Les cuistres prétendent qu'avant 1789 les écrivains ne se faisaient pas
scrupule de prendre leur bien où ils le trouvaient. On a souvent disputé
s'ils eurent tort ou raison. Aujourd'hui la question est tranchée: nous
créons tout; le plagiat est un crime; les anciens avaient tort.
Il n'y a pas lieu de s'étonner ici que les hommes de 1920, convertis à
l'égalitarisme, prêchent d'une part la suppression de la propriété en
général, et défendent cependant, avec la dernière violence, et la même
candeur, la propriété littéraire en particulier. Acceptons les choses
comme elles sont. Il est admis qu'on a le droit de partager tout avec
son voisin, sauf ses œuvres imprimées.
Mais il n'est pas moins admis qu'un artiste est, par principe,
révolutionnaire. On l'a dit aux bourgeois; ils l'ont cru; tant pis pour
eux. On me permettra donc d'être révolutionnaire comme un autre, de
l'être jusqu'au bout, de m'en tenir au sens propre des mots quand j'en
aurai envie; et, une révolution vraiment digne de ce nom n'étant à
l'origine que «le retour d'un astre au point d'où il est parti», on ne
s'indignera pas si je retourne sans honte aux coutumes du vieux temps
qu'on ne pratique plus, pour copier ci-dessous quelques bons _Conseils à
un Nouveau-riche_ que j'ai tirés d'une gazette satirique.
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