LE NOUVEAU LORD-MAIRE DE LONDRES.

Sir Walter Vaughan Morgan, le nouveau lord-maire élu récemment par la

corporation de la Cité de Londres, est un notable négociant, âgé de

soixante-quatorze ans. Né en 1831, au pays de Galles, il fut, en 1855,

un des fondateurs de la grande maison de banque et de commerce à

laquelle ses frères et lui ont attaché leur nom; il appartient au parti

libéral unioniste, possède un grade élevé dans la franc-maçonnerie et

dirige une importante société de publications éditant plusieurs journaux

spéciaux, entre autres _le Chimiste et Droguiste, le Quincaillier_.

Étant célibataire, sir Walter Vaughan Morgan a confié à sa nièce, miss

Hornby Steer, le soin de faire les honneurs de Mansion house comme

lady-mayoress.

[Illustration: Sir Walter Vaughan Morgan, le nouveau lord-maire de

Londres.]

Il a été procédé à l'élection le 29 septembre, jour de la Saint-Michel;

mais c'est seulement à la date initiale de l'année civique, le 9

novembre, que, suivant la coutume, a eu lieu l'installation solennelle

du nouveau magistrat, qui a parcouru la Cité, revêtu de son costume

d'apparat et accompagné d'un nombreux cortège. On a maintes fois décrit

(voir notamment _L'Illustration_, n° du 19 novembre 1904) cette

procession traditionnelle, sa pompe un peu carnavalesque, mais fort

goûtée du public londonien. Outre les carrosses de gala, les musiques,

le défilé des corporations, la cavalcade plus ou moins historique, elle

comporte, on le sait, une série de chars allégoriques. L'an dernier, on

y remarquait une imposante _Britannia_, trônant sur le char de l'Empire,

armée d'un trident; cette année, le «numéro» sensationnel était une

monumentale effigie de la République française, coiffée du bonnet

phrygien et tenant le drapeau tricolore. Certes, l'aspect de cette

puissante personne éveillait de prime abord la souvenir du vers fameux

d'Auguste Barbier:

C'est une forte femme...

Sans doute on pouvait critiquer l'esthétique peu idéale du Phidias de

circonstance et reprocher quelque vulgarité à la statue de staff sortie

de ses mains; mais, comme il s'agissait évidemment d'un tribut courtois

payé à l'«entente cordiale», il faut avant tout savoir gré de leur

excellente intention aux organisateurs de la manifestation britannique

et à l'artiste qui s'est chargé d'interpréter leur pensée.

[Illustration: «La République française», figurant dans le cortège du

lord-maire.]

L'Illustration, No. 3272, 11 Novembre 1905 · 第 14 / 28 题