Le mariage de Charlie Ombraux et de Maric Solanon eut lieu dans une
commune des Basses-Pyrénées et fut célébré dans une gentille petite
église. On vit apparaître à cette occasion des personnages dont il
n’avait jamais été question, une sœur de Charlie, le mari de cette dame,
agent d’assurances dans une ville de l’Ouest, et leurs deux enfants,
visiblement dans l’âge ingrat. La mère de Maric était une petite femme
qui avait dû être assez jolie. Elle arrivait sans son mari, qui gardait
leur demeure dans un très bel immeuble des Champs-Élysées, dont
l’adresse très chic impressionna les gens, quand on la lut sur les
pièces officielles. Tout portait à croire que le logement occupé par les
parents de la jeune femme se trouvait au rez-de-chaussée, donnant sur
l’allée d’entrée et que le chef de famille pouvait difficilement
s’absenter de Paris, parce que les autres habitants de la maison
n’avaient pas de clef pour la porte cochère.
Le cortège défila dans l’ordre suivant:
Maric était au bras de M. Beurin, dont la démarche au ralenti s’adaptait
bien à la solennité du lieu.
Charlie Ombraux venait ensuite, conduisant Mme Solanon. Pierre Lordas
servait de chevalier à la sœur de Charlie Ombraux. Le mari de cette dame
avait offert son bras à Mme Suffisant. Dickie suivait avec Linette.
L’harmonium était tenu par un artiste de Paris, pour le moment en
villégiature à Biarritz, et dont la spécialité ne se limitait pas aux
tangos et aux shimmies et s’élevait, dans certaines occasions, jusqu’à
la musique religieuse.
Ce jeune homme, d’ailleurs, devait être attaché à titre fixe à
l’établissement de Bonvouloir. D’autre part, parmi les clients qui
étrenneraient l’hôtel, on pouvait compter sur le jeune Anglais et sa
compagne, à qui Charlie Ombraux et Maric fournirent discrètement le
moyen de rompre les attaches qui les rivaient au Palace de Biarritz.
Maric et Charlie étaient suffisamment renseignés sur les capacités de
paiement d’un vieux gentleman d’Outre-Manche, dont la mauvaise
volonté--ou la vie--ne serait pas éternelle.