=52.= NÃBULEUSES. Dans la partie du ciel la moins riche en étoiles, on
remarque des taches blanchâtres et des amas d'étoiles qui paraissent
isolés. Ex.: Les Pléiades, amas confus d'étoiles indistinctes pour une
courte vue, offrent néanmoins à une bonne vue 6, 7, et même un plus
grand nombre d'étoiles distinctes, mais très-rapprochées; les
télescopes y font voir de 50 à 60 belles étoiles, accumulées dans un
très-médiocre espace, et comparativement isolées du reste du ciel. La
constellation que l'on nomme la chevelure de Bérénice, est un autre
groupe du même genre, plus diffus et formé d'étoiles plus brillantes.
Dans la constellation du Cancer se trouve une tache lumineuse, amas
confus d'étoiles analogue aux précédents, mais moins distinct à la vue
simple, et qui demande une lunette médiocre pour être résolu en étoiles.
Une autre tache du même genre, mais qui demande une meilleure lunette
pour la séparation des étoiles, se voit sur la poignée de l'épée de
Persée. _Ce sont là des nébuleuses résolues._
On donne le nom de _nébuleuses_ à des taches blanchâtres de formes
très-variées que l'on remarque çà et là dans les parties du ciel les
moins riches en étoiles. Les nébuleuses se distinguent en _nébuleuses
résolues_ et en _nébuleuses non résolues_.
=53.= Les nébuleuses résolues sont celles qui, examinées au télescope,
se sont résolues en un nombre plus ou moins grand d'étoiles distinctes,
mais très-rapprochées; nous venons d'en citer des exemples. Il y a
beaucoup de nébuleuses résolues, autres que les précédentes, et qui
l'ont été avec des télescopes d'un pouvoir de plus en plus grand.
Un grand nombre de nébuleuses résolues ont la forme circulaire, mais
cette forme n'est qu'apparente; une étude attentive porte à croire que
la forme réelle est celle d'un globe rempli du petites étoiles
généralement très-nettement terminées. L'éclat de ce globe diminue
rapidement à partir du centre; mais à une certaine distance du centre,
il ne diminue plus sensiblement. Il paraît y avoir là une sorte de
condensation, due probablement à une attraction de ces étoiles vers le
centre de la nébuleuse. Ces nébuleuses sont très-riches en étoiles;
ainsi, dans une seule nébuleuse de 10' de diamètre, c'est-à -dire dans
une étendue égale à environ la 10e partie du disque du soleil, on a
aperçu jusqu'à 20000 étoiles. Une des plus belles nébuleuses résolues se
voit entre η et ξ d'Hercule; elle est visible à l'Åil nu.
Quelques nébuleuses sont perforées en forme d'anneaux; d'autres ont la
forme de spirales. On en voit une perforée entre β et γ de la Lyre; une
autre à la place même où est η d'Argo, qui en occupe le milieu. On
remarque une nébuleuse en spirale très-près de η de la grande Ourse; une
autre se trouve près de la chevelure de Bérénice.
Il y a des nébuleuses qui paraissent liées entre elles comme des étoiles
doubles.
Les nébuleuses ne sont pas uniformément répandues dans, le ciel; elles y
forment des couches plus ou moins étendues. On remarque une de ces
couches très-large dans la région du ciel où se trouvent la grande
Ourse, Cassiopée, la Vierge. Dans l'hémisphère austral, il y a deux
espaces très-riches en nébuleuses: le petit nuage et le grand nuage de
Magellan.
Les espaces célestes les plus riches en nébuleuses sont les plus pauvres
en étoiles. Ainsi, dans le corps du Scorpion, il y a un trou de 4° de
large sur lequel il n'y a pas d'étoiles; mais au bord on aperçoit une
nébuleuse. Il semble que les étoiles se soient rapprochées, et que cette
nébuleuse se soit formée des étoiles qui se trouvaient dans cet espace.
=54.= _Les nébuleuses non résolues_ ne présentent au télescope que des
taches blanchâtres, souvent mal terminées et de forme irrégulière,
quelquefois très-grandes; on en cite une de 4°,9. Il y en a qui offrent
l'aspect de nuages tourmentés par le vent. D'autres, en petit nombre,
ont l'apparence d'un disque ovale, assez bien terminé, d'un éclat
uniforme; on appelle celles-là des nébuleuses _planétaires_[21].
D'autres offrent l'aspect d'un étoile pâle et voilée; on les nomme
nébuleuses _stellaires_, ou _étoiles nébuleuses_. Il y en a qui, à l'Åil
nu, offrent l'aspect d'une étoile ordinaire, mais qui, au télescope,
paraissent entourées d'une enveloppe sphérique lumineuse. Enfin, entre α
et β de la Lyre, il y a une nébuleuse qui a la forme d'un anneau.
[Note 21: Il y en a une dans le voisinage de l'étoile ν du Verseau qui a
un diamètre de 20". Ces nébuleuses planétaires, eu égard à leurs
distances, doivent avoir des dimensions énormes et des diamètres plus
grands que plusieurs fois la distance du soleil à la terre. Parmi ces
nébuleuses, il y en a trois au moins d'une couleur bleuâtre.
Quelques-unes présentent au centre une étoile très-brillante; d'autres,
légèrement aplaties, présentent au centre une étoile double.]
Ce qui est arrivé à l'égard des nébuleuses successivement résolues, Ã
l'aide d'instruments de plus en plus puissants, porte à croire que la
différence entre les nébuleuses résolues et les nébuleuses non résolues,
ne dépend que de la plus ou moins grande puissance des télescopes. S'il
en est ainsi, les nébuleuses non résolues seraient, eu égard à la faible
intensité de leur lumière, des amas d'étoiles tellement éloignées de
nous que leur lumière mettrait un certain nombre de milliers d'années Ã
nous parvenir.
=55.= VOIE LACTÃE. La voie lactée est une immense ceinture lumineuse,
blanchâtre, qui fait le tour du ciel, à peu près suivant un grand
cercle, en passant par le Cygne, Cassiopée, Persée, le Cocher, les
Gémeaux, la Licorne, etc. (V. le planisphère). Cette zone blanchâtre se
bifurque à peu près vers l'étoile α du Cygne, sous un angle aigu; les
deux branches restent séparées pendant 120° environ, et vont se réunir
dans l'hémisphère austral. Vue au télescope, la voie lactée se résout en
étoiles amoncelées par millions; elle fait l'effet d'une poussière
d'étoiles répandue sur le noir du firmament.
=56.= Herschell ayant eu l'idée, suivant son expression, de jauger le
ciel, c'est-à -dire de comparer la richesse en étoiles des différentes
parties de la sphère céleste, reconnut qu'à mesure qu'on approche de la
voie lactée, le nombre des étoiles télescopiques augmente. Avec un
télescope embrassant sur la sphère céleste un cercle de 15' de diamètre,
environ le quart du disque du soleil, les régions les plus pauvres en
étoiles lui en montraient _à la fois_ 5, 4,.....1 ou pas du tout, et les
régions les plus riches 200, 300,..... jusqu'à 588 étoiles; dans ces
dernières, il voyait ainsi passer sous ses yeux, en un quart d'heure,
jusqu'à 116000 étoiles.
=57.= Cette étude comparative de la voie lactée et des autres parties du
ciel, jointe à l'observation des nébuleuses, a conduit les astronomes Ã
cette conclusion très-probable: Les étoiles ne sont pas uniformément
répandues dans le ciel; elles y forment des groupes analogues à ceux que
nous avons désignés sous le nom de _nébuleuses résolues_. Toutes les
étoiles de la voie lactée, avec celles que nous voyons isolément autour
de nous, composent ensemble un de ces groupes, au milieu duquel se
trouve notre soleil avec la terre et les planètes; ce groupe est notre
nébuleuse.
Les apparences que nous présente la voie lactée s'expliquent, en effet,
assez bien, si on admet que nous nous trouvons au milieu d'une nébuleuse
ayant à peu près la forme suivante:
FORME DE NOTRE NÃBULEUSE. C'est une couche ou strate d'étoiles très-peu
épaisse, terminée par deux surfaces planes et parallèles, excessivement
étendues dans tous les sens. Cette couche se bifurque d'un côté,
c'est-à -dire se sépare en deux couches semblables, formant à l'intérieur
un angle très-aigu, et légèrement inclinées à l'extérieur sur la couche
principale qu'elles continuent respectivement. Le soleil, avec la terre
et les planètes, se trouve au milieu de la couche principale,
c'est-à -dire à égale distance de ses faces parallèles, tout près de
l'endroit où cette couche se sépare en deux[22].
[Note 22: Pour plus de précision, nous pourrions dire que chacune des
faces extérieures de notre nébuleuse nous fait l'effet d'un cercle de la
sphère céleste divisé en deux parties inégales par le côté d'un triangle
équilatéral inscrit, et dont la plus petite partie continuerait la
grande, mais avec une légère inflexion.]
[Illustration: 056, Fig.28]
Voici une coupe de notre nébuleuse, faite par un plan perpendiculaire au
milieu de la ligne à partir de laquelle a lieu la bifurcation. Le
soleil, avec la terre, est en S, tout près de cette ligne.
Quand nos regards se dirigent vers l'une des faces parallèles, notre
ligne de visée sortant presque aussitôt de la couche, nous voyons fort
peu d'étoiles dans cette direction. Si, au contraire, nos regards se
portent autour de nous, _dans des directions parallèles à ces surfaces_,
nos lignes de visée se prolongeant dans la couche elle-même, nous voyons
à la fois une multitude d'étoiles. Ces étoiles, en se projetant en masse
sur la sphère céleste, nous offrent l'aspect de cette ceinture lumineuse
à laquelle on a donné le nom de _voie lactée_.
Comme nous voyons des étoiles en grand nombre, dans le sens des surfaces
terminatrices, aussi loin que notre vue peut porter, même à l'aide de
télescopes, nous regardons ces surfaces comme traversant la sphère
céleste en entier, dans tous les sens; elles nous font ainsi l'effet de
grands cercles d'une immense étendue. Mais sortons, par la pensée, de
notre nébuleuse; éloignons-nous-en progressivement, dans une direction Ã
peu près perpendiculaire aux surfaces terminatrices, pour gagner, par
exemple, une autre nébuleuse. La surface que nous quittons, qui, en
réalité, est limitée, et dont le contour n'est probablement pas
circulaire, nous paraîtra de plus en plus petite. Quand nous serons
arrivés dans l'autre nébuleuse, la nôtre nous apparaîtra sous le même
aspect que les autres nébuleuses vues de la terre; elle nous fera
l'effet d'une tache blanchâtre et peu étendue qui, vue au télescope, se
résout en étoiles.
Si les étoiles qui, autour de nous, nous paraissaient d'abord isolées,
composent avec celles de la voie lactée une nébuleuse analogue aux
autres, nous avons eu raison de dire tout à l'heure que les étoiles
forment dans l'espace des groupes ou amas plus ou moins considérables,
séparés les uns des autres par des distances extrêmement grandes
relativement aux distances qui séparent les étoiles d'un même
groupe[23].
[Note 23: Nous jugeons de l'immensité des distances qui séparent les
nébuleuses les unes des autres par la faible lumière que nous envoient
les nébuleuses, comparée à celle des étoiles distinctes. A en juger par
cet indice, ces distances seraient telles, que la lumière mettrait des
milliers d'années pour aller d'une nébuleuse à une autre.]
=58.= _Mouvement propre des étoiles_. Ainsi que nous l'avons dit ailleurs,
on a remarqué dans certaines nébuleuses des indices de condensation des
étoiles autour de centres d'attraction intérieurs. Les étoiles de notre
groupe ne seraient-elles pas animées d'un mouvement analogue; ceci nous
conduit à parler des mouvements propres des étoiles.
Depuis que les moyens d'observation sont perfectionnés, on a reconnu en
effet que les étoiles ne méritent pas rigoureusement le nom de fixes;
certaines étoiles ont un mouvement propre angulaire que l'on est parvenu
à mesurer. Voici quelques exemples:
L'étoile α de Cassiopée parcourt annuellement un arc de 3",74. Arcturus,
la plus belle étoile du Bouvier, s'avance continuellement vers le midi
avec une vitesse de 2",25 par an. Sirius, la Lyre, Aldébaran, subissent
des déplacements analogues. Les deux étoiles de la 61e du Cygne, étoiles
doubles qui, observées depuis 50 ans, sont toujours restées à la même
distance, 15", l'une de l'autre, ont parcouru ensemble, pendant ce
temps, un arc de 4' 23", ou environ 5",3 par an. Vers 1718, les deux
étoiles qui composent l'étoile double γ de la Vierge étaient séparées
par une distance de 6 à 7", et il suffisait d'un télescope passable pour
les voir distinctes. Depuis elles se sont constamment rapprochées de
manière à ne plus être qu'à 1" l'une de l'autre; et on ne les voit
distinctes qu'à l'aide d'un puissant télescope. Enfin, tout porte Ã
croire que notre soleil, qui n'est qu'une étoile semblable aux autres,
se meut avec son cortège de planètes, se dirigeant vers une étoile de la
constellation d'Hercule.