VI.--_Le bien est dans l'amour._

1

Il n'y a qu'une chose à faire pour être sûr d'être heureux: c'est

d'aimer, d'aimer tous, les méchants et les bons. Aime toujours et tu

seras heureux toujours.

2

Nous ne savons pas et nous ne pouvons savoir pourquoi nous vivons.

Aussi, ne pourrions-nous pas savoir ce que nous devons et ce que nous ne

devons pas faire, si nous n'éprouvions pas le désir du bien. Ce désir

nous démontre clairement ce que nous devons faire, à condition de ne pas

comprendre notre vie à la façon de l'animal, mais en nous souvenant que

nous avons une âme. Et le bonheur que désire notre âme nous est donné

dans l'amour.

3

Si le Dieu de charité existe et s'Il a créé le monde, Il l'a sûrement

fait de façon à ce que tous, y compris les hommes, y soient heureux.

Mais si Dieu n'existe pas, vivons nous-mêmes de façon à ce que nous

soyons bien. Et pour que nous soyons bien, il faut que nous nous aimions

les uns et les autres, il faut qu'il y ait de l'amour. Et Dieu étant

amour, nous viendrons encore à Lui.

4

On dit: «Pourquoi aimerions-nous ceux qui nous sont désagréables?»

Parce que c'est là qu'est la joie. Eprouve-le et tu sauras si c'est vrai.

5

Rien que la mort devant nous, rien que l'accomplissement immédiat du

devoir! Comme cela semble triste et effrayant! Pourtant, consacre ta vie

à l'union, par l'amour, aux hommes et à Dieu, et ce qui te paraissait

effrayant, deviendra le plus grand bien.

VII.--_Plus l'homme vit pour son corps, plus il est privé du vrai

bonheur._

1

Les uns cherchent le bien dans la puissance, les autres dans les

sciences, les troisièmes dans les plaisirs. Ces trois genres de

jouissances ont formé trois écoles différentes, et tous les philosophes

ont toujours suivi l'une d'elles. D'autres, qui se sont plus rapprochés

de la vraie philosophie, ont compris qu'il est nécessaire que le bien

général désiré par tous ne soient dans aucune des choses particulières

qui ne peuvent être possédées que par un seul, et qui, étant partagées,

affligent plus le possesseur par le manque de la partie qu'il n'a pas,

qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient.

Ils ont compris que le vrai bien devait être tel que tous puissent le

posséder à la fois, sans diminution et sans envie, et que personne

ne pût le perdre contre son gré. Et ce bien existe: ce bien est dans

l'amour.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 505 / 513 题