SCHOPENHAUER.

8

Plus on est profondément conscient de sa vie, moins on croit à sa

disparition et à la mort.

9

Je ne crois en aucune des religions existantes, et ne puis, par

suite, être soupçonné de suivre aveuglément quelque tradition ou de

subir l'influence de l'éducation. Mais, durant ma vie entière, j'ai

réfléchi aussi profondément que j'en étais capable sur la loi de

notre vie. Je l'ai cherchée dans l'histoire de l'humanité et dans ma

propre conscience, et je suis arrivé à la conviction inébranlable

que la mort n'existe pas, que la vie ne peut être qu'éternelle,

que le perfectionnement infini est une loi de la vie, que chaque

qualité, chaque idée, chaque tendance que je possède, doit avoir son

développement pratique; que nous avons des capacités, des tendances

qui dépassent, de beaucoup les éventualités de notre vie terrestre, que

le fait même que nous en disposons et ne pouvons découvrir leur origine

dans nos sens peut être considéré comme une preuve de ce quelles nous

viennent des régions extra-terrestres et ne peuvent être réalisées que

dans ces régions; que rien ne peut ici-bas, sauf les choses visibles, et

que croire que nous mourons parce que notre corps meurt revient au même

que de s'imaginer que l'ouvrier est mort parce que son outil s'est usé.

Joseph MAZZINI.

10

Si l'espoir de l'immortalité était une illusion, on pourrait voir

clairement qui sont ceux qui ont été trompés. Non pas les âmes basses

et noires qui n'ont jamais envisagé cette grande pensée, non pas les

gens endormis et distraits qui sont satisfaits du sommeil voluptueux de

cette vie et du sommeil des ténèbres dans l'avenir, non pas les égoïstes

aux idées étroites et qui sont plus mesquines encore dans l'amour. Non,

pas eux. Ils auraient raison, et le bénéfice serait de leur côté. Ceux

qui auraient été trompés, ce seraient les grands et les saints que

les hommes vénèrent; les trompés seraient tous ceux qui ont vécu pour

quelque chose de meilleur que leur bonheur personnel, et qui ont donné

leur vie pour le bien commun.

Tous ces hommes auraient été trompés. Le Christ lui-même aurait souffert

inutilement en donnant Son esprit au Père imaginaire, et Il aurait tort

de croire qu'Il L'avait manifesté par Sa vie. Toute la tragédie du

Golgotha ne serait qu'un malentendu: la vérité serait du côté de ceux

qui se moquaient de Lui et désiraient Sa mort; elle serait également

aujourd'hui du côté de ceux qui sont indifférents à la conformité avec

la nature humaine qu'offre cette histoire soi-disant imaginaire. Qui

vénérerait-on, qui croirait-on si l'inspiration des êtres supérieurs

n'était que des fables ingénieusement combinées?

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 479 / 513 题