lui; donc la lune
doit y passer à peu près en même temps. La lune s'éloignant du soleil en
tournant sur la sphère céleste, les longitudes des deux astres sont de
plus en plus différentes, l'intervalle de leurs passages au méridien
augmente de plus en plus. Quand la lune est en (C), la longitude des
deux astres diffère de 90°; la lune passe au méridien environ 6 heures
après le soleil. Quand elle arrive en (E), la différence des longitudes
est 180°; les deux astres sont en _opposition_. La lune se trouve à peu
près sur le cercle horaire opposé à celui du soleil; elle passe au
méridien 12 heures après lui. Enfin en (G), la différence des latitudes
est de 270º; la lune passé alors au méridien environ 18 heures après le
soleil. Ainsi se trouve expliqué ce que nous avons dit, nº 240, à propos
du lever et du coucher de la lune.
247. LUMIÃRE CENDRÃE. Quand on observe attentivement la lune, quelques
jours avant le premier quartier, ou quelques jours après le dernier,
quand le croissant est très-étroit, on voit distinctement le reste du
disque éclairé par une lumière pâle, très-faible, qu'on appelle _lumière
cendrée_. La lune nous offre alors l'aspect représenté par la _fig._ 88
et la _fig._ 96. La lumière cendrée disparaît toujours avant le premier
quartier, et ne reparaît que quelque temps après le dernier quartier.
=248.= _Explication de la lumière cendrée._ Examinons la terre T vis-à -vis
du soleil S, et vis-Ã -vis de la lune (positions diverses). La terre
éclairée par le soleil doit produire à l'égard de la lune des phénomènes
semblables à ceux que la lune produit à l'égard de la terre,
c'est-à -dire que l'hémisphère terrestre éclairé par le soleil
présenterait à un habitant de la lune des phases semblables à celles que
la lune présente à un habitant de la terre. Suivons sur la _fig._ 99, Ã
partir de la première position (A) de la lune; d'abord la terre doit
offrir à l'habitant de la lune un cercle lumineux; puis un fuseau
brillant décroissant du cercle au demi-cercle de (A) jusqu'à (C); puis
du demi-cercle au croissant, au filet, puis à zéro, de (C) à (D), puis
de (D) Ã (E). A partir de la position (E) de la lune, le fuseau
terrestre, se reformant, grandit, et les phases se reproduisent dans un
ordre inverse. Suivant la position occupée par la lune, la partie
éclairée de la surface terrestre, qui se trouve _vis-à -vis_ de cet
astre, lui envoie par réflexion une partie plus ou moins grande de la
lumière qu'elle reçoit directement du soleil; la lune nous renvoie une
partie de cette lumière réfléchie. C'est cette lumière affaiblie par une
double réflexion qu'on appelle _lumière cendrée._
=249.= Nous allons maintenant revenir, pour nous en occuper spécialement,
au mouvement propre de la lune que nous n'avons fait qu'indiquer
succinctement nº 243. Pour commencer, nous expliquerons comment on
détermine avec précision chacune des positions successives de l'astre;
puis nous indiquerons les principales circonstances de son mouvement.
=250.= FORME DU DISQUE DE LA LUNE. La lune ayant des dimensions apparentes
très-appréciables, il est nécessaire d'indiquer auquel de ses points se
rapportent les observations faites pour déterminer les positions
successives de l'astre. Tout nous porte à croire, ainsi que nous l'avons
expliqué nº 241, que la lune est un corps sphérique opaque comme la
terre, et, de même que celle-ci, éclairé en partie par le soleil. En
conséquence, adoptant cette opinion, on opère constamment, à propos de
la lune, comme si on avait devant soi un disque circulaire analogue Ã
celui du soleil. C'est au centre de ce disque que se rapportent les
observations qui servent à déterminer de temps en temps la position de
la lune. On mesure l'ascension droite et la déclinaison de ce centre, et
on se sert de ces angles pour étudier le mouvement de l'astre sur la
sphère céleste.
=251=. MESURE DU DIAMÃTRE APPARENT, DE L'ASCENSION DROITE, ET DE LA
DÃCLINAISON DU CENTRE DE LA LUNE. Pour trouver l'ascension droite et la
déclinaison de la lune, on ne peut pas opérer tout à fait de la même
manière que pour le soleil, puisqu'on n'aperçoit le plus souvent qu'une
moitié du contour circulaire du disque de la lune; on supplée à ce qui
manque sous ce rapport, en faisant usage du diamètre apparent de l'astre
que l'on peut toujours déterminer. En effet, dès qu'on aperçoit la lune
sous la forme d'un croissant, ou autrement, on voit toujours au moins la
moitié de son contour circulaire; il suffit donc de mesurer l'angle sous
lequel se voient les extrémités de cette demi-circonférence pour avoir
le demi-diamètre apparent de l'astre (nº 124, définition)[93]. Ce
diamètre apparent varie d'une époque à une autre avec la distance de
l'astre à la terre; il change même sensiblement d'une heure à une autre
de la même journée; il est donc important de connaître sa valeur pour
l'instant où on fait l'observation du centre comme nous allons le dire.
[Note 93: On peut employer, pour mesurer ce diamètre apparent, un
micromètre à fils parallèles, c'est-à -dire une lunette astronomique dans
laquelle les fils du réticule, au lieu d'être perpendiculaires, sont
parallèles entre eux; l'un de ces fils est fixe; l'autre fil, demeurant
toujours parallèle au premier, peut en être éloigné ou rapproché au
moyen d'une vis. Quand le disque de la lune est entièrement visible, on
amène les fils à être tangents au contour; puis on fait tourner la
lunette de manière à ce que l'un des fils ne cesse pas d'être tangent;
l'autre fil, sans être dérangé, continue à être également tangent au
disque; ce qui prouve que le diamètre de ce disque est le même dans
toutes les directions, c'est-Ã -dire que ce disque est exactement
circulaire; l'écart des deux fils donne la mesure du diamètre apparent.
Il est évident que les choses ne se passent pas ainsi quand le disque
n'est pas entièrement visible; la moitié du contour circulaire est
toujours visible, et les extrémités de cette demi-circonférence sont les
points du contour de la figure les plus éloignés l'un de l'autre, ceux
pour lesquels les fils parallèles de la lunette, amenés au contact, sont
les plus écartés. Le plus grand écart des fils amenés au contact donne
donc la mesure du diamètre apparent de l'astre au moment de
l'observation.]
DÃCLINAISON. Pour obtenir la déclinaison du centre de la lune, on
observe le bord inférieur du disque, ou bien son bord supérieur au moyen
du mural, afin de déterminer la déclinaison de ce bord; cela fait, on
n'a plus qu'à ajouter ou à retrancher le demi-diamètre apparent pour
connaître la déclinaison du centre.
ASCENSION DROITE. Pour déterminer l'ascension droite du centre de la
lune, on opère d'une manière analogue; on observe l'heure du passage au
méridien du bord oriental, ou du bord occidental (celui qui est
visible); on ajoute ou on retranche ensuite la moitié du temps que le
disque tout entier met à traverser le méridien; le résultat est l'heure
du passage du centre. (Le temps en question se calcule d'après le
diamètre apparent de la lune, au moment de l'observation, et d'après la
valeur de la déclinaison du centre.)
Ces préliminaires exposés, nous allons résumer ce qui concerne le
mouvement propre de la lune.
=252=. MOUVEMENT PROPRE DE LA LUNE. La lune se déplace parmi les
étoiles; pour le reconnaître, il suffit de remarquer attentivement la
position que cet astre occupe par rapport à quelques étoiles voisines;
on voit cette position changer d'une manière sensible dans l'espace de
quelques heures.
Pour étudier ce mouvement de la lune, on emploie le même procédé que
pour celui du soleil. On observe l'astre, aussi souvent que possible, Ã
son passage au méridien; on détermine chaque fois son ascension droite
et sa déclinaison; puis on se sert de ces angles pour construire
graphiquement sur un globe, ou calculer trigonométriquement les
positions apparentes successives de la lune sur la sphère céleste.
D'après ce travail:
_La lune nous paraît décrire, d'occident en orient, un grand cercle de
la sphère céleste, faisant avec l'écliptique un angle de 5° 9' environ_.
=253=. Mais ce grand cercle, analogue à l'écliptique, n'est que le lieu
des projections des positions réelles de l'astre sur la sphère céleste
(nº 117); le travail précédent ne nous apprend donc rien sur l'orbite de
la lune, c'est-à -dire sur le lieu de ses positions réelles, si ce n'est
que cette orbite est _plane_. Mais la connaissance des diamètres
apparents de l'astre permet de déterminer la nature de l'orbite lunaire.
=254=. Le diamètre apparent de la lune varie, comme nous l'avons dit,
entre 29' 22" et 33' 31"; la distance de la lune à la terre varie donc
dans des limites correspondantes. _La lune ne décrit pas un cercle dont
la terre occupe le centre._
Connaissant les positions apparentes successives de la lune sur la
sphère céleste et les diamètres apparents correspondants, on peut, comme
on a fait pour le soleil nº 129, construire une courbe, semblable Ã
celle que la lune décrit autour de la terre. On arrive ainsi au résultat
suivant:
=255=. ORBITE LUNAIRE. _La lune décrit autour de la terre une ellipse
dont la terre occupe un foyer_. Cette ellipse est ce qu'on nomme
_l'orbite de la lune_.
L'excentricité de l'orbite lunaire est environ 0,055 ou 1/18 de son
grand axe; elle surpasse 3 fois celle de l'orbite terrestre qui est
1/60; ainsi l'orbite de la lune est plus allongée, approche moins de la
forme d'un cercle que l'orbite de la terre. Le grand axe de l'orbite
lunaire s'appelle aussi la _ligne des apsides_; l'une de ses extrémités
(la plus voisine de la terre) est le _périgée_ de la lune; l'autre est
l'_apogée_ (nº 129).
=256=. LOI DES AIRES. Le principe des aires se vérifie dans le mouvement
de la lune: _les aires elliptiques décrites par le rayon vecteur qui va
de la terre à la lune sont proportionnelles aux temps employés à les
parcourir_.
On vérifie également que _la vitesse du mouvement angulaire de la lune
autour de la terre varie en raison inverse du carré de la distance des
deux globes._
=257=. _Longitudes et latitudes de la lune_. Avant d'aller plus loin,
observons que le mouvement de la lune est beaucoup plus simple à étudier
quand on le rapporte à l'écliptique et à son axe que si on le rapporte Ã
l'équateur. C'est pourquoi, dans l'étude de ce mouvement, on convertit
ordinairement l'ascension droite et la déclinaison, trouvées au moyen
des instruments méridiens, en longitudes et en latitudes, pour se servir
préférablement de ces derniers angles.
=258=. _Durée de la révolution de la lune_. La position apparente de la
lune fait le tour de la sphère céleste 13 fois-1/3 plus vite que celle
du soleil; en effet, la longitude de la lune varie moyennement de 13°
10' 35" par jour solaire moyen, tandis que celle du soleil ne varie que
de 59' 8".
RÃVOLUTION SIDÃRALE DE LA LUNE. On appelle ainsi le temps qui s'écoule
entre deux retours consécutifs de la lune à la même étoile. La
révolution sidérale de la lune est de 27j 7h 43m 11s, ou 27j. sol.
moy.,321661[94].
RÃVOLUTION SYNODIQUE. _On appelle révolution synodique de la lune, mois
lunaire_, ou _lunaison_, le temps qui s'écoule entre deux retours
consécutifs de la lune à la longitude du soleil. La durée de la
révolution synodique de la lune ou le mois lunaire est de 29j. sol.
moy. 12h 14m ou 29j. sol. moy.,53, à peu près 29j.-1/2 [95].
[Note 94: On appelle révolution _tropique_ de la lune le temps qui
s'écoule entre deux retours consécutifs de cet astre à la même
longitude. On calcule ce temps comme on a calculé l'année tropique (nº
157); on détermine à deux époques assez éloignées le moment précis où la
longitude de la lune a une valeur donnée, 0° par exemple; puis on divise
le temps écoulé par le nombre des révolutions qui ont eu lieu entre ces
deux époques. La révolution tropique est de 27 j. sol. moy.,321582.
La lune ayant quitté une étoile revient plus tôt à la même longitude
qu'à la même étoile; en effet, tandis que la lune a fait le tour de la
sphère, la longitude de l'étoile augmente par l'effet de la précession
des équinoxes (nº 216). La révolution tropique est donc plus courte que
la révolution sidérale. La révolution sidérale se déduit de la
révolution tropique par une proportion qui résulte de ce que le chemin
angulaire parcouru par l'astre dans la dernière période est 360°-(50",2
· 27,321582 / 365,2422) et dans la première 360°.]
[Note 95: Quand le soleil et la lune ont la même longitude, il y a
_nouvelle lune_: quand, après une révolution synodique, ils se
retrouvent avoir même longitude, il y a encore nouvelle lune. En
général, toutes les phases de la lune se produisent dans l'intervalle
d'une nouvelle lune à l'autre; la révolution synodique est _précisément_
la période des phases; de là son importance et son nom de _lunaison_.]
=259=. La révolution _synodique_ de la lune est plus longue que la
révolution _sidérale_; cela s'explique aisément. En effet, concevons que
la lune, le soleil et une étoile se trouvent ensemble à un moment donné
sur le même cercle de latitude; à partir de ce moment, la lune prenant
l'avance fait d'abord le tour de la sphère céleste et revient à l'étoile
après une révolution sidérale, c'est-à -dire après 27j 7h 43m
(27j,321661); pendant ce temps, le soleil a parcouru un certain arc sur
l'écliptique, vers l'est; il faudra donc que la lune, recommençant une
nouvelle révolution sidérale, fasse un certain chemin pour se retrouver
avec le soleil sur un même cercle de latitude; le temps qu'elle met Ã
faire ce chemin est l'excès de la révolution synodique sur la révolution
sidérale.
=260=. La durée d'une révolution synodique est facile à trouver quand on
connaît les durées des révolutions sidérales du soleil et de la lune qui
sont respectivement 365j,25638 et 27j,321661. En prenant le rapport de
ces deux nombres, on trouve que la lune parcourt 360º de longitude 13
fois-1/3 plus vite que le soleil; il résulte de là , en moyenne, que si,
après un certain temps écoulé, le soleil a fait autour de la terre un
chemin angulaire représenté par 1, la lune en a fait un représenté par
13-1/3; donc, l'avance de la lune sur le soleil est représentée après le
même temps par 12-1/3.
Si donc on compare les positions respectives des cercles de latitude de
la lune et du soleil, on voit que, sous ce rapport, les choses se
passent exactement comme si, le soleil restant fixe, la lune tournait
autour de l'axe de l'écliptique avec une vitesse 12 fois-1/3 plus grande
que celle du mouvement de translation du soleil autour de la terre. La
lune ayant quitté le soleil doit donc le retrouver après un temps 12
fois-1/3 moins grand que celui qu'il faut au soleil pour faire le tour
de la sphère, c'est-à -dire qu'elle le rejoindra de nouveau après
365j,25638 / 12-1/3[96]. C'est le même raisonnement que nous avait fait
nº 284 dans notre explication des phases de la lune.
[Note 96: Plus exactement 365,25038 / ((365,25638 / 27,321661)-1) =
365,25638 / 12,35...]
=261=. NÅUDS DE LA LUNE.--MOUVEMENT DE LA LIGNE DES NÅUDS. Le mouvement
de la lune n'est pas tout à fait tel que nous l'avons décrit; il est
affecté de certaines irrégularités que, pour plus de clarté et de
simplicité, nous avons à dessein passées sous silence. Nous indiquons,
dans une note à la fin du chapitre, la principale de ces irrégularités
dont il suffit de tenir compte pour avoir une idée à très-peu près
exacte du mouvement de la lune (V. cette note).
=262=. DISTANCE DE LA LUNE à LA TERRE. Nous avons déjà dit, d'après
Lalande, que la parallaxe horizontale moyenne de la lune est Ã
l'équateur de 57'40"; elle varie entre 53'53" et 61'27".
D'après cela, en faisant usage de la formule D = _r_ / sin. P (n° 224),
on arrive à ce résultat:
_La distance de la lune à la terre a pour valeur moyenne à peu près 60
fois le rayon de la terre_ (celui de l'équateur); _ce qui fait à peu
près 95000 lieues de 4 kilomètres_.
Cette distance varie entre 57 fois et 64 fois le même rayon[97]. On voit
par là que la lune est bien moins éloignée de nous que le soleil, dont
la distance moyenne est de 24000 rayons terrestres; le soleil est 400
fois plus éloigné que la lune.
[Note 97: Les distances citées sont plus exactement 59r,617; 56r,947 et
63r,802.]
=263=. En comparant cette distance moyenne de la lune à la terre (60
rayons terrestres) au rayon du soleil qui comprend 112 de ces rayons, on
arrive à une conséquence curieuse. Si le centre du soleil venait
coïncider avec le centre de la terre, la lune serait située dans
l'intérieur du soleil, même assez loin de la surface. Cette comparaison
donne une idée de l'immensité de l'astre qui nous éclaire.
=264=. DIMENSIONS DE LA LUNE. D'après le raisonnement déjà fait, n° 201,
à propos du soleil, le diamètre réel de la lune est au diamètre de la
terre comme le diamètre apparent de la lune est au diamètre apparent de
la terre vue de la lune, c'est-Ã -dire au double de la parallaxe de cette
dernière. En faisant usage des valeurs moyennes de ces angles, qui sont
31' 25",7 = 1885",7 et 57' 40" = 3460", on arrive à ce résultat:
_Le_ RAYON _de la lune est à très-peu près les_ 3/11 _du rayon de la
terre_. _r'_ = 3/11 _r_.
Le VOLUME de la lune, supposée sphérique, est environ 1/49 de celui de
la terre. _v'_ = 1/49 de _v_.
Sa SURFACE est à peu près les 3/40 de celle de la terre, _s'_ = 3/40 de
_s_.
=265=. MASSE. La masse de la lune est à peu près 1/81 de celle de la
terre.
DENSITÃ. On obtient son rapport à celle de la terre en divisant la masse
par le volume, ce qui donne 49/81. La densité de la lune est à peu près
les 6 dixièmes de celle de la terre.
=266=. LE MOUVEMENT PROPRE DE LA LUNE EST UN MOUVEMENT RÃEL. De ce que
la distance de la lune à la terre ne dépasse jamais 64 rayons
terrestres, tandis que la terre tournant autour du soleil occupe
successivement des positions différentes, dont la _distance_,
périodiquement variable, s'élève jusqu'à 48000 rayons terrestres, on
conclut naturellement que la lune et son orbite accompagnent la terre
dans son mouvement autour du soleil. La lune est le _satellite_ de la
terre. Nous avons vu tout à l'heure que la lune est plus petite que la
terre; il résulte de là et de la faible distance des deux globes que la
lune, soumise à l'attraction de la terre, doit décrire autour de notre
globe précisément l'orbite elliptique que l'observation nous a fait
connaître. Ainsi le mouvement de la lune autour de la terre n'est pas
une simple apparence comme le mouvement annuel de translation du soleil,
avec lequel il a d'ailleurs tant de rapports; c'est un mouvement réel
dont toutes les circonstances s'expliquent par les lois de la
gravitation universelle[98].
[Note 98: Ces lois expliquent et font connaître les irrégularités que
nous indiquons à la fin du chapitre. L'explication de la rétrogration
des nÅuds est analogue à celle de la rétrogradation des points
équinoxiaux, le corps attirant principal étant la terre au lieu du
soleil.]
=267=. TACHES DE LA LUNE. Même à la vue simple, on aperçoit sur la
surface de la lune des taches grisâtres dont l'ensemble donne
grossièrement à la lune l'apparence d'une figure humaine. à chaque
lunaison, à mesure que le disque s'éclaire, on retrouve les mêmes taches
occupant les mêmes positions respectives par rapport au contour du
disque. On tire de ce fait une conclusion remarquable.
=268=. _La lune montre toujours à la terre à peu près la même partie de
sa surface_. Nous ne voyons jamais qu'un hémisphère de la lune;
l'hémisphère opposé nous reste constamment caché.
=269=. ROTATION DE LA LUNE. De ce que la lune nous montre toujours la
même face dans sa révolution autour de la terre, on doit conclure
qu'elle tourne sur elle-même.
_La lune, comme le soleil et la terre, tourne continuellement sur
elle-même, d'occident en orient, autour d'un axe central; elle fait un
tour entier dans le même temps qu'elle fait sa révolution sidérale sur
son orbite, c'est-Ã -dire en_ 27j 7h 43m 11s[99]. _Ce mouvement de
rotation de la lune est uniforme comme celui du soleil et de la terre_.
[Note 99: Il est facile de se rendre compte par une expérience de ce
double mouvement de translation et de rotation de la lune.
Figurons-nous un spectateur fixe en S, sur TS (_fig._ 98), Ã une grande
distance d'une table ronde, autour de laquelle une seconde personne _l_
circule sans bouger la tête, les yeux constamment fixés vers le centre T
de la table. Partie de la position (A), cette personne _l_ tourne dans
le sens des lettres (A), (B), (C)... Quand ce mouvement commence, le
spectateur, S, ne voit que le derrière de la tête de la personne _l_;
puis un peu de sa figure en (B); puis la voit de profil (pos. C); de (C)
à (D) et de (D) à (E), le profil s'élargit, et quand la personne _l_
arrive en (E), le spectateur S la voit en face. Cette personne _l_ a
fait évidemment un demi-tour sur elle-même, en même temps qu'elle a
tourné autour de la table, puisqu'elle voit en face une personne Ã
laquelle elle tournait d'abord le dos. La personne _l_ continuant Ã
circuler autour de la table, une partie de plus en plus grande de sa
figure se cache pour le spectateur S; Ã la position (G), elle n'est plus
vue que de profil, et le côté visible de sa figure n'est pas celui qui
l'était à la position (C). Enfin, revenue à la position (A), la personne
_l_ tourne de nouveau le dos à la personne S. La tête de _l_
représentant la lune a donc fait un tour sur elle-même, en même temps
qu'elle tournait autour du point central T représentant la terre.]
Les extrémités de l'axe de rotation sont les pôles de la lune; le grand
cercle perpendiculaire à cet axe est l'_équateur lunaire_; l'équateur
lunaire coupe l'écliptique suivant une ligne parallèle à la ligne des
nÅuds, en rétrogradant avec elle.
L'axe de rotation de la lune fait avec l'écliptique un angle presque
droit, de 88° 29' 49", et avec le plan de l'orbite lunaire un angle de
83° 20' 49".
DÃMONSTRATION. _La rotation de la lune est prouvée par la fixité de ses
taches._
[Illustration: page 203, fig. 101]
En effet, considérons, pour plus de simplicité (_fig._ 101); une tache,
_m_, située au centre même du disque, sur la ligne T_l_ qui joint ce
centre à celui de la terre, et suivons le mouvement de la lune à partir
de la position (A). Si la lune se déplaçait le long de son orbite sans
tourner sur elle-même, chaque ligne _lm_ de son intérieur se
transportant parallèlement à elle-même, dans la position (B) de cet
astre, la tache _m_ serait vue en _m'_; on la voit toujours en _m_ sur
la direction du rayon T_l'_ qui va de la terre au centre du disque;
cette tache a donc tourné dans l'intervalle de l'arc _m'm_ = _m'l'_T =
_l'_T_l_. Quand la lune arrive à la position (C), la tache, au lieu
d'être vue en _m"_, est toujours vue en _m_; elle a donc tourné de l'arc
_m"m_ = _m"l"_T = _l"_T_l_; voyez encore ce qui arrive à la position
(D), etc. Il résulte donc de la fixité des taches que chaque point _m_
de la surface de la lune est animé, autour d'un axe passant en _l_, d'un
mouvement angulaire précisément égal au mouvement du centre de la lune
autour de la terre. Chaque tache doit faire un tour entier dans le même
temps que le centre _l_ de la lune fait une révolution autour de la
terre. Tel est précisément le mouvement de rotation indiqué.
=270.= LIBRATION DE LA LUNE. A la vue simple, les taches de la lune nous
paraissent toujours garder la même position; mais si on les observe
attentivement pendant quelques jours avec une lunette, on remarque que
les points observés ne conservent pas en réalité la même position sur le
disque; chacun d'eux nous paraît osciller de part et d'autre d'une
position moyenne. L'impression générale que nous laissent tous ces
petits mouvements, qui d'ailleurs à une même époque quelconque de
l'observation, ont tous lieu dans le même sens, c'est que la lune tout
entière éprouve un mouvement d'oscillation, ou de balancement, autour de
son centre, qui produit celui des taches que nous voyons à sa surface.
Ce mouvement particulier de la lune, découvert par Galilée, a reçu le
nom de _libration_.
La libration de la lune est un mouvement composé, dû à trois causes
distinctes produisant chacune une libration particulière. Ces trois
librations particulières, dont la coexistence produit le mouvement
d'oscillation des taches tel qu'on l'observe, sont connues sous les noms
de _libration en longitude_, _libration en latitude_, et _libration
diurne_. Nous les décrirons séparément afin de les mieux faire
comprendre.
=271.= LIBRATION EN LONGITUDE. Les taches de la lune les plus
rapprochées du centre nous paraissent osciller de part et d'autre de ce
point; celles qui avoisinent l'un ou l'autre bord se montrent et se
cachent alternativement; en somme, le globe lunaire nous paraît se
balancer légèrement, en tournant de droite à gauche, puis _vice versa_,
de gauche à droite autour d'une perpendiculaire au plan de son orbite.
C'est ce balancement de la lune que l'on désigne sous le nom de
_libration en longitude_.
Pour parler d'une manière plus précise, nous dirons:
La _libration en longitude_, considérée seule, consiste dans une espèce
de balancement continuel, ou mouvement de _va-et-vient_ circulaire, du
globe lunaire autour d'un axe perpendiculaire au plan de son orbite. Par
suite, une tache centrale nous parait osciller de part et d'autre du
centre. Quand la lune part du périgée, les taches situées alors près du
bord oriental disparaissent successivement, pour ne reparaître qu'au
moment où la lune apparaît à l'apogée; dans le même temps, de nouvelles
taches, invisibles auparavant, apparaissent au bord occidental, se
rapprochent du centre, puis, s'en retournant vers le bord, disparaissent
successivement. Quand la lune va de l'apogée au périgée, les _mêmes_
taches du bord oriental se rapprochent du centre; puis, arrivées à une
certaine distance du bord, s'en retournent pour y être revenues au
moment où la lune arrive au périgée; les taches vues au commencement de
cette seconde période sur le bord occidental disparaissent pour ne
reparaître qu'à l'arrivée de la lune au périgée.
L'amplitude de chaque oscillation est de 8°; par exemple: une tache qui,
à peine arrivée au bord occidental, disparaît, a parcouru, pour arriver
là de sa position la plus éloignée, un arc de 8°. Nous voyons donc, Ã
l'ouest et à l'est du globe lunaire, successivement, un fuseau de 8° de
largeur que nous ne verrions pas sans la libration en longitude.
=272.= LIBRATION EN LATITUDE. La lune nous paraît se balancer légèrement
de haut en bas, puis de bas en haut, autour d'un axe situé dans le plan
de son orbite. Des taches apparaissent successivement au bord supérieur
du disque (par rapport à l'orbite), s'avancent un peu en deçà ; puis,
s'en retournant, disparaissent les unes après les autres; tandis que des
taches voisines du bord inférieur opposé, s'en rapprochent
progressivement, disparaissent pour reparaître plus tard. L'amplitude
d'une oscillation est d'environ 6°-1/2.
=273.= LIBRATION DIURNE. Enfin on remarque encore un troisième
balancement de l'astre beaucoup plus faible que les deux autres, et dont
la période ne dure qu'un jour: c'est un mouvement de _va-et-vient_
circulaire autour de l'axe de rotation de là terre, c'est-à -dire suivant
le parallèle céleste que la lune nous paraît décrire au-dessus de notre
horizon dans le mouvement diurne de la sphère céleste. L'amplitude de
cette oscillation est égale à la parallaxe de l'astre, environ 1°[100].
[Note 100: Voir note II, Ã la fin du chapitre, l'explication de chaque
libration.]
=274.= MONTAGNES DE LA LUNE. A l'aide du télescope on distingue à la
surface de la lune des inégalités qui ne peuvent être que des montagnes;
car elles projettent des ombres très-caractérisées dont la position et
la grandeur se rapportent exactement à la direction des rayons solaires
qui arrivent sur les lieux de la surface de la lune où ces inégalités
s'observent.
Le bord du fuseau brillant de la lune tourné du côté du soleil est
toujours circulaire et à peu près uni; mais le bord opposé de la partie
éclairée qui devait offrir l'apparence d'une ellipse bien tranchée, si
la surface lunaire avait une courbe unie, se montre toujours avec des
déchirures ou des dentelures qui indiquent des cavités et des _points
proéminents_. Les dentelures sont de grandes ombres que présentent des
montagnes situées sur ce bord, quand le bord éclairé dépasse ces points
proéminents; le soleil gagnant en hauteur, ses rayons sont moins
inclinés; les ombres se raccourcissent. Quand la lune est pleine, les
rayons solaires arrivant perpendiculairement en même temps que nos
rayons visuels, on n'aperçoit plus d'ombre sur aucun point de la surface
lunaire.
L'existence des montagnes lunaires est encore confirmée par ce fait,
qu'il existe même en dehors de la partie éclairée des points brillants,
qui sont les sommets de montagnes éclairées avant les vallées voisines.
On a pu, à l'aide de mesures micrométriques des ombres portées, calculer
les hauteurs de plusieurs montagnes de la lune. MM. Beer et Maddler, de
Berlin, après avoir effectué un grand nombre de ces mesures dans les
diverses parties de l'hémisphère lunaire visible, ont trouvé 22
montagnes dont la hauteur dépasse 4800 mètres (hauteur du mont Blanc).
Voici, les plus hautes que nous désignons par leurs noms généralement
adoptés:
Dorfel 7603 mètres.