LAO-TSEU.

5

L'homme qui travaillait toute sa vie à dompter ses passions, ce dont

son corps l'empêchait, se réjouit d'en être libéré. Et la mort n'est

qu'une libération. Le perfectionnement, dont nous avons parlé plus d'une

fois, consiste dans la séparation possible de l'âme du corps, et dans

la faculté acquise de se concentrer en dehors du corps, en elle-même; la

mort donne cette même libération. Ne serait-il pas étrange que l'homme

qui se prépare toute sa vie à vivre de façon à devenir aussi libre que

possible par la domination du corps, s'en trouve mécontent au moment où

cette libération est prête de se réaliser. C'est pourquoi, malgré tout

le regret que j'ai de vous quitter et de vous causer du chagrin, je ne

puis ne pas acclamer la mort, comme la réalisation de ce que je désirais

atteindre durant toute ma vie.

(_Du discours d'adieu de Socrate à ses élèves._)

6

L'homme voit les plantes et les animaux s'engendrer, croître, prendre

des forces, se multiplier, puis faiblir, dépérir, vieillir et mourir.

Il le voit de même sur les autres hommes, et il le sait également que

son corps vieillira, qu'il dépérira et mourra, comme tout ce qui naît et

vit au monde.

Mais, en dehors de ce qu'il voit sur les autres êtres et sur lui-même,

tout homme sait aussi qu'il y a quelque chose en lui qui ne faiblit ni

ne vieillit; il sait, au contraire, que plus il vit, plus ce quelque

chose se fortifie et se perfectionne: c'est son âme à laquelle rien ne

peut arriver de ce qui arrive au corps. C'est pourquoi la mort n'effraie

que celui qui ne vit pas de l'âme, mais du corps.

7

On demanda à un sage qui disait que l'âme était immortelle: «Qu'est-ce

qui arrivera lorsque le monde finira?» Il répondit: «Pour que mon âme

ne meure pas, il n'y a pas besoin du monde.»

8

L'âme ne vit pas dans le corps comme dans une maison, mais comme un

voyageur dans un asile d'autrui.

_Kouran_ hindou.

9

Plus notre vie devient spirituelle, plus nous croyons à l'immortalité. A

mesure que notre nature s'éloigne de la grossièreté bestiale, nos doutes

se dissipent.

Le voile se lève sur l'avenir, les ténèbres se dissipent, et nous

sentons notre immortalité encore ici-bas.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 483 / 513 题