1
Nous appelons mort la suppression de la vie et les minutes ou les heures
pendant lesquelles on meurt. La première, la suppression de la vie, ne
dépend pas de notre volonté; les seconds, les derniers moments, sont
dans notre pouvoir. Nous pouvons mourir mal et mourir bien. Nous devons
nous efforcer de bien mourir.
C'est nécessaire pour ceux qui restent.
2
Le moribond comprend difficilement tout ce qui vit; mais on s'aperçoit
qu'il ne comprend pas ce qui vit, non parce que ses facultés mentales
s'affaiblissent; mais parce qu'il comprend quelque chose que les vivants
ne comprennent pas, ne peuvent comprendre, et qui l'absorbe tout entier.
3
On pense généralement que la vie des vieillards n'a pas d'importance,
qu'ils ne font qu'achever leur vie. Ce n'est pas vrai. Dans la plus
profonde vieillesse, la vie est plus précieuse et plus nécessaire que
jamais, aussi bien pour soi que pour les autres. Là valeur de la vie est
en raison contraire des carrés de distance de la mort: Ce serait heureux
si les vieillards eux-mêmes et ceux qui les entourent le comprenaient.
Le dernier instant avant la mort est tout particulièrement précieux.
4
Avant d'arriver à la vieillesse, je me suis efforcé de bien vivre; dans
la vieillesse, je m'efforce de bien mourir; pour bien mourir, il faut
mourir volontiers.