Sire, se trouvans les choses ainsy troublées en ceste court pour le
partement du duc de Norfolc et pour avoir, à cause de luy, les comtes
d'Arondel, de Pembrot et millord Lomelley esté miz en arrest en leurs
logis à Windesore, comme par mes précédantes Vostre Majesté l'aura peu
comprendre, l'on n'a pas seulement attempté de surprendre mon pacquet
pour cuyder descouvrir quelque chose de leur faict en mes lettres,
mais a l'on arresté le Sr. de Sabran en venant de France, l'ont
foillé, et ont visité aulcun sien mémoire de nouvelles qu'il avoit
ramassées en chemin, sans toucher toutesfoys au pacquet de Vostre
Majesté; et ont, sept jours durant, faict tenir les passaiges fermés,
et envoyé un trompette le notiffier à Mr. de Gordan, et le prier de le
faire ainsy entendre au Sr. Chapin Vitel et aultres députez de
Flandres, lesquelz ilz estimoient estre desjà à Callais, affin qu'ilz
ne prinsent la peyne de passer pour estre incontinent après arrestez.
Mais sur la lettre que j'avois escripte à la Royne d'Angleterre pour
me plaindre amèrement de la vollerye de mon pacquet, après m'avoir
faict respondre par milord Chambrelan qu'elle avoit tout aussitost
faict appeller ceulx de son conseil pour les purger par sèrement s'ilz
sçavoient rien de ce faict, lesquelz luy avoient toutz respondu que
non, elle me prioit de croyre que cella n'estoit aulcunement procédé
d'elle, ny de son dict conseil, et qu'elle en estoit extrêmement
déplaysante; dont envoyeroit ung commissaire sur le lieu pour en
enquérir, et m'en feroit avoir si bonne réparation que j'en serois
contant, me priant cependant de surceoyr pour quelques jours mes
dépesches, car ne vouloit q'homme vivant sortît de son royaulme
qu'elle n'eust pourveu à ses troubles qui se présentoient.
Despuys, entendant la dicte Dame que le dict duc de Norfolc s'estoit
achemyné pour retourner vers elle, elle m'a envoyé, le IIIe de ce
moys, le Sr. Randol, naguières revenu ambassadeur de Moscouvye, pour
me continuer la mesmes excuse de desplaysir qu'elle avoit de la
surprinse de mon dict pacquet, et qu'elle avoit envoyé commission à
milord Coban pour en informer et punir rigoureusement ceulx qui s'en
trouveroient coulpables; et qu'au reste les passaiges me seroient
ouvertz quant je vouldrois envoyer quelcun en France, dont, sur
l'heure, je dépeschay ung corrier avec mon pacquet du IIIe du présent.
=Chiffre.=--[Et j'entendz que le duc de Norfolc arrivera aujourdhuy en
ceste court, bien que j'aye faict, et faict faire par ses principaulx
parans et amys, tout ce qu'il nous a esté possible pour le garder de
venir, estimant ung chacun qu'aussi tost qu'on le tiendra l'on
l'envoyera, et les aultres seigneurs qui sont en arrest, toutz
prisonniers à la Tour; mesmes l'on dict qu'on leur y a desjà préparé
le logis. Je ne sçay si c'est pour se confyer trop de leur cause, ou
pour cuyder porter plus d'assistance, présens que absentz, au faict de
la Royne d'Escoce, ou pour espérer trop de la faveur et de l'appuy
qu'ilz se sentent avoir en ce royaulme, que ces seigneurs se sont
ainsy facillement venuz commettre ez mains de la dicte Dame, ou bien
qu'ilz soyent subjectz à avoir la teste trenchée et n'en puyssent
évitter le mal, par ce qu'ilz en sont de race; tant y a qu'on les
estime estre en grand dangier, ce que toutesfoys ne se pourroit
exécuter sans esbranler grandement cest estat; au moins pourra estre
que ce divertissement pour leurs propres affaires apportera quelque
utillité aulx vostres; mais j'ay grand craincte de ceulx de la dicte
Royne d'Escoce ausquelz toutesfoys l'on n'avoit si mal regardé qu'on
les eust entièrement fondez sur la faveur du dict duc, car y a
aparance que bientost il sera essayé de pourvoir à la liberté de la
dicte Dame par aultre moyen;]--Dieu aydant, auquel je suplie, après
avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté, qu'il vous
doinct, etc.
De Londres ce VIIe d'octobre 1569.