11
Les gens trop sûrs d'eux-mêmes, sots et immoraux, inspirent souvent le
respect aux gens modestes, sages et moraux, précisément parce qu'un
homme modeste, en se jugeant, ne peut pas comprendre qu'un mauvais homme
puisse tellement se respecter.
12
Souvent les hommes les plus simples, les moins lettrés, les moins
instruits, s'assimulent facilement la doctrine chrétienne, tandis que
les plus savants croupissent dans le paganisme le plus vulgaire. Cela
vient de ce que les gens simples sont le plus souvent humbles, et que
les savants sont pour la plupart trop surs d'eux-mêmes.
13
Pour comprendre raisonnablement la vie et la mort et attendre celle-ci
en paix, il est indispensable de comprendre combien on est nul.
Tu es une parcelle infiniment petite de quelque chose, et tu ne
serais rien si tu n'avais pas une mission déterminée--une œuvre.
Cela seulement donne un sens et une signification à ta vie. Ton œuvre
consiste à profiter des instruments qui te sont donnés, de même qu'à
tout ce qui existe: d'user ton corps à ce qui t'a été recommandé.
C'est pourquoi, toutes les œuvres sont égales et tu ne peux pas faire
plus qu'il ne t'a été commandé. Tu ne peux être qu'adversaire de Dieu
ou interprète de son œuvre. De sorte que l'homme ne peut s'attribuer
rien de grand ni d'important. Il suffit de s'attribuer quelque œuvre
exceptionnelle, pour qu'il n'y ait plus fin aux déceptions de la
lutte, à la jalousie, aux souffrances de toutes sortes, tu n'as qu'à
t'attribuer plus d'importance qu'à la plante qui donne des fruits, et
tu es perdu. La tranquillité, la liberté, la joie de la vie, le courage
devant la mort, ne sont donnés qu'à celui qui ne se croit dans cette vie
rien de plus qu'un ouvrier de son Maître.