Parmi les fourrures diverses que l'on achète volontiers à la saison où
nous sommes, demandant à la peau des bêtes une protection contre le
froid que notre peau humaine ne peut nous fournir, celle de la loutre de
mer occupe une place importante. C'est une belle fourrure, fort
appréciée et admirée. Au dix-huitième siècle, elle venait du Kamtchatka,
où la loutre de mer était abondante; mais, en peu d'années, tous les
individus de la région avaient disparu, exterminés par l'homme. La
fourrure se fit rare, par conséquent. Vers le milieu du dix-huitième
siècle, elle redevint abondante. On avait trouvé la loutre de mer aux
îles Aléoutiennes et dans leurs parages. Aussitôt des expéditions de
s'organiser; mais l'effet de celles-ci ne se fit pas attendre:
bientôt, vers 1774, on ne put se procurer que quelques centaines de
peaux par an. Mais, peu après, l'Alaska révélait ses trésors de
pelleterie et, à la fin du dix-huitième siècle, on pouvait se procurer
jusqu'à 120.000 peaux de loutre de mer par an. Mais tout a une fin, même
une espèce animale que l'on massacre avec férocité et, en 1804, on était
content quand on avait obtenu 15.000 peaux. Quelques années plus tard,
quand la Russie céda l'Alaska aux États-Unis, cette région n'en
fournissait que 700 par an. Les Américains essayèrent un peu d'arrêter
l'extermination et, de 1867 à 1880, l'Alaska exporta près de 53.000
peaux de loutre; mais, en 1901, la production tombait à 406. Il n'y a
pas à s'en étonner. La chasse à la loutre de mer est ouverte toute
l'année, sauf un seul jour. Il est évident que l'espèce va disparaître
prochainement. Le meilleur terrain de chasse au Kamtchatka ne fournit
que 12 ou 14 peaux par an, et l'on se demande comment la peau de loutre
de mer peut être encore relativement abondante dans le commerce des
fourrures. Sur quelles bêtes ont pris naissance tant de pelleteries
inexactement baptisées «loutre de mer»?