2009: CYBERESPACE ET SOCIETE DE L'INFORMATION

= [Résumé]

En 2009 (date de publication de ce livre), il semblerait que le

cyberespace devienne omniprésent dans une société dite de

l'information, si ce n'est déjà fait. Comment définir cyberespace et

société de l'information? Voici les réponses des professionnels du

livre interviewés au fil des ans, qui remplaceront une conclusion pour

ouvrir au contraire des perspectives. Pour mémoire, la paternité du

terme «cyberespace» revient à William Gibson, qui utilise ce terme dans

son roman "Neuromancien", paru en 1984: «Cyberespace: une hallucination

consensuelle expérimentée quotidiennement par des milliards

d'opérateurs réguliers, dans chaque nation, par des enfants à qui on

enseigne des concepts mathématiques... Une représentation graphique des

données extraites des banques de tous les ordinateurs dans le système

humain. Complexité incroyable. Des lignes de lumière qui vont dans le

non-espace de l'esprit, des agglomérats et des constellations de

données. Et qui fuient, comme les lumières de la ville.» Quant à la

société de l'information, elle n'est pas si récente. On annonce

régulièrement son avènement depuis plus de trente ans, comme le

rappelle Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini

Ernst & Young: «C'est un vieux concept, dont on parlait déjà en 1975!

Seules les technologies ont changé.»

= Cyberespace

# Auteurs

Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, écrivain et explorateur

d'hypertexte, se demande de quel cyberespace on parle: «Celui des

Gibson, inventeur de la formule, des Spinrad ou des Clarke, utopies

scientifiques pas toujours traitées comme elles devraient l'être? Ou

celui des AOL/Time-Warner, des Microsoft ou des... J6M-

Canal/Universal... Tout ce qu'on peut dire à l'heure actuelle, c'est

que ce qu'on peut encore appeler le cyberspace est multiforme, et qu'on

ne sait pas qui le domptera. Ni s'il faut le dompter d'ailleurs... En

tout cas, les créateurs, artistes, musiciens, les sites scientifiques,

les petites "start-up" créatives, voire les millions de pages perso,

les chats, les forums, et tout ce qui donne au net sa matière propre ne

pourra être ignoré par les grands mangeurs de toile. Sans eux, ils

perdraient leurs futurs "abonnés". Ce paradoxe a son petit côté

subversif qui me plaît assez.»

D'après Lucie de Boutiny, romancière multimédia, le cyberespace est «le

délire SF du type: "bienvenue dans la 3e dimension, payez-vous du sexe,

des voyages et des vies virtuels" a toujours existé. La méditation,

l'ésotérisme, les religions y pourvoient, etc. Maintenant, on est dans

le cyberspace.»

Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, une chronique

hebdomadaire des actualités de l'internet, définit le cyberespace comme

«un monde parallèle, un espace où se déroule l'ensemble des activités

d'information, de communication, et d'échanges (y compris échanges

commerciaux) désormais permises par le réseau. Il y a un centre,

autonome, très interconnecté qui vit par et pour lui-même. Puis des

collectivités plus ou moins ouvertes, des espaces réservés (intranets),

des sous-ensembles (AOL, CompuServe). Il y a ensuite de très longues

frontières où règne une culture mixte, hybride, issue du virtuel et du

réel (on pense aux imprimés qui ont des versions web, aux sites

marchands). Il y a aussi un sentiment d'appartenance à l'une ou l'autre

de ces régions du cyberespace, et un sentiment d'identité.»

Selon Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, un espace

d'écriture hypermédia, «ce pourrait-être quelque chose comme l'ensemble

électrique mouvant, le système invisible mais cohérent des êtres

humains sensibles et des interfaces intelligentes dont les activités

sont tout ou en partie réglées, conditionnées ou co-régulées à travers

leurs machines connectées ensemble. Peut-être plus simplement: la

virtualisation sensible et numérique de l'inconscient collectif...»

Jean-Paul, webmestre du site hypermédia cotres.net, définit le

cyberespace comme «un lieu isotrope en expansion pour l'instant

infinie. Un modèle de la vision que nous avons aujourd'hui de

l'univers. Jusqu'à l'invention du clic, le savoir humain était senti

comme un espace newtonien, avec deux repères absolus: le temps

(linéaire: un début, une fin) et l'espace (les trois dimensions du

temple, du rouleau, du volumen). Le cyberespace obéit aux lois de

l'hypertexte. Deux temps simultanés: le temps taxé (par le fournisseur

d'accès ou par les impératifs de productivité, égrené par l'antique

chrono), et le temps aboli, qui fait passer d'un lien à l'autre, d'un

lieu à l'autre à la vitesse de l'électron, dans l'illusion du

déplacement instantané. Quant aux repères, quiconque a lancé une

recherche dans cet espace sait qu'il doit lui-même les définir pour

l'occasion, et se les imposer (sous peine de se disperser, de se

dissoudre), pour échapper au vertige de la vitesse. A cause de cette

"vitesse de la pensée", nous trouvons dans cet espace un "modèle" de

notre cerveau. "Ça tourne dans ma tête", à travers 10, 20, etc...

synapses à la fois, comme un fureteur archivant la toile. Bref les lois

du cyberespace sont celles du rêve et de l'imagination.»

Pour Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditant ses livres, le

cyberespace est «le domaine virtuel créé par la mise en relation de

plusieurs ordinateurs communiquant et échangeant entre eux».

Naomi Lipson, écrivain multimédia, traductrice et peintre, ajoute:

«J'aime la métaphore du labyrinthe. Le média se nourrissant lui-même,

le cyberespace contient une infinité de sites sur les labyrinthes.»

Pour Tim McKenna, écrivain et philosophe, «le cyberespace est

l'ensemble des liens existant entre les individus utilisant les

technologies pour communiquer entre eux, soit pour partager des

informations, soit pour discuter. Dire qu'une personne existe dans le

cyberespace revient à dire qu'elle a éliminé la distance en tant que

barrière empêchant de relier personnes et idées.»

Pour Xavier Malbreil, auteur multimédia et modérateur de la liste e-

critures, il s'agit d'«une interconnexion de tous, partout. Avec le

libre accès à des banques de données, pour insuffler également du

contenu dans les échanges interpersonnels.»

Pour Murray Suid, auteur de livres pédagogiques et de logiciels

éducatifs, «le cyberespace est n'importe où, c'est-à-dire partout.

L'exemple le plus simple est ma boîte aux lettres électronique, qui me

suit où que j'aille.»

# Documentalistes

Emmanuel Barthe, documentaliste juridique et modérateur de la liste de

discussion Juriconnexion, relate: «Je ne visualise pas le cyberespace

comme véritable espace physique mais comme un immense média néanmoins

concentré en un lieu unique: l'écran de l'ordinateur. En revanche, je

conçois/pense le cyberespace comme un forum ou une assemblée antique:

beaucoup d'animation, diversité des opinions, des discours, des gens

qui se cachent dans les recoins, des personnes qui ne se parlent pas,

d'autres qui ne parlent qu'entre eux...»

Selon Bakayoko Bourahima, documentaliste à l'ENSEA (Ecole nationale

supérieure de statistique et d'économie appliquée) d'Abidjan, «il y a

encore un peu de fantasme autour de ce mot. Quand j'ai fait

connaissance avec ce mot (utilisé par Jean-Claude Guédon et Nicholas

Négroponte), il m'avait d'abord laissé l'illusion d'un espace extra-

terrestre où les ordinateurs et leurs utilisateurs se transportaient

pour échanger des données et communiquer. Depuis que je navigue moi-

même, je me rends compte qu'il s'agit tout simplement d'un espace

virtuel traduisant le cadre de communication qui rassemble les

internautes à travers le monde.»

Pour Peter Raggett, sous-directeur de la Bibliothèque centrale de

l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques),

«le cyberespace est cette zone "extérieure" qui se trouve de l'autre

côté du PC lorsqu'on se connecte à l'internet. Pour ses utilisateurs ou

ses clients, tout fournisseur de services internet ou serveur de pages

web se trouve donc dans le cyberespace.»

# Editeurs

Pour Marie-Aude Bourson, créatrice de Gloupsy, site littéraire destiné

aux nouveaux auteurs, le cyberespace est «un espace d'expression, de

liberté et d'échanges où tout peut aller très (trop) vite».

Pour Pierre-Noël Favennec, expert à la direction scientifique de France

Télécom R&D et directeur de collection, «le cyberespace est un monde où

je suis relié par l'image et le son et sans fil avec qui je veux, quand

je veux et où je veux, où j'ai accès à toutes les documentations et

informations souhaitées, et dans lequel ma vie est facilitée par les

agents intelligents et les objets communicants.»

Pour Jacky Minier, créateur de Diamedit, site de promotion d'inédits

artistiques et littéraires, «c'est un espace de liberté pour

l'imaginaire, une dimension inexplorée de la planète, une jungle et un

paradis tout à la fois, où tout est possible même si tout n'est pas

permis par l'éthique, où le contenu du portefeuille des intervenants

n'a aucun rapport direct avec la valeur des contenus des sites. C'est

avant tout une vaste agora, une place publique où l'on s'informe et où

l'on informe. Ça peut être également une place de foires et marchés,

mais l'argent n'y a cours que très accessoirement, même si la

possibilité de vendre en ligne est réelle et ne doit pas être négligée

ni méprisée. Il n'y est pas la seule valeur de référence, contrairement

au monde réel et, même dans les cas très médiatiques de start-up

multimillionnaires, le rapport à l'argent n'est qu'une conséquence, la

matérialisation d'espérances financières, très vite sanctionnée en cas

d'ambitions excessives comme on le voit régulièrement sur le site

"Vakooler: Ki Vakooler aujourd'hui?" (qui peut se transcrire en: Va

couler: qui va couler aujourd'hui?, NDLR), après les envolées lyriques

et délirantes des premiers temps. A terme, je pense que le cyberespace

restera un lieu beaucoup plus convivial que la société réelle.»

Nicolas Pewny, fondateur des éditions du Choucas, écrit pour sa part:

«Je reprendrai volontiers une phrase d'Alain Bron, ami et auteur de

Sanguine sur Toile (publié en 1999 par les éditions du Choucas, NDLR):

"un formidable réservoir de réponses quand on cherche une information

et de questions quand on n'en cherche pas. C'est ainsi que l'imaginaire

peut se développer... (Ma correspondante en Nouvelle-Zélande est-elle

jolie ? L'important, c'est qu'elle ait de l'esprit.)"»

# Gestionnaires

Selon Gérard Jean-François, directeur du centre de ressources

informatiques de l'Université de Caen, «le cyberspace peut être

considéré comme l'ensemble des informations qui sont accessibles sans

aucune restriction sur le réseau internet.»

Pour Pierre Magnenat, responsable de la cellule «gestion et

prospective" du centre informatique de l'Université de Lausanne, le

cyberespace est «l'ensemble des ressources et acteurs connectés et

accessibles à un moment donné.»

Pour Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini Ernst

& Young, le cyberespace est «l'"économie connectée" (de l'anglais

"connected economy") où tous les agents sont reliés électroniquement

pour les échanges d'information.»

# Linguistes

Pour Guy Antoine, créateur de Windows on Haiti, un site de référence

sur la culture haïtienne, «le cyberespace est au sens propre une

nouvelle frontière pour l'humanité, un endroit où chacun peut avoir sa

place, assez facilement et avec peu de ressources financières, avant

que les règlements inter-gouvernementaux et les impôts ne

l'investissent. Suite à quoi une nouvelle technologie lui succédera.»

Pour Alain Clavet, analyste de politiques au Commissariat aux langues

officielles du Canada, il s'agit d'«un lieu de connaissances partagées

non soumis aux contraintes du temps et de l'espace.»

Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l'Université de

Californie du Sud, relate pour sa part: «Pour moi, le cyberespace est

représenté par la totalité des informations auxquelles nous pouvons

accéder par l'internet et les systèmes informatiques en général. Il ne

s'agit bien sûr pas d'un espace, et son contenu est sensiblement

différent de celui des bibliothèques. Par exemple, bientôt mon

réfrigérateur, ma voiture et moi-même seront connus du cyberespace, et

toute personne disposant d'une autorisation d'accès (et d'une raison

pour cela) pourra connaître précisément le contenu de mon réfrigérateur

et la vitesse de ma voiture (ainsi que la date à laquelle je devrai

changer les amortisseurs), et ce que je suis en train de regarder

maintenant. En fait, j'espère que la conception de la publicité va

changer, y compris les affiches et les présentations que j'ai sous les

yeux en marchant, afin que cette publicité puisse correspondre à mes

connaissances et à mes goûts, tout simplement en ayant les moyens de

reconnaître que "voici quelqu'un dont la langue maternelle est

l'anglais, qui vit à Los Angeles et dont les revenus sont de tant de

dollars par mois". Ceci sera possible du fait de la nature dynamique

d'un cyberespace constamment mis à jour (contrairement à une

bibliothèque), et grâce à l'existence de puces informatiques de plus en

plus petites et bon marché. Tout comme aujourd'hui j'évolue dans un

espace social qui est un réseau de normes sociales, d'expectations et

de lois, demain, j'évoluerai aussi dans un cyberespace composé

d'informations sur lesquelles je pourrai me baser (parfois), qui

limiteront mon activité (parfois), qui me réjouiront (souvent,

j'espère) et qui me décevront (j'en suis sûr).»

Pour Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of

Excellence in Human Language Technologies), «le cyberespace est la

partie de l'univers (incluant personnes, machines et information) que

je peux atteindre "derrière" ma table de travail.»

Selon Zina Tucsnak, ingénieur d'études en informatique au laboratoire

ATILF (Analyse et traitements informatiques du lexique français), «dans

le cyberespace, l'information et la quantité de l'information sont

gouvernées par des lois mathématiques. Mais les modèles mathématiques

n'ont pas trouvé encore leur solution, un peu comme le mouvement

perpétuel ou la quadrature du cercle.»

# Professeurs

Pour Gaëlle Lacaze, ethnologue et professeur d'écrit électronique dans

un institut universitaire professionnel, il s'agit d'«une visuelle en

trois dimensions: superposition de lignes droites mouvantes selon des

directions multiples où les rencontres de lignes créent des points de

contact.»

Pour Patrick Rebollar, professeur de littérature française et

modérateur de la liste de diffusion LITOR (littérature et ordinateur),

le cyberespace est «la réplique virtuelle et très imparfaite du monde

des relations humaines, sociales, commerciales et politiques. En

privant partiellement les utilisateurs de la matérialité du monde

(spatiale, temporelle, corporelle), le cyberespace permet de nombreuses

interactions instantanées et multi-locales. A noter que les êtres

humains se montrent aussi stupides ou intelligents, malveillants ou

dévoués dans le cyberespace que dans l'espace réel...»

Selon Henk Slettenhaar, professeur en technologies de la communication

à la Webster University de Genève, «le cyberespace est notre espace

virtuel, à savoir l'espace de l'information numérique (constitué de

bits, et non d'atomes). Si on considère son spectre, il s'agit d'un

espace limité. Il doit être géré de telle façon que tous les habitants

de la planète puissent l'utiliser et en bénéficier. Il faut donc

éliminer la fracture numérique.»

Pour Christian Vandendorpe, professeur à l'Université d'Ottawa et

spécialiste des théories de la lecture, le cyberespace est «le nouveau

territoire de la culture, un espace qui pourrait jouer le rôle de

l'Agora dans la Grèce ancienne, mais à un niveau planétaire.»

Russon Wooldridge, professeur au département d'études françaises de

l'Université de Toronto, relate: «Je travaille dans la même université

que Marshall McLuhan autrefois (nos carrières se sont un moment

croisées). Le "village global" qu'il entrevoyait à l'époque de la radio

et de la télévision est devenu une réalité dans l'ère d'internet. Mais

un village sans classes sociales (il n'y a pas de châtelain).»

# Visionnaire(s)

Pour Pierre Schweitzer, architecte designer et concepteur du projet

@folio, un support numérique de lecture nomade, «c'est un terme un peu

obscur pour moi. Mais je déteste encore plus "réalité virtuelle".

Bizarre, cette idée de conceptualiser un ailleurs sans pouvoir y mettre

les pieds. Evidemment un peu idéalisé, "sans friction", où les choses

ont des avantages sans les inconvénients, où les autres ne sont plus

des "comme vous", où on prend sans jamais rien donner, "meilleur" -

paraît-il. Facile quand on est sûr de ne jamais aller vérifier. C'est

la porte ouverte à tous les excès, avec un discours technologique à

outrance, déconnecté du réel, mais ça ne prend pas. Dans la réalité,

internet n'est qu'une évolution de nos moyens de communication. Bon

nombre d'applications s'apparentent ni plus ni moins à un télégraphe

évolué (Morse, 1830): modem, email... Les mots du télégraphe

traversaient les océans entre Londres, New-York, Paris et Tokyo, bien

avant l'invention du téléphone. Bien sûr, la commutation téléphonique a

fait quelques progrès: jusqu'à l'hypertexte cliquable sous les doigts,

les URL en langage presqu'humain, bientôt accessibles y compris par les

systèmes d'écriture non alphabétiques... Mais notre vrai temps réel,

c'est celui des messages au fond de nos poches et de ceux qui se

perdent, pas le temps zéro des télécommunications. La segmentation et

la redondance des messages, une trouvaille d'internet? Au 19e siècle,

quand Reuters envoyait ses nouvelles par pigeon voyageur, il en baguait

déjà plusieurs. Nos pages perso? Ce sont des aquariums avec un

répondeur, une radio et trois photos plongés dedans. Tout ce joyeux

"bazar" est dans nos vies réelles, pas dans le "cyberespace".»

= Société de l'information

# Un concept vide de sens

Pour Gérard Jean-François, directeur du centre de ressources

informatiques de l'Université de Caen, «il n'y a pas de société de

l'information particulière. De tout temps, elle a toujours existé. Ce

qu'il faut noter, c'est son évolution continue. Gutenberg l'a fait

évoluer, de même internet.»

Selon Philippe Loubière, traducteur littéraire et dramatique, «il n'y a

pas, je crois, de société de l'information. Internet, la télévision, la

radio ne sont pas des moyens d'information, ce sont des moyens de

communication. L'information participe d'une certaine forme de savoir

sur le monde, et les moyens de communication de masse ne la

transmettent pratiquement pas. Ils l'évoquent dans le meilleur des cas

(ceux des journalistes de terrain par exemple), et la déforment voire

la truquent dans tous les autres. Et (pour autant qu'il le veuille!) le

pouvoir politique n'est hélas plus aujourd'hui assez "le" pouvoir pour

pouvoir faire respecter l'information et la liberté. L'information,

comme toute forme de savoir, est le résultat d'une implication

personnelle et d'un effort de celui qui cherche à s'informer. C'était

vrai au Moyen-Âge, c'est encore vrai aujourd'hui. La seule différence,

c'est qu'aujourd'hui il y a davantage de leurres en travers du chemin

de celui qui cherche.»

Pour Pierre Magnenat, responsable de la cellule «gestion et

prospective» du centre informatique de l'Université de Lausanne, il

s'agit d'«un mot à la mode, qui ne veut rien dire. Une société est par

essence communicative, et donc caractérisée par des échanges

d'informations. Les seules choses qui ont changé, c'est la quantité et

la vitesse de ces échanges.»

Patrick Rebollar, professeur de littérature française et modérateur de

la liste de diffusion LITOR (littérature et ordinateur), définit la

société de l'information comme «une grande mise en scène (mondialisée)

qui fait prendre les vessies pour des lanternes. En l'occurrence, les

gouvernants de toutes sortes, notamment sous le nom de "marché",

diffusent de plus en plus de prescriptions contraignantes (notamment

commerciales, politiques et morales) qu'ils réussissent, un peu grâce

aux merveilles technologiques, à faire passer pour des libertés. Notons

que "cybernétique" et "gouvernement" ont la même racine grecque...»

# Auteurs

Nicolas Ancion, écrivain et responsable éditorial de Luc Pire

électronique, relate: «Pour moi, la société de l'information est

l'arrivée d'un nouveau clivage sur la planète: distinction entre ceux

qui ont accès au savoir, le comprennent et l'utilisent, et ceux qui n'y

ont pas accès pour de nombreuses raisons. Il ne s'agit cependant pas

d'une nouvelle forme de société du tout car le pouvoir de l'information

n'est lié à aucun pouvoir réel (financier, territorial, etc.).

Connaître la vérité ne nourrit personne. Par contre, l'argent permet de

très facilement propager des rumeurs ou des mensonges. La société de

l'information est simplement une version avancée (plus rapide, plus

dure, plus impitoyable) de la société industrielle. Il y a ceux qui

possèdent et jouissent, ceux qui subissent et ceux dont on ne parle

jamais: ceux qui comprennent et ne peuvent pas changer les choses. Au

19e siècle, certains artistes et certains intellectuels se retrouvaient

dans cette position inconfortable. Grâce à la société de l'information,

beaucoup de gens ont rejoint cette catégorie assise entre deux chaises.

Qui possède des biens matériels et a peur de les perdre mais considère

pourtant que les choses ne vont pas dans la bonne direction. Mon

opinion personnelle, par rapport à tout ça, c'est que ce n'est pas

l'information qui sauve. C'est la volonté. Pour changer le monde,

commençons par lever notre cul de notre chaise et retrousser nos

manches.»

Pour Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, écrivain et explorateur

d'hypertexte, la société de l'information est «dans l'idéal, un lieu

d'échange, le fameuse agora du village global. Mais l'idéal... Tant que

le débat existe entre les fous du net et les VRP (voyageurs

représentants de commerce, NDLR) de la VPC (vente par correspondance,

NDLR), il y a de l'espoir. Le jour où les grands portails se

refermeront sur la liberté d'échanger des infos en ligne, ça risque

plutôt d'être la société de la désinformation. Ici aussi, des

confusions sont soigneusement entretenues. Quelle information, celles

du 20 heures à relayer telles quelles sur le net? Celles contenues sur

ces fabuleux CD, CD-ROM, DVD chez vous dans les 24 h chrono? Ou toutes

les connaissances contenues dans les milliards de pages non

répertoriées par les principaux moteurs de recherche. Ceux qui ont de

plus en plus tendance à mettre en avant les sites les plus visités, qui

le sont dès lors de plus en plus. Là, on ne parle même plus de

désinformation, de complot de puissances occultes (financières,

politiques ou autres...), mais de surinformation, donc de lassitude, de

non-information, et finalement d'uniformisation de la pensée. Sans

avoir de définition précise, je vois qu'une société de l'information

qui serait figée atteindrait le contraire de sa définition de base. Du

mouvement donc...»

Lucie de Boutiny, romancière multimédia, écrit: «Je préférerais parler

de "communautés de l'information"... Nous sommes plutôt dans une

société de la communication et de la commutation. Il est très

discutable de savoir si nos discussions sont de meilleure qualité et si

nous serions plus savants... Etre informé n'est pas être cultivé.»

Pour Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, chronique

hebdomadaire des actualités de l'internet, la société de l'information

est «une société où l'unité de valeur réelle est l'information

produite, transformée, échangée. Elle correspond au "centre" du

cyberespace. Malheureusement, le concept a tellement été galvaudé,

banalisé, on l'a servi à toutes les sauces politiciennes pour tenter

d'évoquer ce qu'on ne pouvait imaginer dans le détail, ou concevoir

dans l'ensemble, de sorte que l'expression a perdu de son sens.»

Pour Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, un espace

d'écriture hypermédia, la société de l'information est «la nôtre, je

pense? L'américano-nord-européenne. A la Bourse, les annonces ont des

effets mesurables en millions de dollars ou d'euros et déclenchent des

impacts économiques et humains parfois très violents: rachats, ventes,

hausses et baisses des valeurs, licenciements. C'est une société où la

valeur absolue est l'information et son contrôle, et la valeur relative

l'humain.»

Jean-Paul, webmestre du site hypermédia cotres.net, définit la société

de l'information en trois mots: «Plus, plus vite. Mais les données ne

sont pas l'information. Il faut les liens, c'est-à-dire le temps. Plus

d'évènements, plus d'écrans pour les couvrir. Plus vite: l'évènement du

jour est liquide. Effacé, recouvert par la vaguelette du lendemain, la

vague du jour d'après, la houle de la semaine, le tsunami du mois.

Cycles aussi "naturels" que les marées estivales du Loch Ness. Pas

"effacé", d'ailleurs, l'évènement d'hier (qui n'est pas "tous les

évènements d'hier"): déja archivé, dans des bases de données qui

donnent l'illusion d'être exhaustives, facilement accessibles et

momentanément gratuites. Mais les données ne donnent rien par elles-

même. S'informer, c'est lier entre elles des données, éliminer celles

qui ne sont pas pertinentes (quitte à revenir sur ces choix plus tard),

se trouver ainsi obligé de chercher d'autres données qui corroborent ou

infirment les précédentes... L'information naît du temps passé à tisser

les liens. Or le temps nous est mesuré, au quartz près. Productique ou

temps libre, nous passons de plus en plus de temps à raccrocher au nez

de spammeurs qui nous interrompent pour nous revendre nos désirs (dont

nous informons les bases de données qui les leur vendent). Ce qui est

intéressant dans ce bonneteau est que les infos que nous fournissons

sur nous-mêmes, nous les truquons suffisamment pour que les commerciaux

n'arrivent pas à en tirer les lois du succès: Survivor II est un bide,

après le succès de la version I. De cette incertitude viennent les

trous dans le filet qui laissent parvenir jusqu'à nous certaines infos.

Bref la "société de l'information", c'est le jeu des regards dans le

tableau de de La Tour "La diseuse de bonne aventure". Le jeune homme

qui se fait dépouiller en est conscient, et complice. Il a visiblement

les moyens de s'offrir les flatteries des trois jolies filles tout en

exigeant de la vieille Diseuse qu'elle lui rende l'une de ces piécettes

dont il a pris la précaution de gonfler ostensiblement la bourse qu'on

lui coupe.»

Pour Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditant ses livres, la société

de l'information permet «l'accès au plus grand nombre de la plus grande

quantité d'information possible tout en garantissant la partialité de

l'information et en fournissant les clefs de compréhension nécessaires

à sa bonne utilisation.»

Tim McKenna, écrivain et philosophe, écrit: «Je considère la société de

l'information comme la forme tangible de la conscience collective de

Jung. L'information réside essentiellement dans notre subconscient

mais, grâce à l'existence de navigateurs, l'information est désormais

plus facile à récupérer. Cette information favorise une meilleure

connaissance de nous-mêmes en tant qu'individus et en tant qu'êtres

humains.»

Selon Xavier Malbreil, auteur multimédia et modérateur de la liste e-

critures, la société de l'information est «la circulation de

l'information en temps réel. La connaissance immédiate. L'oubli

immédiat. L'espace saturé d'ondes nous entourant, et nous, corps

humains, devenant peu à peu un simple creux laissé par les ondes, une

simple interconnexion. Corps humains devenant instants de

l'information.»

Pour Murray Suid, auteur de livres pédagogiques et de logiciels

éducatifs, il s'agit d'«une société dans laquelle les idées et le

savoir sont plus importants que les objets.»

# Documentalistes

Selon Emmanuel Barthe, documentaliste juridique et modérateur de la

liste de discussion Juriconnexion, «il s'agit nettement moins d'une

"société" de l'information que d'une économie de l'information.

J'espère que la société, elle, ne sera jamais dominée par

l'information, mais restera cimentée par des liens entre les hommes de

toute nature, qu'ils communiquent bien ou mal, peu ou beaucoup.»

Pour Bakayoko Bourahima, documentaliste à l'ENSEA (Ecole nationale

supérieure de statistique et d'économie appliquée) d'Abidjan, la

société de l'information est «la société de l'informatique et de

l'internet.»

Pour Peter Raggett, sous-directeur de la Bibliothèque centrale de

l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques),

«la société de l'information est cette société dont le produit le plus

précieux est l'information. Jusqu'au 20e siècle, ce sont les produits

manufacturiers qui ont été les plus considérés. Ils ont ensuite été

remplacés par l'information. En fait, on parle maintenant davantage

d'une société du savoir, dans laquelle, du point de vue économique, le

produit le plus prisé est le savoir acquis par chacun.»

# Editeurs

Pour Marie-Aude Bourson, créatrice de Gloupsy, site littéraire destiné

aux nouveaux auteurs, il s'agit d'«une société où l'information circule

très vite (trop peut-être), et où chaque acteur se doit de rester

toujours informé s'il ne veut pas s'exclure. L'information elle-même

devient une véritable valeur monnayable.»

Pour Pierre-Noël Favennec, expert à la direction scientifique de France

Télécom R&D et directeur de collection, il s'agit d'«une société dans

laquelle tout membre de cette société a accès immédiatement à toutes

les informations souhaitées.»

Olivier Gainon, créateur de CyLibris et pionnier de l'édition

littéraire en ligne, relate: «Ce que nous vivons aujourd'hui, c'est la

mise en réseau de notre société, au sens où, à terme, beaucoup des

objets quotidiens seront connectés au Réseau (avec un grand R, qui sera

lui-même composé de dizaines de réseaux différents). Bref, c'est une

nouvelle manière de vivre et, à terme, certainement une nouvelle

société. S'agit-il d'une société de "l'information"? Je n'en suis pas

certain. Faut-il que nous définissions collectivement ce que nous

voulons dans cette société? Cela me semble urgent, et c'est un débat

qui concerne tout le monde, pas uniquement les "connectés". Bref, sur

quelles valeurs de société fonder notre action future? Voilà un vrai

débat. (...) "La Toile" de Jean-Pierre Balpe me semble aujourd'hui la

meilleure illustration de ce débat. La société qu'il décrit au travers

de ce roman est à mon sens la plus probable à court terme (l'action se

passe en 2015). Est-ce cela que nous voulons? Est-ce ce type

d'organisation? Peut-être, mais mon souci, c'est que ce choix soit

conscient et non subi.»

Selon Jacky Minier, créateur de Diamedit, site de promotion d'inédits

artistiques et littéraires, «la société de l'information amène un

recadrage des hiérarchies dans les rapports qui s'établissent entre les

gens, de manière beaucoup plus naturelle, à partir des discussions en

forums notamment. Dans la vie réelle, on est souvent influencé, voire

impressionné, par les titres ou la largeur du bureau d'un interlocuteur

"installé" dans le système. Sur le net, seuls comptent le sens contenu

dans le propos et la manière de l'exprimer. On distingue très vite les

véritables intelligences raffinées des clowns ou autres mythomanes. Une

forme de pédagogie conviviale, non intentionnelle et surtout non

magistrale, s'en dégage généralement qui profite au visiteur lambda,

lequel parfois apporte aussi sa propre expérience. Tout ça laisse

augurer d'une créativité multiforme, dans un bouillonnement commun à

des milliers de cerveaux reliés fonctionnant à la manière d'une

fourmilière. C'est non seulement un véritable moyen d'échange du

savoir, mais de surcroît un moyen de l'augmenter en quantité, de

l'approfondir, de l'intégrer entre différentes disciplines. Le net va

rendre les gens plus intelligents en favorisant leur plus grande

convivialité, en cassant les départements et domaines réservés de

certains mandarins. Mais il est clair qu'il faudra aussi faire

attention aux dérives que cette liberté implique.»

Pour Nicolas Pewny, fondateur des éditions du Choucas, il s'agit d'«une

société qui pourrait apporter beaucoup, si l'on empêche qu'elle ne rime

trop avec "consommation" et tout ce qui accompagne ce mot. Mais il est

déjà trop tard peut-être...»

François Vadrot, PDG de la société de cyberpresse FTPress, la définit

comme «une société dont l'information est le moteur, dans tous les sens

du terme.»

# Linguistes

Pour Alain Clavet, analyste de politiques au Commissariat aux langues

officielles du Canada, la société de l'information est «le constat que

la valeur ajoutée centrale (en référence à une notion économique, celle

de la valeur ajoutée) devient de plus en plus l'intelligence de

l'information. Ainsi, dans une société de l'information, la

connaissance devient la plus-value recherchée.»

Selon Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l'Université

de Californie du Sud, «une société de l'information est une société

dans laquelle la majorité des gens a conscience de l'importance de

cette information en tant que produit de base, et y attache donc tout

naturellement du prix. Au cours de l'histoire, il s'est toujours trouvé

des gens qui ont compris combien cette information était importante,

afin de servir leurs propres intérêts. Mais quand la société, dans sa

majorité, commence à travailler avec et sur l'information en tant que

telle, cette société peut être dénommée société de l'information. Ceci

peut sembler une définition tournant un peu en rond ou vide de sens,

mais je vous parie que, pour chaque société, les anthropologues sont

capables de déterminer quel est le pourcentage de la société se

consacrant au traitement de l'information comme produit de base. Dans

les sociétés anciennes, ils trouveront uniquement des professeurs, des

conseillers de dirigeants et des sages. Dans les sociétés suivantes,

ils trouveront des bibliothécaires, des experts à la retraite exerçant

une activité de consultant, etc. Les différentes étapes de la

communication de l'information - d'abord verbale, puis écrite, puis

imprimée, puis électronique - ont chaque fois élargi (dans le temps et

dans l'espace) le champ de propagation de cette information, en rendant

de ce fait de moins en moins nécessaire le réapprentissage et la

répétition de certaines tâches difficiles. Dans une société de

l'information très évoluée, je suppose, il devrait être possible de

formuler votre objectif, et les services d'information (à la fois les

agents du cyberespace et les experts humains) oeuvreraient ensemble

pour vous donner les moyens de réaliser cet objectif, ou bien se

chargeraient de le réaliser pour vous, et réduiraient le plus possible

votre charge de travail en la limitant à un travail vraiment nouveau ou

à un travail nécessitant vraiment d'être refait à partir de documents

rassemblés pour vous dans cette intention.»

Pour Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of

Excellence in Human Language Technologies), «la société de

l'information est une société dans laquelle: (a) l'essentiel du savoir

et de l'information n'est plus stocké dans des cerveaux ou des livres

mais sur des médias électroniques; (b) les dépôts d'information sont

distribués et interconnectés au moyen d'une infrastructure spécifique,

et accessibles de partout; (c) les processus sociaux sont devenus

tellement dépendants de cette information et de son infrastructure que

les citoyens non connectés au système d'information ne peuvent

pleinement participer au fonctionnement de la société.»

Selon Zina Tucsnak, ingénieur d'études en informatique au laboratoire

ATILF (Analyse et traitements informatiques du lexique français), «la

société de l'information peut être définie comme un milieu dans lequel

se développent la culture et la civilisation par l'intermédiaire de

l'informatique, qui restera la base et la théorie de cette société.»

# Professeurs

Pour Emilie Devriendt, élève professeur à l'Ecole normale supérieure de

Paris, «le syntagme "société de l'information" est plus une formule

(journalistique, politique) à la mode depuis plusieurs années, qu'une

véritable notion. Cette formule tend communément je crois, à désigner

une nouvelle "ère" socio-économique, post-industrielle, qui

transformerait les relations sociales du fait de la diffusion

généralisée des nouvelles technologies de l'information et de la

communication (NTIC). Personnellement, je n'adhère pas à cette vision

des choses. Si la diffusion croissante des NTIC est indéniable et

constitue un phénomène socio-économique propre à l'époque

contemporaine, je ne crois pas qu'il faille y voir la marque de

l'avènement d'une nouvelle société "de l'information". La formule

"société de l'information" est construite sur le modèle terminologique

(socio-économique) de la "société industrielle". Mais le parallèle est

trompeur: "société de l'information" met l'accent sur un contenu, alors

que "société industrielle" désigne l'infrastructure économique de cette

société. L'information en tant que produit (industriel ou service)

apparaît peut-être plus complexe que, par exemple, les produits

alimentaires, mais cette complexité ne suffit pas à définir l'avènement

dont il est question. D'autant plus que l'emploi inconditionnel de la

formule a contribué à faire de l'information un terme passe-partout,

très éloigné même de sa théorisation mathématique (Shannon), de sa

signification informatique initiale. Elle traduit uniquement une

idéologie du progrès électronique mise en place dans les années 1950 et

véhiculée ensuite par nos gouvernements et la plupart de nos

journalistes, qui définissent fallacieusement le développement des NTIC

comme un "nécessaire" vecteur de progrès social. Quelques analystes

(sociologues et historiens des techniques comme Mattelart, Lacroix,

Guichard, Wolton) ont très bien montré cela.»

Pour Henk Slettenhaar, professeur en technologies de la communication à

la Webster University de Genève, «la société de l'information est

l'ensemble des personnes utilisant quotidiennement le cyberespace de

manière intensive et qui n'envisageraient pas de vivre sans cela, à

savoir les nantis, ceux qui sont du bon côté de la fracture numérique.»

Pour Gaëlle Lacaze, ethnologue et professeur d'écrit électronique dans

un institut universitaire professionnel, il s'agit d'«une société où

l'information est reçue et digérée, sans être étouffée par la

profusion.»

Russon Wooldridge, professeur au département d'études françaises de

l'Université de Toronto, écrit: «Si on veut parler de "société" il ne

peut pas être question d'une opposition "haves" vs. "have-nots" (munis

vs. démunis), sauf dans la mesure où l'accès à l'information est plus

ou moins libre ou limité d'un point de vue technologique ou économique,

voire politique. Par exemple, l'accès à l'information en ligne est plus

libre au Canada qu'en France, plus libre en France qu'en Algérie, etc.

Internet est potentiellement un moyen pour que chacun puisse

s'approprier son propre contrôle de l'information, qui n'est plus

diffusée par les seuls canaux dirigistes, comme l'Edition ou

l'Université, entre autres.»

# Visionnaires

Olivier Pujol, PDG de Cytale et promoteur de sa tablette de lecture, la

définit comme «une société où l'accès à l'information, l'information

elle-même et la capacité à bien utiliser l'information sont des biens

plus précieux que les biens matériels. Il faut noter que l'information

a toujours été un avantage professionnel considérable. Il fut un temps

où un avantage concurrentiel pouvait exister sur un territoire limité,

et être protégé pour un temps long, par le secret, ou l'ignorance des

autres. Les voyages, la mondialisation des échanges, la performance de

la logistique ont énormément affaibli la notion de protection

"géographique" d'un avantage concurrentiel. La société de l'information

est une société où la protection de l'information est presque

impossible, et où son usage devient donc la valeur essentielle.»

Laissons le mot de la fin à Pierre Schweitzer, architecte designer et

concepteur du projet @folio, un support numérique de lecture nomade:

«J'aime bien l'idée que l'information, ce n'est que la forme des

messages. La circulation des messages est facilitée, techniquement, et

elle s'intensifie. Et désormais, le monde évolue avec ça.»

Une histoire de l'eBook · 第 24 / 26 题