V.--_Il n'y a qu'un seul moyen d'améliorer la vie sociale: l'effort de
chaque homme pour obtenir une vie morale et bonne._
1
Les hommes se rapprochent du Royaume de Dieu, c'est-à-dire de la vie
bonne et heureuse, uniquement par l'effort de chaque individu vers une
vie morale.
2
Si tu vois que l'organisation de la société est mauvaise et que tu veux
l'améliorer, sache qu'il est pour cela un seul moyen: tous les hommes
doivent devenir meilleurs. Et pour rendre tous les hommes meilleurs, tu
n'as qu'un moyen: c'est de devenir meilleur toi-même.
3
On entend souvent dire que tous les efforts faits pour améliorer la vie,
supprimer le mal, instituer la justice sont inutiles, et que tout cela
se fera de soi-même. Les gens avançaient, en ramant, mais les rameurs,
arrivés à destination, sont descendus; les voyageurs restés dans le
bateau ne se mettent pas à ramer parce qu'ils pensent que le bateau
continuera à avancer comme il l'a fait jusque-là.
4
«Oui, cela serait ainsi, si tous les hommes avaient compris d'un coup
que tout cela est mauvais et inutile pour nous,» dit-on en parlant
du mal de la vie humaine. «Mettons qu'un homme renonce au mal, qu'il
refuse à y participer, cela avançera-t-il l'œuvre du bien commun? La
transformation de la vie sociale s'opère grâce aux efforts de toute la
société et non pas à ceux des individus isolés.»
Il est vrai, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Serait-il
possible, cependant, que parce qu'une hirondelle ne fait pas le
printemps, elle ne doit pas s'envoler alors qu'elle sent l'approche du
printemps? Si chaque bourgeon et chaque herbe attendaient, il n'y aurait
jamais de printemps. De même, pour établir le Royaume de Dieu, je ne
dois pas me demander si je suis la première ou la millième hirondelle,
mais faire immédiatement, même si je suis seul, en sentant l'approche du
royaume de Dieu, tout ce qu'il faut pour le réaliser.
«Demandez, et il vous sera donné; cherchez, et vous trouverez; frappez,
et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit, et quiconque
cherche, trouve; et l'on ouvre à celui qui frappe.»