Madame, pour accompaigner les lettres, que la Royne d'Angleterre
escript à Voz Majestez, j'ay touché en la lettre du Roy les
principaulx poinctz que j'ay à vous faire meintennant entendre des
choses de deçà, entre aultres celuy de monsieur l'ambassadeur
d'Espaigne, par lequel le Roy, son Maistre, monstre avoir ceste foys
cédé à la Royne d'Angleterre, et qu'en fin ayant bien pensé à son
faict pour les aprestz qu'il sent d'Allemaigne, et, possible, pour les
propres difficultez de ses pays, il ne s'est tant vollu tenir sur la
réputation qu'il n'ayt envoyé le premier devers la dicte Dame, pour
accorder amyablement des différandz qui sont entre eulx; de quoy elle
s'estime avoir gaigné ung grand advantaige, et dict on que le Sr.
Chapin Vitel et le docteur Vargaz seront pour cest effect dans dix ou
douze jours par deçà. Je ne sçay encores ce qui en pourra réuscyr,
tant y a que je crains assés que l'admonestement, que le dict Roy
Catholique a faict à ceste princesse de considérer le rescentiment
qu'on pourra avoir de l'assistance qu'elle a donnée à ceulx de la
nouvelle religion, ainsy que le dict sieur ambassadeur me l'a mandé,
ne la mette davantaige en souspeçon de l'yssue de la guerre de France,
et ne l'induyse d'accommoder tant plus tost ses affaires ailleurs,
pour d'aultant retarder et traverser, en ce qu'elle pourra, ceulx de
Voz Majestez; mais je luy en osteray toutjours par mes propos le
doubte qu'elle en pourroit avoir sur le cueur, sans monstrer
toutesfoys que je tende à rien de cella.
Le sire Thomas Flemy est revenu d'Escoce, qui raporte que le comte de
Mora ne s'est vollu déporter d'assiéger Dombertran pour chose que la
Royne d'Angleterre luy en ayt escript, et qu'en l'assemblée, qu'il a
tenue à Esterlin le XXVIIIe d'aoust, il a faict ordonner ung depputé
pour venir par deçà, ce qu'on estime bien n'estre à aultres fins que
pour prolonger toutjour l'affaire. Tant y a que la part, qui est au
dict pays pour la Royne d'Escoce, semble estre plus vifve et plus
relevée meintennant qu'elle n'a encores esté, nonobstant que, pour
avoir le secrétaire Ledinthon esté découvert d'en estre, l'on a trouvé
moyen de le faire publicquement accuser dans la dicte assemblée pour
complice du murtre du feu Roy d'Escoce, dont il a esté miz en arrest
contre le desir des comtes d'Arguil, de Honteley, d'Athil et des
principaulx seigneurs, qui ont cryé que la seurté et franchise de la
dicte assemblée estoit viollée, et s'en sont allez fort mal contantz.
Monsieur l'évesque de Roz est après à pourchasser là dessus audience
de ceste Royne, mais je croy qu'il ne l'obtiendra jusques à ce que la
dicte Dame sera à Amthoncourt, laquelle monstre de plus en plus avoir
souspeçon et deffiance de tout ce qui se faict et qui se procure pour
l'advantaige de sa cousine. Sur ce, etc.
De Londres ce XIXe de septembre 1569.
La Royne d'Escoce s'esbahyt qu'il n'y a nouvelles qu'à Dombertran
soyent arrivez les navyres que Vostre Majesté dict au Sr. de Bortic
qu'elle y avoit faict dépescher de Bretaigne.