I.--_Le rôlé de la pensée._

1

On ne peut se débarrasser des péchés, des tentations et des

superstitions par l'effort physique. Cela n'est possible que par

l'effort de la pensée. C'est par l'effort de la pensée qu'on peut

s'habituer à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture. Quand l'homme

aspire à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture, il a également

la force de lutter dans la vie quotidienne contre les péchés, les

tentations et les superstitions.

2

Bien que ce ne soit pas la pensée qui nous ait révélé que l'on doit

aimer--elle ne pouvait nous le révéler--elle importe en raison de ce

fait qu'elle nous indique ce qui empêche l'amour. C'est précisément cet

effort intellectuel contre ce qui empêche l'amour qui est plus important

et plus nécessaire que tout le reste.

3

Si l'homme n'avait pas la faculté de réfléchir, il ne comprendrait pas

pourquoi il vit. Et s'il ne le comprenait pas, il n'aurait pu savoir ce

qui est bien et ce qui est mal. C'est pourquoi il n'y a rien de plus

cher à l'homme que de savoir penser.

4

Les hommes envisagent les doctrines morales et religieuses, d'une

part, et la conscience, de l'autre, comme deux guides différents. En

réalité, il n'y a qu'un seul guide: la conscience, c'est-à-dire, la

reconnaissance de la voix de Dieu qui vit en nous. Cette voix décide

indubitablement pour chaque homme ce qu'il doit ou ne doit pas faire; et

chaque homme peut toujours évoquer cette voix par un effort de pensée.

5

Si l'homme ne savait pas que ses yeux pouvaient voir et s'il ne les

ouvrait jamais, il aurait été très misérable. De même, et plus encore,

est misérable l'homme qui ne comprend pas que la faculté de penser lui

est donnée pour supporter tous les malheurs. Si l'homme est raisonnable,

il lui sera facile de les supporter; d'abord, parce que sa raison lui

dira que tous les malheurs passent et se transforment en bonheur,

et ensuite, que chaque malheur est utile à un homme raisonnable. Et

pourtant, au lieu de regarder le malheur en face, les hommes tâchent de

l'éviter.

Ne serait-il pas préférable de nous réjouir de ce que Dieu nous ait

donné la faculté de ne pas nous chagriner de ce qui nous arrive,

indépendamment, de notre volonté, et de Le remercier de ce qu'Il ait

subordonné notre âme uniquement à ce qui est en notre pouvoir: notre

raison? Il n'a soumis notre âme ni à nos parents, ni à nos frères, ni

à la richesse, ni à notre corps, ni à la mort. Par Sa bonté, Il l'a

seulement subordonnée à ce qui dépend de nous: à nos pensées.

C'est sur ces pensées-là et sur leur pureté que nous devons veiller de

toutes nos forces pour notre bien.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 357 / 513 题