THOMAS A KEMPIS[1].

2

Si quelque divinité nous avait offert, à nous, hommes, de supprimer

tous nos chagrins, avec toutes leurs causes, nous serions, de prime

abord, très tentés d'accepter cette proposition. Lorsque le dur travail

et la misère nous écrasent, lorsque la douleur nous mine, lorsque

l'anxiété étreint notre cœur, il nous semble qu'il n'y aurait rien de

meilleur que de vivre sans travailler, dans le calme, l'aisance et la

paix. Mais après avoir goûté à une telle vie, je pense que nous aurions

bientôt demandé à la divinité de nous rendre notre vie ancienne, avec

toutes ses peines, ses misères, ses chagrins et ses dangers. La vie,

exempte de tout chagrin et de toute crainte, nous semblerait bientôt

non seulement peu intéressante, mais encore intolérable. Car, avec les

causes de nos peines, tous les obstacles, tous les dangers et tous les

échecs auraient disparu, supprimant avec eux la tension de nos forces,

le zèle, l'excitation du risque, les efforts de la lutte et les joies

de la victoire. Il ne resterait que l'accomplissement facile du but, la

réussite sans résistance. Nous en serions bientôt, ennuyés comme d'un

jeu où nous savons d'avance que nous gagnerons à chaque coup.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 442 / 513 题