MASCARILLE.

Puisque cet impromptu vous donne du plaisir,

J'en vay faire un pour vous tout à loisir:

Le madrigal me donne peu de peine,

Et mon genie est tel pour ces vers inegaux

Que j'ai traduit en madrigaux,

En un mois l'histoire romaine.

[Note 315: Amilcar est le personnage plaisant, ou du moins

prétendant l'être, du roman de Clélie. On disoit, comme

ici, _être un Amilcar_, pour dire _être enjoué_. (_Grand

Dictionnaire des Precieuses_, Paris, 1660, p. 21.)]

[Note 316: Il avoit couru dans le commencement du siècle,

et peut-être couroit-il encore, une chanson dont Molière

a bien pu s'inspirer pour ce burlesque madrigal. La voici

telle que nous l'avons trouvée dans la _Fleur des chansons

nouvelles_, Paris, 1614, in-12, p. 385:

Ah! je le voy, je le voy;

Arrestez-le, mes amis.

Dans ce logis il s'est mis,

La dame l'aime, je croy.

Son sein est le receleur

De ses larcins entrepris.

O voleur! ô voleur! ô voleur!

Rends-moy mon coeur, que tu m'as pris.

Dame, ne te fie en luy:

Il te fera comme à moy;

Un larron n'a point de foy,

Il ne faut prendre aujourd'huy.

Rends-le donc pour ton honneur,

Ou je crierai à hauts cris:

O voleur! ô voleur! ô voleur!

Rends-moy mon coeur, que tu m'as pris.

Aucun commentateur de Molière n'avoit encore retrouvé cette

chanson, qu'il est si à propos, selon moi, de rapprocher du

madrigal de Mascarille; aucun non plus n'a rappelé certain

couplet de cantique dans lequel l'abbé Pellegrin trouve

moyen d'être sérieusement, dévotement, plus bouffon que le

grotesque marquis. Il se chante sur l'air: _Loin de moi,

vains soupirs_:

Au voleur! au voleur!

Jesus me derobe le coeur,

Et je ne saurois le reprendre.

Ah! ah! ah! que me sert-il de crier?

Il entend si bien son metier

Que l'on ne sauroit s'en defendre.

(_Cantiques_ de l'abbé Pellegrin, Lille, 1718, in-8, p. 32.)]

Si les vers ne me coustoient pas davantage à faire qu'au marquis

de Mascarille, je vous dirois, dans ce genre d'ecrire, tous les

applaudissements que les Precieuses donnoient au Precieux. Mais,

Madame, mon antousiasme commence à me quitter, et je suis d'advis de

vous dire en prose qu'il vint un certain vicomte remplir la ruelle

des Precieuses, qui se trouva le meilleur des amis du marquis: ils

se firent mille carresses, ils dancèrent ensemble, ils cajollèrent

les dames; mais enfin leurs divertissements furent interrompus par

l'arrivée des amants mal traittez, qui malheureusement etoient les

maîtres des Precieux. Vous jugez bien de la douleur que cet accident

causa, et la honte des Precieuses lors qu'elles se virent ainsi

bernées. Suffit que la farce finit de cette sorte, et que je finis

aussi ma longue lettre, en vous protestant que je suis avec tout le

respect imaginable,

Madame,

Votre très humble et très obeyssante servante,

Variétés Historiques et Littéraires (04/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 62 / 83 题