LA RAPSODE FORAINE ET LE PARDON DE SAINTE-ANNE

La Palud, 27 août, jour du Pardon.

Bénite est l'infertile plage

Où, comme la mer, tout est nud.

Sainte est la chapelle sauvage

De Sainte-Anne-de-la-Palud....

De la Bonne Femme Sainte Anne,

Grand'tante du petit Jésus,

En bois pourri dans sa soutane

Riche ... plus riche que Crésus!

Contre elle la petite Vierge,

Fuseau frêle, attend l'_Angélus_;

Au coin, Joseph, tenant son cierge,

Niche, en saint qu'on ne fête plus...

C'est le Pardon.--Liesse et mystères--

Déjà l'herbe rase a des poux....

_Sainte Anne, Onguent des belles-mères!_

_Consolation des époux!_

Des paroisses environnantes:

De Plougastel et Loc-Tudy,

Ils viennent tous planter leurs tentes,

Trois nuits, trois jours,--jusqu'au lundi.

Trois jours, trois nuits, la palud grogne,

Selon l'antique rituel,

--Chœur séraphique et chant d'ivrogne--

LE CANTIQUE SPIRITUEL.

_Mère taillée à coups de hache,_

_Tout cœur de chêne dur et bon;_

_Sous l'or de ta robe se cache_

_L'âme en pièce d'un franc Breton!_

_--Vieille verte à la face usée_

_Comme la pierre du torrent,

Par des larmes d'amour creusée,_

_Séchée avec des pleurs de sang ..._

_--Toi, dont la mamelle tarie_

_S'est refait, pour avoir porté_

_La Virginité de Marie,_

_Une mâle virginité!_

_--Servante-maîtresse altière,_

_Très haute devant le Très-Haut;_

_Au pauvre monde, pas fière,_

_Dame pleine de comme-il-faut!_

_--Bâton des aveugles! Béquille_

_Des vieilles! Bras des nouveau-nés!_

_Mère de madame ta fille!_

_Parente des abandonnés!_

_--O Fleur de la pucelle neuve!_

_Fruit de l'épouse au sein grossi!_

_Reposoir de la femme veuve ..._

_Et du veuf Dame-de-merci!_

_--Arche de Joachim! Aïeule!_

_Médaille de cuivre effacé!_

_Gui sacré! Trèfle quatre-feuille!_

_Mont d'Horeb! Souche de Jessé!_

_--O toi qui recouvrais la cendre,_

_Qui filais comme on fait chez nous,_

_Quand le soir venait à descendre,_

_Tenant l'_ENFANT _sur tes genoux;_

_Toi qui fus là, seule, pour faire_

_Son maillot à Bethléem,_

_Et là, pour coudre son suaire_

_Douloureux, à Jérusalem!..._

_Des croix profondes sont tes rides,_

_Tes cheveux sont blancs comme fils...._

_--Préserve des regards arides_

_Le berceau de nos petits-fils...._

_Fais venir et conserve en joie_

_Ceux à naître et ceux qui sont nés,_

_Et verse, sans que Dieu te voie,_

_L'eau de tes yeux sur les damnés!_

_Reprends dans leur chemise blanche_

_Les petits qui sont en langueur...._

_Rappelle à l'éternel Dimanche_

_Les vieux qui traînent en longueur:_

_--Dragon-gardien de la Vierge,_

_Garde la crèche sous ton œil._

_Que, près de toi, Joseph-concierge_

_Garde la propreté du seuil!_

_Prends pitié de la fille-mère,_

_Du petit au bord du chemin...._

_Si quelqu'un leur jette la pierre,_

_Que la pierre se change en pain!_

_--Dame bonne en mer et sur terre,_

_Montre-nous le ciel et le port,_

_Dans la tempête ou dans la guerre...._

_O Fanal de la bonne mort!_

_Humble: à tes pieds n'as point d'étoile,_

_Humble ... et brave pour protéger!_

_Dans la nue apparaît ton voile,_

_Pâle auréole du danger._

_--Aux perdus dont la vie est grise,_

_(--Sauf respect--perdus de boisson)_

_Montre le clocher de l'église_

_Et le chemin de la maison._

_Prête ta douce et chaste flamme_

_Aux chrétiens qui sont ici...._

_Ton remède de bonne femme_

_Pour tes bêtes-à-corne aussi!_

_Montre à nos femmes et servantes_

_L'ouvrage et la fécondité...._

_--Le bonjour aux âmes parentes_

_Qui sont bien dans l'éternité!_

_--Nous mettrons un cordon de cire,_

_De cire-vierge jaune autour_

_De ta chapelle et ferons dire_

_Ta messe basse au point du jour._

_Préserve notre cheminée_

_Des sorts et du monde malin...._

_A Pâques te sera donnée_

_Une quenouille avec du lin._

_Si nos corps sont puants sur terre,_

_Ta grâce est un bain de santé;_

_Répands sur nous, au cimetière,_

_Ta bonne odeur de sainteté._

_--A l'an prochain!--Voici ton cierge:_

_(C'est deux livres qu'il a coûté)_

_ .... Respects à Madame la Vierge,_

_Sans oublier la Trinité._

... Et les fidèles, en chemise,

_Sainte Anne, ayez pitié de nous!_

Font trois fois le tour de l'église

En se traînant sur leurs genoux,

Et boivent l'eau miraculeuse

Où les Job teigneux ont lavé

Leur nudité contagieuse....

_Allez: la Foi vous a sauvé!_

C'est là que tiennent leurs cénacles

Les pauvres, frères de Jésus.

--Ce n'est pas la cour des miracles,

Les trous sont vrais: _Vide latus!_

Sont-ils pas divins sur leurs claies

Qu'auréole un nimbe vermeil

Ces propriétaires de plaies,

Rubis vivants sous le soleil!...

En aboyant, un rachitique

Secoue un moignon désossé,

Coudoyant un épileptique

Qui travaille dans un fossé.

Là, ce tronc d'homme où croit l'ulcère,

Contre un tronc d'arbre où croît le gui,

Ici, c'est la fille et la mère

Dansant la danse de Saint-Guy.

Cet autre pare le cautère

De son petit enfant malsain:

--L'enfant se doit a son vieux père....

--Et le chancre est un gagne-pain!

Là, c'est l'idiot de naissance,

Un _visité par Gabriel_,

Dans l'extase de l'innocence....

--L'innocent est (tout) près du ciel!--

--Tiens, passant, regarde: tout passe.

L'œil de l'idiot est resté.

Car il est en état de grâce....

--Et la Grâce est l'Eternite!--

Parmi les autres, après vêpre,

Qui sont d'eau bénite arrosés,

Un cadavre, vivant de lèpre,

Fleurit, souvenir des croisés....

Puis tous ceux que les Rois de France

Guérissaient d'un toucher de doigts....

--Mais la France n'a plus de Rois,

Et leur dieu suspend sa clémence.

* * * * * * *

Une forme humaine qui beugle

Contre le _calvaire_ se tient;

C'est comme une moitié d'aveugle:

Elle est borgne et n'a pas de chien....

C'est une rapsode foraine

Qui donne aux gens pour un liard

L' _Istoyre de la Magdalayne,_

Du _Juif Errant_ ou _d'Abaylar_.

Elle hâle comme une plainte,

Comme une plainte de la faim.

Et, longue comme un jour sans pain,

Lamentablement, sa complainte....

--Ça chante comme ça respire,

Triste oiseau sans plume et sans nid

Vaguant où son instinct l'attire:

Autour des Bon-Dieu de granit....

Ça peut parler aussi, sans doute,

Ça peut penser comme ça voit:

Toujours devant soi la grand'route....

--Et, quand c'a deux sous, ça les boit.

--Femme: on dirait, hélas!--sa nippe

Lui pend, ficelée en jupon;

Sa dent noire serre une pipe

Eteinte.... Oh, la vie a du bon!--

Son nom.... ça se nomme Misère.

Ça s'est trouvé né par hasard.

Ça sera trouvé mort par terre....

La même chose--quelque part.

Si tu la rencontres, Poète,

Avec son vieux sac de soldat:

C'est notre sœur.... donne--c'est fête--

Pour sa pipe, un peu de tabac!...

Tu verras dans sa face creuse

Se creuser, comme dans du bois,

Un sourire; et sa main galeuse

Te faire un vrai signe de croix.

(_Les Amours Jaunes._)

It is not long since a "strong, silent" American, who had been spending

a year or so in Paris, complained to me that "all French poetry smelt of

talcum powder." He did not specifically mention Corbière; who, with

perhaps a few dozen other French poets, may have been outside the scope

of his research. Corbière came also to "Paris."

I

Bâtard de Créole et Breton,

Il vint aussi là--fourmilière,

Bazar où rien n'est en pierre,

Où le soleil manque de ton.

--Courage! On fait queue.... Un planton

Vous pousse à la chaîne--derrière!--

--Incendie éteint, sans lumière;

Des seaux passent, vides ou non.--

Là, sa pauvre Muse pucelle

Fit le trottoir en _demoiselle._

Ils disaient: Qu'est-ce qu'elle vend?

--Rien.--Elle restait là, stupide,

N'entendant pas sonner le vide

Et regardant passer le vent....

Instigations Together with An Essay on the Chinese Written Character · 第 33 / 178 题