_L'un obtiendra que vous soyez débinée par vos amies: triomphe
savoureux; l'autre affermira votre réputation auprès des fournisseurs;
quant à la bonne cave, elle vous attirera des madrigaux de vos invités
les plus froids._
* * * * *
--_S'habiller n'est rien. Savoir s'habiller, voilà le difficile.
Persuadez-vous qu'avec de l'argent on arrive à tout, mais craignez que
le grand couturier que vous aurez choisi parce qu'il sera le moins
abordable, craignez qu'il ne s'offre votre tête dans les grands prix.
Les couturiers qui se respectent, ne respectent leurs clientes que si
elles sont capables de les diriger, ce qui n'est pas commode._
_En tout cas, si vous voyez par hasard que vous êtes fagotée, ne dites
pas des femmes qui seront mieux que vous, que ce sont des grues. Votre
injure ne porterait point. Il n'y a presque plus de femme à présent qui
ne soit quelque peu flattée d'être prise pour une grue._
_Consolez-vous plutôt avec cet axiome que posa Pierre Louÿs: «On ne peut
pas habiller les femmes.» Laissez-en l'esprit, gardez-en la lettre, et
faites semblant de comprendre._
* * * * *
_S'il a le souci de se montrer à la hauteur de sa fortune, votre mari
sans doute entretiendra une sociétaire de la Comédie-Française ou une
girl de l'Olympia. A aucun prix, il ne faudra vous en vanter. Il n'y a
pas d'honneur à être cocu._
_Ne vous plaignez d'ailleurs devant qui que ce soit d'être trompée.
Votre chagrin serait risible. Et puis rassurez-vous: vous ne pouvez pas
être trompée. Votre mari ne vous trompe point. Il passe une heure chaque
jour dans le cabinet de toilette de son actrice, assez de temps pour
apprendre qu'il a plusieurs factures à régler; ou bien il dîne avec sa
danseuse anglaise, qui lui reproche aigrement de ne pas savoir tenir sa
fourchette._
* * * * *
--_Ne mettez jamais les pieds à la cuisine. Ne demandez pas à votre chef
s'il ne pourrait pas vous faire un bœuf miroton._
_N'engueulez pas la petite Alsacienne à cause des pommes de terre
qu'elle épluche trop généreusement. Les Alsaciennes ont oublié d'être
sottes. La vôtre riposterait: «Si Madame veut me montrer comment elle
les épluche?»_
* * * * *
Tels sont les conseils généraux, pratiques, et désintéressés, qu'il
convient de faire entendre à la femme d'un Nouveau-riche.
Je ne les donne pas sans mélancolie. C'est que je songe à la
petite-fille de cette épaisse maritorne. Ce sera peut-être une duchesse,
plus tard, s'il se trouve qu'un duc ait besoin d'elle. Et voyez le moins
drôle: elle sera peut-être fine, élégante, racée pour tout dire, et nul
ne s'avisera d'imaginer quelle grand'mère nous aurons connue.