8
Plus on est profondément conscient de sa vie, moins on croit à sa
disparition et à la mort.
9
Je ne crois en aucune des religions existantes, et ne puis, par
suite, être soupçonné de suivre aveuglément quelque tradition ou de
subir l'influence de l'éducation. Mais, durant ma vie entière, j'ai
réfléchi aussi profondément que j'en étais capable sur la loi de
notre vie. Je l'ai cherchée dans l'histoire de l'humanité et dans ma
propre conscience, et je suis arrivé à la conviction inébranlable
que la mort n'existe pas, que la vie ne peut être qu'éternelle,
que le perfectionnement infini est une loi de la vie, que chaque
qualité, chaque idée, chaque tendance que je possède, doit avoir son
développement pratique; que nous avons des capacités, des tendances
qui dépassent, de beaucoup les éventualités de notre vie terrestre, que
le fait même que nous en disposons et ne pouvons découvrir leur origine
dans nos sens peut être considéré comme une preuve de ce quelles nous
viennent des régions extra-terrestres et ne peuvent être réalisées que
dans ces régions; que rien ne peut ici-bas, sauf les choses visibles, et
que croire que nous mourons parce que notre corps meurt revient au même
que de s'imaginer que l'ouvrier est mort parce que son outil s'est usé.
Joseph MAZZINI.
10
Si l'espoir de l'immortalité était une illusion, on pourrait voir
clairement qui sont ceux qui ont été trompés. Non pas les âmes basses
et noires qui n'ont jamais envisagé cette grande pensée, non pas les
gens endormis et distraits qui sont satisfaits du sommeil voluptueux de
cette vie et du sommeil des ténèbres dans l'avenir, non pas les égoïstes
aux idées étroites et qui sont plus mesquines encore dans l'amour. Non,
pas eux. Ils auraient raison, et le bénéfice serait de leur côté. Ceux
qui auraient été trompés, ce seraient les grands et les saints que
les hommes vénèrent; les trompés seraient tous ceux qui ont vécu pour
quelque chose de meilleur que leur bonheur personnel, et qui ont donné
leur vie pour le bien commun.
Tous ces hommes auraient été trompés. Le Christ lui-même aurait souffert
inutilement en donnant Son esprit au Père imaginaire, et Il aurait tort
de croire qu'Il L'avait manifesté par Sa vie. Toute la tragédie du
Golgotha ne serait qu'un malentendu: la vérité serait du côté de ceux
qui se moquaient de Lui et désiraient Sa mort; elle serait également
aujourd'hui du côté de ceux qui sont indifférents à la conformité avec
la nature humaine qu'offre cette histoire soi-disant imaginaire. Qui
vénérerait-on, qui croirait-on si l'inspiration des êtres supérieurs
n'était que des fables ingénieusement combinées?