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Si quelque divinité nous avait offert, à nous, hommes, de supprimer
tous nos chagrins, avec toutes leurs causes, nous serions, de prime
abord, très tentés d'accepter cette proposition. Lorsque le dur travail
et la misère nous écrasent, lorsque la douleur nous mine, lorsque
l'anxiété étreint notre cœur, il nous semble qu'il n'y aurait rien de
meilleur que de vivre sans travailler, dans le calme, l'aisance et la
paix. Mais après avoir goûté à une telle vie, je pense que nous aurions
bientôt demandé à la divinité de nous rendre notre vie ancienne, avec
toutes ses peines, ses misères, ses chagrins et ses dangers. La vie,
exempte de tout chagrin et de toute crainte, nous semblerait bientôt
non seulement peu intéressante, mais encore intolérable. Car, avec les
causes de nos peines, tous les obstacles, tous les dangers et tous les
échecs auraient disparu, supprimant avec eux la tension de nos forces,
le zèle, l'excitation du risque, les efforts de la lutte et les joies
de la victoire. Il ne resterait que l'accomplissement facile du but, la
réussite sans résistance. Nous en serions bientôt, ennuyés comme d'un
jeu où nous savons d'avance que nous gagnerons à chaque coup.