5
Le savoir est infini, c'est pourquoi on ne peut pas dire de celui qui
sait beaucoup, qu'il sait plus que celui qui sait très peu.
6
La chose la plus ordinaire à notre époque est de voir des gens qui se
considèrent comme savants et éclairés, qui connaissent, en effet, une
quantité innombrables de choses inutiles, croupir dans l'ignorance la
plus grossière, parce que non seulement ils ne connaissent pas le sens
de leur vie, mais encore parce qu'ils sont fiers de cette ignorance. Et,
d'autre part, il n'est pas moins fréquent de rencontrer parmi des gens
presque illettrés, et même complètement illettrés, qui ignorent tout du
tableau chimique, des parallaxes, des propriétés du radium, et qui sont
pourtant des gens très éclairés, connaissant le sens de la vie, sans se
montrer plus fiers pour cela.
7
Les hommes ne peuvent comprendre et savoir tout ce qui se fait
dans le monde; par conséquent, leurs jugements sur bien des choses
sont inexacts? L'ignorance de l'homme se montre sous deux aspects;
l'ignorance pure, naturelle, dans laquelle les hommes naissent; l'autre
est celle du vrai sage. Lorsque l'homme aura étudié toutes les sciences,
et qu'il saura ce que les gens ont su et savent, il verra que toutes ces
sciences, prises dans leur ensemble, sont tellement, insignifiantes,
qu'elles ne donnent aucune possibilité de comprendre le monde, et cet
homme se persuadera qu'en réalité, les savants ne savent absolument rien
de plus que les simples ignorants. Mais il y a de ces demi-savants qui
ont acquis quelques éléments de diverses sciences et qui s'en montrent
très fiers. Ils se sont éloignés de l'ignorance naturelle, mais n'ont
pas eu le temps d'arriver à la vraie sagesse des savants, qui ont
compris l'imperfection et l'insignifiance de toutes les connaissances
humaines. Ce sont ces gens qui, se croyant de fortes têtes, troublent
le monde. Ils jugent de tout avec assurance et promptitude et,
naturellement, ils se trompent constamment. Ils savent jeter de la
poudre aux yeux et jouissent souvent du respect des hommes, mais les
masses populaires les méprisent, voyant bien leur inutilité; quant à
eux, ils méprisent le peuple, le croyant ignorant.