II.--_La vie pour l'âme exige des efforts._

1

Je suis l'instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur

consiste à participer à Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu'au

moyen des efforts que je fais pour garder toujours en état propre et

aiguisé l'instrument de Dieu qui m'est confié: moi-même, mon âme.

2

La chose la plus chère à l'homme, c'est d'être libre, de vivre à sa

guise et non suivant la volonté d'autrui. Afin de vivre ainsi, l'homme

doit vivre pour son âme. Et afin de vivre pour l'âme, l'homme doit

réprimer les désirs du corps.

3

La vraie vie humaine n'est autre chose que le passage progressif de la

nature bestiale inférieure à une conception de plus en plus grande de la

vie spirituelle.

4

Nous faisons un effort pour nous réveiller et nous nous éveillons

effectivement lorsque le rêve devient affreux et que nous n'avons plus

de forces de le supporter. Il faut agir de même dans la vie réelle

lorsqu'elle devient intolérable. Dans ces moments-là, il faut faire un

effort de conscience pour s'éveiller à une vie nouvelle, supérieure,

spirituelle.

4

La lutte contre les péchés, les tentations et les superstitions est

nécessaire déjà pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta

chair prend le dessus.

5

Il nous semble qu'un vrai travail ne peut être fait qu'à quelque chose

de visible: à bâtir une maison, à labourer un champ, à nourrir le

bétail, mais que travailler à son âme, à quelque chose d'invisible,

n'est pas une besogne importante, une besogne que l'on peut faire ou ne

pas faire; pourtant tout autre travail,--en dehors du travail intérieur,

celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,--tout

autre travail n'est rien. C'est le seul vrai, et tous les autres ne sont

utiles que si ce travail principal de la vie s'effectue.

7

Celui qui reconnaît que sa vie est mauvaise et qui veut commencer à

vivre mieux, ne doit pas penser qu'il ne peut commencer à le faire que

lorsqu'il aura modifié les conditions de sa vie. On doit et on peut

améliorer sa vie non pas par les transformations extérieures, mais par

un changement de soi-même, en notre âme. Et cela, on peut le faire

toujours et partout. Et chacun a suffisamment à faire dans ce but. C'est

seulement lorsque ton âme aura changé au point que tu ne pourras plus

vivre comme par le passé, que tu pourras la modifier, et non quand tu

croiras qu'il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie.

8

Il n'y a, dans la vie, qu'une seule chose importante pour tous les

hommes. Cette œuvre seule est destinée à tous les hommes. Tout le reste

n'est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce

que dans cette œuvre seule, l'homme n'a pas d'entraves et qu'elle seule

donne toujours la joie.

9

Prends l'exemple du ver à soie: il travaille tant qu'il n'est pas en

mesure de voler. Et toi, tu t'es collé à la terre. Travaille à ton âme,

et il te poussera des ailes.

D'après ANGÉLUS.

III.--_Le perfectionnement de soi-même ne saurait être atteint que par

des efforts de conscience._

1

«Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait», est-il dit dans

l'Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne à l'homme

d'être aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des

efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie

de l'homme est dans ce rapprochement.

2

Tout être ne grandit pas d'un coup, mais peu à peu. On ne peut non

plus apprendre une science d'un coup. De même, on ne peut pas vaincre

le péché d'un coup. Il n'y a qu'un moyen pour devenir meilleur: le

raisonnement sage et l'effort continu et patient.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 295 / 513 题