Sire, m'ayant la Royne d'Escoce despuys trois jours escript de ses
nouvelles affin principallement que je luy fisse entendre des vostres,
elle m'a, par mesme moyen, bien affectueusement prié de représanter à
Vostre Majesté le desir et grande affection qu'elle a, puysque Dieu
n'a layssé en sa main de quoy pouvoir monstrer aulcune recognoissance
envers le Sr. Douglas, présent porteur, pour le notable service
qu'elle en a receu, qu'il vous playse prendre en la vostre de le luy
recognoistre et l'en recompencer eu luy donnant advancement d'honneur,
de bien et quelque honeste charge près Vostre Majesté, de tant qu'elle
estime tenir de luy le recouvrement de sa liberté et qu'il est le
principal moyen de l'avoir tirée de l'estroicte prison où l'on la
dettenoit en Escoce[6]. A quoy, Sire, m'asseurant que Vostre Majesté
vouldra très volontiers avoir esgard, tant pour la satisfaction de la
dicte Dame que pour la magnanimité de vostre cueur sur ung acte digne
de vostre faveur et de celle de toutz vrays et légitimes princes, je
n'entreprendray de vous en dire davantaige sinon que vous gratiffierez
grandement la dicte Dame, si, par vostre libéralité envers ce
gentilhomme, vous suplissés celle que par plusieurs bienfaictz, en
récompence de son bon et fidelle service, elle luy vouldroit uzer; et
je prieray Dieu, etc.
De Londres ce VIIIe de juillet 1569.
[6] Sir Georges Douglas, le plus jeune des frères du seigneur de
Lochleven, avait procuré l'évasion de Marie Stuart du château de
Lochleven en gagnant quelques-uns des gardes et entre autres
William Douglas, jeune garçon de seize à dix-sept ans, qui avait
enlevé les clés des portes au gouverneur. (_Jebb._ 1735, t. II,
p. 230.)