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L'homme est l'esprit de Dieu enfermé dans un corps.
Au début de la vie, l'homme ne le sait pas, et croit que sa vie est
dans son corps. Mais plus il avance, plus il apprend que la vraie vie
est dans l'esprit et non dans le corps. Toute l'existence de l'homme
consiste à l'apprendre de mieux en mieux. Et cette connaissance nous est
donnée plus facilement et plus sûrement par les souffrances corporelles
qui rendent notre vie telle qu'elle doit être, c'est-à-dire spirituelle.
2
La croissance physique sert à préparer les provisions pour la croissance
spirituelle, qui commence lorsque le corps décline.
3
L'homme vit pour son corps qui dit: tout est mal. L'homme vit pour son
âme qui dit: ce n'est pas vrai, tout est bien. Ce que tu crois mauvais
est précisément la meule sans laquelle ce qu'il y a de plus précieux en
toi serait émoussé et rouillé: ton âme.
4
Tous les malheurs--ceux des individus comme ceux de l'humanité
entière--conduisent l'humanité et les hommes, bien que par des chemins
détournés, à l'unique but qui est donné à tous les hommes: à la
manifestation de plus en plus grande de l'élément spirituel, par chaque
homme séparé comme par toute l'humanité.
5
«Car je suis descendu du Ciel pour faire non pas ma volonté, mais la
volonté de Celui qui m'a envoyé. Or, la volonté du Père qui m'a envoyé
est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné,» dit Jean (VI, 28-39),
autrement dit, il est commandé de conserver, de cultiver, d'amener au
plus haut degré possible l'étincelle divine qui m'est donnée, qui m'est
confiée, comme un enfant à sa bonne. Que faut-il pour accomplir cela?
Non pas satisfaire nos désirs charnels, celui de la gloire; non la vie
tranquille, mais, au contraire, l'abstinence, l'humilité, le travail,
la lutte, les privations, les persécutions, tout ce qui est dit tant de
fois dans l'Evangile. Et c'est précisément ce dont nous avons besoin qui
nous est envoyé sous diverses formes, en grandes et en petites mesures.
Sachons seulement l'accepter comme il convient, comme une épreuve dont
nous avons besoin et qui donne la joie, et non comme quelque chose
d'ennuyeux qui trouble notre existence bestiale, et celle que nous
croyons être la vraie et dont l'accroissement d'intensité nous apparaît
comme un bonheur.
6
«Si l'homme pouvait ne pas craindre la mort et ne pas y penser,
les souffrances affreuses, inutiles, injustifiables et inévitables
suffiraient à enlever tout sens raisonnable attribué à la vie», disent
les hommes.
Je m'emploie à une bonne œuvre, incontestablement utile aux autres, et
brusquement la maladie interrompt mon travail, me fait souffrir sans
raison. La vis d'un rail se rouille, et il faut que ce soit précisément
le jour même qu'il saute, qu'une excellente mère se trouve dans le
wagon et que ses enfants soient écrasés devant elle. Il faut que
le tremblement de terre se produise juste à l'endroit où se trouve
Lisbonne ou Verny, et que des innocents soient ensevelis sous la terre
et périssent dans d'affreux tourments. Pourquoi les milliers d'autres
accidents affreux, ineptes, tant de souffrances qui frappent les hommes?
Quel sens à cela?
La réponse est que ces raisonnements sont absolument justes pour ceux
qui ne reconnaissent pas la vie spirituelle. Pour eux, la vie humaine
n'a réellement aucun sens. La vie de ceux qui n'admettent pas de vie
spirituelle ne saurait, en effet, qu'être insensée et malheureuse. Et
s'ils déduisaient tout ce qui découle inévitablement de leur conception
matérielle de la vie, ils ne pourraient vivre un instant de plus. Car
aucun ouvrier ne serait resté chez un patron qui, en l'engageant, aurait
exigé le droit de brûler, toutes les fois qu'il en aurait envie, cet
ouvrier sur un feu lent, ou bien de l'écorcher vif, de le soumettre
à toutes les horreurs que le patron ferait subir à ses ouvriers, en
présence de celui qu'il engage. Si les hommes comprenaient réellement
la vie, comme ils le disent, c'est-à-dire uniquement comme une
existence matérielle, nul parmi eux, par la seule crainte des affreux
et inexplicables tortures qu'il voit autour de lui et qui peuvent
l'assaillir à tout instant, ne continuerait à vivre sur la terre.
Pourtant, les hommes vivent, se plaignent, se lamentent, mais continuent
à vivre.
Il n'y a qu'une seule explication à celte étrange contradiction: c'est
que tous les hommes savent, dans leur for intérieur, que leur vie n'est
pas dans leur corps, mais dans leur âme, et que toutes les souffrances
sont nécessaires, indispensables pour le bien de la vie spirituelle;
quand, ne voyant aucun sens à la vie humaine, ils se révoltent
contre les souffrances, mais continuent néanmoins à vivre, cela tient
uniquement à ce que leur raison affirme la matérialité de leur vie,
tandis qu'ils sentent, au fond de leur âme, qu'elle est spirituelle et
qu'aucune souffrance ne peut priver l'homme de son vrai bonheur.
III.--_Les souffrances apprennent à l'homme à considérer la vie au point
de vue raisonnable._
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Tout ce que nous appelons mal, toute peine, à condition de l'envisager
comme il convient, améliore notre âme. Et toute l'œuvre de la vie
consiste en cette amélioration.
«En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez et vous vous
lamenterez, et le monde se réjouira; vous serez dans la tristesse, mais
votre tristesse sera changée en joie. Quand une femme accouche, elle a
des douleurs parce que son terme est venu; mais dès qu'elle a accouché
d'un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, à cause de sa joie
de ce qu'un homme est né dans le monde.»