1
Je suis l'instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur
consiste à participer à Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu'au
moyen des efforts que je fais pour garder toujours en état propre et
aiguisé l'instrument de Dieu qui m'est confié: moi-même, mon âme.
2
La chose la plus chère à l'homme, c'est d'être libre, de vivre à sa
guise et non suivant la volonté d'autrui. Afin de vivre ainsi, l'homme
doit vivre pour son âme. Et afin de vivre pour l'âme, l'homme doit
réprimer les désirs du corps.
3
La vraie vie humaine n'est autre chose que le passage progressif de la
nature bestiale inférieure à une conception de plus en plus grande de la
vie spirituelle.
4
Nous faisons un effort pour nous réveiller et nous nous éveillons
effectivement lorsque le rêve devient affreux et que nous n'avons plus
de forces de le supporter. Il faut agir de même dans la vie réelle
lorsqu'elle devient intolérable. Dans ces moments-là, il faut faire un
effort de conscience pour s'éveiller à une vie nouvelle, supérieure,
spirituelle.
4
La lutte contre les péchés, les tentations et les superstitions est
nécessaire déjà pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta
chair prend le dessus.
5
Il nous semble qu'un vrai travail ne peut être fait qu'à quelque chose
de visible: à bâtir une maison, à labourer un champ, à nourrir le
bétail, mais que travailler à son âme, à quelque chose d'invisible,
n'est pas une besogne importante, une besogne que l'on peut faire ou ne
pas faire; pourtant tout autre travail,--en dehors du travail intérieur,
celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,--tout
autre travail n'est rien. C'est le seul vrai, et tous les autres ne sont
utiles que si ce travail principal de la vie s'effectue.
7
Celui qui reconnaît que sa vie est mauvaise et qui veut commencer à
vivre mieux, ne doit pas penser qu'il ne peut commencer à le faire que
lorsqu'il aura modifié les conditions de sa vie. On doit et on peut
améliorer sa vie non pas par les transformations extérieures, mais par
un changement de soi-même, en notre âme. Et cela, on peut le faire
toujours et partout. Et chacun a suffisamment à faire dans ce but. C'est
seulement lorsque ton âme aura changé au point que tu ne pourras plus
vivre comme par le passé, que tu pourras la modifier, et non quand tu
croiras qu'il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie.
8
Il n'y a, dans la vie, qu'une seule chose importante pour tous les
hommes. Cette œuvre seule est destinée à tous les hommes. Tout le reste
n'est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce
que dans cette œuvre seule, l'homme n'a pas d'entraves et qu'elle seule
donne toujours la joie.
9
Prends l'exemple du ver à soie: il travaille tant qu'il n'est pas en
mesure de voler. Et toi, tu t'es collé à la terre. Travaille à ton âme,
et il te poussera des ailes.
D'après ANGÉLUS.
III.--_Le perfectionnement de soi-même ne saurait être atteint que par
des efforts de conscience._
1
«Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait», est-il dit dans
l'Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne à l'homme
d'être aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des
efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie
de l'homme est dans ce rapprochement.
2
Tout être ne grandit pas d'un coup, mais peu à peu. On ne peut non
plus apprendre une science d'un coup. De même, on ne peut pas vaincre
le péché d'un coup. Il n'y a qu'un moyen pour devenir meilleur: le
raisonnement sage et l'effort continu et patient.