LA ROYNE D'ESCOCE A MONSIEUR DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Xe d'aoust 1569.--

Prière de Marie Stuart à l'ambassadeur pour qu'il insiste

vivement en sa faveur auprès d'Élisabeth.--Plaintes contre le

secrétaire La Vergne.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je receu vostre lettre du VIe du présent

par le moyen de monsieur de Rosse, et, tant par icelle que par la

sienne, cogneu la continuelle bonne volonté que vous avez au bien et

expédition de mes affaires, en quoy vous ne serez déceu, le faisant

pour une qui ne manquera jamais de bonne volonté à s'en revencher où

elle pourra pour vous. J'ay eu naguières nouvelles d'Escosse par Me.

Thomas Flemyng, présant porteur, que j'envoys vers le dict sieur de

Rosse, lesquelz vous en fairont part et communiqueront sur ma

pressente liberté, pour laquelle, (ou bien que je puisse chercher

secours ailleurs), il ne faut plus que la Royne d'Angleterre s'excuse

sur le comte de Mora pour les causes que vous entendrez par le dict

Sieur de Rosse; de quoy je vous prie parler à la dicte Royne, quant

l'occasion se présentera.

La Vergne m'a parlé de quelque affaire, dont je ne luy sceu résoudre

parce que je ne sçay bonnement comme ces choses sont passées, et aussy

que venant freschement de France, comme il m'a dit, il n'en a parlé ny

à monsieur de Glazco mon ambassadeur, ny à aultre de mes gens;

toutesfoys j'en escriray au dict sieur de Rosse pour en advizer avec

vous et faire ce que vous ensemble trouverez bon pour ma seureté. Le

dict de La Vergne se dict vostre secrétaire, encores que vous n'en

fassiez mention par vostre lettre; et me souvenant que je vous ay cy

devant escript comme j'avois eu advertissement que de toutes les

lettres et despesches, tant du Roy, monsieur mon bon frère, que de

moy, on en bailhoit des coppies à la court d'Angleterre, sur quoy vous

me mandaste que vous aviez ung secrétaire en France, et m'ayant cestuy

cy dict qu'il y a esté envyron trois moys, et aussy qu'il n'avoit

encores guères parlé avec moy qu'il ne me demandast sy je voulois

escripre en France ou mander quelque chose de bouche, j'ay eu quelque

soupçon que ce fust luy, et ne m'ay sceu garder de luy en parler et

remonstrer que luy et aultres voz secrétaires se doibvent bien garder

de telles choses, affin que les affaires du Roy, mon dict sieur mon

bon frère, ne fussent sy divulguez comme ilz ont esté par cy devant,

et que cela estoit fort dangereux. Et, à vous dire vérité, cela

m'enpeschera aulcunement que je ne luy donne quelque crédit. Je luy ay

faict quelque remonstrance pour le bon voulloir que j'ay et porte

continuellement au bien et advancement [des] affaires [du Roy], dont

je vous prie l'en assurer et la Royne, madame ma bonne mère, et je

prie Dieu vous avoir, monsieur de La Mothe Fénélon, en sa saincte

garde.

Le Xe d'aoust 1569.

Vostre bien bonne amye,

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 179 / 189 题